Un trait de Cognac
Je m'octroie une journée de visite dans la ville de Cognac, suite à un article paru dans le Nouvel Obs, qui m'apprend aussi incidemment que Jean Monnet est originaire de cette ville, et que sa famille y possédait des chais et une marque qui existent toujours. Les traces de Jean Monnet sont pourtant peu nombreuses, sa maison natale, assez banale, dans le centre de Cognac, et quelques lieux publics baptisés ici et là en son nom. Il est vrai que trouver sa place à côté de celle de François Ier est un défi, puisque ce dernier est lui aussi né ici, et retourna maintes fois à Cognac avec sa cour.
Je prends un TER tôt le matin depuis La Rochelle, avec une correspondance à Saintes, attrapée de justesse, et me voici dans les rues de Cognac, après un passage rapide à l'Office de Tourisme, efficace et compétent. Je commence par une flânerie dans le parc de l'Hôtel de Ville, vaste et bien fleuri, où je suis interpellé par une élégante statue récente d'une hiératique poétesse azérie du XIIème siècle, Mahsati Gandjavi. Mais je suis aussi moins ravi de ce qu'elle signifie, une manifestation du soft power que déploie de nos jours la dictature azerbaïdjanaise.
J'enchaine avec un tour du centre historique, le long du boulevard Denfert-Rochereau, la place François Ier (qui d'autre ?), la rue d'Angoulême jusqu'à la Place d'Armes. L'on passe ainsi devant moult hôtels particuliers, en général construits par des négociants à la fin du XIXème siècle. Le Couvent des Récollets abrita des religieux durant deux siècles, de 1612 à 1808, puis fut racheté par la ville qui y installa la mairie. Désormais un centre culturel, on y accède depuis la rue par une magnifique galerie voûtée d'ogives, qui donne sur le jardin et son puits, un îlot médiéval dans la ville.
Sur la Place d'Armes, le marché est installé dans une superbe halle aux structures métalliques, mais qui ne semble guère vivante en ce jeudi matin, sans doute faut-il attendre le week-end pour la voir s'animer. Je continue mon chemin à travers les ruelles étroites de la ville médiévale : les hôtels particuliers y sont plus anciens, certains remontant jusqu'au XVIème siècle, et s'alignent le long de la rue de l'Isle d'Or ou de la rue Magdeleine. Je passe aussi depuis l'église Saint-Léger et son cloître reconverti en médiathèque, avant de rejoindre les bords de la Charente.
Les quais apparaissent bien calmes, comme les rues qui y mènent, alors pourtant que plusieurs maisons de cognac, Hennessy en tête, ainsi que le Musée des Savoir-faire du Cognac, y ont pignon sur quai. Il faut sans doute attendre l'été et les week-ends pour que les gabares promènent les vacanciers sur le fleuve, et que les amateurs de cognac se pressent dans les maisons. En attendant, les lieux sont déserts, et je rejoins depuis le port de plaisance le Pont Neuf, qui franchit la Charente vers la rive droite. La monumentale Porte Saint-Jacques qui franchit les remparts est en pleine réfection, et je me garde la visite du château pour l'après-midi.
Je profite du beau temps pour déjeuner en terrasse à l'Atelier des Quais, presque sous le pont. Cadre agréable, service efficace, mets de qualité (notamment l'entrée, œuf parfait aux épinards et champignons shiitaké), voilà une bonne adresse, très fréquentée, à la fois par touristes et locaux. Puis je me fais une promenade digestive en descendant la Charente côté ouest, puis en la remontant sur l'autre rive.
Je consacre l'après-midi, tandis que le ciel se charge de nuages, au Château de Cognac, propriété de Otard, l'une des grandes maisons de cognac. Construit dès 950, il fut la résidence de multiples suzerains avant que Charles de Valois ne s'y installe et qu'y naisse son fils, le célèbre François Ier, en 1494. Il revint souvent durant son existence dans ce château qu'il fit agrandir, et que bien plus tard, après la Révolution, le baron Otard acheta pour y installer ses chais, qui y sont aujourd'hui encore.
Je m'inscris à la visite guidée, pour laquelle nous ne sommes que trois participants. Notre guide, un peu approximative dans son exercice, nous emmène d'abord dans les salles d'apparat du château, donnant sur les quais, où François Ier et consorts festoyaient naguère. Le château tint aussi lieu de prison, au XVIIème siècle pour des détenus anglais qui ont gravé sur les murs de pierre d'émouvants et fort beaux graffitis. Puis nous descendons dans les caves où des tonneaux de cognac vieillissent, parfois depuis des décennies, dans l'humidité ambiante constellée de toiles d'araignée reflétant la lumière artificielle qui baigne les lieux.
Nous finissons par l'inévitable dégustation, au cours de laquelle j'apprends moult choses sur le cognac de chez Otard. L'essentiel de la clientèle (98% !) est basé hors de France, essentiellement en Europe du Nord, aux Etats-Unis et en Asie. Ils ont même créé une gamme spécifique (D'Ussé) pour les Américains, qui utilise surtout le cognac pour des cocktails. Nous goûtons dans cette gamme pour amerlos un VSOP et un XO, étonnamment épicés, ainsi qu'un cocktail à base de crème de cassis et de jus de pomme pétillant, dans lequel le cognac disparait quelque peu.
Puis je retraverse la ville pour rejoindre la gare, me promettant de revenir car il y a encore des lieux à découvrir... et des cognacs à goûter.
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