De Balzac à Henner dans Paris
J'ai déjà eu l'occasion par le passé de visiter plusieurs de ces Maisons des Illustres, selon le concept inventé par Frédéric Mitterrand il y a une quinzaine d'années, et qui consiste à ouvrir au public des maisons d' "Illustres", écrivains, acteurs, artistes, reconverties en musée qui leur est consacré. J'avais ainsi visité la Maison de Victor Hugo sur la place des Vosges, ou bien celle de Raymond Devos vers la Vallée de Chevreuse. Cette fois, j'ai ciblé deux de ces maisons dans l'ouest de la capitale : celle de Balzac que j'avais déjà repérée dans le 16ème, et moins connue, celle de Jean-Jacques Henner dans le 17ème.
Je commence par Honoré de Balzac, une maison somme toute modeste, juste à côté de l'imposante Ambassade de Turquie, comme l'indique son drapeau rouge au croissant blanc. Depuis la rue Raynouard qui la surplombe, on voit surtout le grand jardin d'où la vue s'étend jusqu'à la Seine plus bas. Je commence par parcourir les quelques pièces qui proposent plusieurs aperçus de la carrière du grand romancier. Le grand arbre pseudo-généalogique qui récapitule les romans de Balzac et ses personnages récurrents est impressionnant : je ne m'imaginais que Balzac avait tant écrit, et agencé son œuvre de manière aussi structurée. Cela prend encore plus de relief lorsque l'on apprend avec quel soin il travaillait et affinait son écriture : une autre salle montre en effet à travers quelques exemples les étapes de ses relectures et corrections, jusqu'à une vingtaine, depuis le manuscrit initial jusqu'aux dernières épreuves dactylographiés, annotées manuellement jusqu'au bout, et même parfois après publication. Plus simplement, une pièce modeste reconstitue son bureau et sa bibliothèque, sous le regard de marbre de son propriétaire - écrivain. A côté, une autre retrace sur ses murs les avis de ses contemporains sur son œuvre, de manière contrastée, ses détracteurs ayant autant droit au chapitre que ses admirateurs.
Après ma visite, je me rends dans le petit café - restaurant, installé dans un bâtiment moderne à l'entrée du jardin. Celui-ci propose quelques plats simples et bien faits, que l'on peut consommer dans le jardin où tables et bancs permettent une pause prandiale bien agréable sous un beau soleil.
Delà, je repars vers le nord, par le parc de Passy, puis le Trocadéro et le parc Monceau, jusqu'à rejoindre l'avenue de Villiers au n° 43 de laquelle se trouve l'étroite maison Jean-Jacques Henner. Je dois avouer à ma grande honte que je ne connaissais pas ce peintre académique du XIXème, bien qu'il fut alsacien comme moi. Ce hôtel particulier a fière allure : de fait, il fut acheté après sa mort à un autre peintre, Guillaume Dubufe, qui l'a conçu dans le style éclectique en vogue à l'époque, mêlant Renaissance et Chine, Andalousie et Afrique du Nord. Si une partie du décor a disparu, on trouve encore ici ou là arcades blanches mauresques ou moucharabiehs. Au rez-de-chaussée, le jardin d'hiver offre une lumière surprenante qui perce au travers de la vaste verrière.
Je fais connaissance avec l'œuvre de Henner. Celle-ci mêle peinture académique, avec de nombreux portraits de commande, et paysages, souvent alsaciens. Ou bien figures religieuses et mythologiques, avec de nombreuses naïades en tête de liste. Plus originales sont ses sfumatos, figures brumeuses noyées dans un flou artistique, qui amènent de l'incertitude à un art par ailleurs bien concret, une touche d'impressionnisme qui commençait à l'époque à percer. La grande salle sous les combles est la plus personnelle et la plus remarquable, reconstituée en une sorte d'atelier sous les toits réunissant sur ses murs un échantillon complet de son art. Je parcours ainsi longuement ce bel endroit, goûtant sa tranquillité car il n'y a quasiment pas de visiteurs en cet après-midi.
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