Bâle versant moderne
Dès le matin, je me rends à la gare voisine, pour louer un vélo (électrique, il n'y a que cela) et sillonner plus rapidement la métropole bâloise. Rejoignant le Rhin, je longe celui-ci jusqu'au musée Tinguely. Le célèbre sculpteur suisse, également époux de Niki de Saint Phalle, s'y voit consacré un musée sis au milieu d'un vaste jardin parsemé de sculptures, avec une fontaine ornée des fameuses machineries métalliques pour lesquelles il est connu, et que l'on trouve aussi sur l'une des places au centre de la ville. Mais il est tôt, le musée est encore fermé, et je continue mon chemin en m'éloignant du centre-ville et du fleuve. Je fais un stop plus loin dans le quartier de Hirzbrunnen : il s'agit d'un ensemble de petites maisons mitoyennes, ouvrant sur un espace central constitué de jardinets. Cela devait être par le passé un habitat populaire, c'est maintenant coquet, bien arrangé, un havre de paix dans la ville qui doit attirer les Bâlois aisés.
Toujours pédalant, je continue jusqu'à la Fondation Beyeler, plus loin vers le nord-est. C'est un grand bâtiment tout en longueur, ouvrant d'un côté sur un bassin verdoyant, de l'autre sur un étang bucolique. Il est consacré à l'art contemporain, dans de vastes espaces qui apparaissent un peu vides, où l'on aperçoit ça et là quelques objets parfois énigmatiques. Comme d'habitude, je n'aime (ou ne comprends) pas tout, mais deux installations attirent mon attention. D'abord une salle qui réunit deux par deux des œuvres variées, peintures, sculptures notamment, qui se répondent, ici un homme marchant à la Giacometti, là une sorte de totem vaguement cosmique, ici encore une panthère rose colorée : c'est original et stimulant, amusant aussi d'en interpréter les interactions, voulues ou fortuites. Plus surprenant encore, une animation dans la salle voisine, où dans un grand espace parsemé de sortes de sofas-meubles noirs étagés, deux performeuses déambulent et se répondent. L'une danse et scande en se déplaçant dans l'espace, l'autre assise assure la rythmique, produisant des sons juste avec sa bouche. C'est hiératique, saisissant, fascinant, et je reste un long moment à me laisser envoûter, parfois seul dans la salle en compagnie des deux artistes.
Je retourne ensuite vers le centre en longeant la frontière allemande, changeant de pays sans même m'en apercevoir, bien que cela corresponde à une limite de l'Union Européenne, dont la Suisse ne fait pas partie (rappel). Je déjeune dans un quartier récent, j'y ai repéré une micro-brasserie (Matt & Elly) où je m'octroie une désaltérante Session IPA pour accompagner mon burger.
Je consacre mon après-midi à Novartis, la grosse entreprise pharmaceutique qui est installée à Bâle, non loin de la frontière française et de Saint-Louis. Elle est en effet citée dans tous les guides comme un haut lieu de l'architecture moderne. Le long du Rhin, Novartis a fait édifier sur son campus une vingtaine de bâtiments dont il a confié la conception à des architectes-stars. Les 7000 employés de la société y travaillent, dans des bureaux, mais aussi des laboratoires et des espaces communs, et pourtant on peut y déambuler sans contraintes, seuls les accès de chaque construction étant strictement contrôlés. L'atmosphère est calme, presque bucolique, et on peut admirer quelques gestes architecturaux spectaculaires, des sculptures originales, faire une pause dans un transat sur la vaste pelouse entourée de tables et d'un café au centre du campus. Y travailler semblerait presque un rêve, mais est-ce vraiment le cas, sans doute pas ... A l'entrée sud, le tout rond pavillon de Franck Gehry, en forme de tore aux reflets métalliques, accueille les visiteurs qui semblent nombreux pour des visites guidées. A l'entrée nord, côté français, ce sont les salariés qui sortent, puisque nombre de ceux-ci habitent de l'autre côté de la frontière.
Puis je repars, toujours à bicyclette, vers les quartiers sud-est, avec un premier arrêt au Sommercasino : les peintures murales vantées dans les brochures y paraissent un peu fades, et le lieu lui-même, tendance alternatif, enserré entre plusieurs axes routiers, peu attrayant. Je termine la balade dans le quartier en pleine évolution de Dreispitz. Les hangars y cèdent progressivement la place à des bureaux et à des lieux branchés, galeries ou cafés, et les architectes, là encore, s'en donnent à cœur joie. Cela semble encore un peu artificiel, et de plus c'est un peu désert en cette fin d'après-midi, mais nul doute que cela doit s'animer à d'autres moments.
Le soir, comme souvent lors de mes excursions en solo, je me cherche une activité : une boite de jazz est décrite comme réputée, le Bird's Eye, banco. Je rejoins la petite salle non loin du centre. Quelques tables et chaises, ce n'est pas très grand, mais c'est intime, le patron des lieux vous accueille chaleureusement. Il n'y aura qu'une vingtaine de personnes ce soir pour écouter le Valentin Liechti Trio. C'est un groupe original construit autour du batteur romand, avec un bassiste australien et un trompettiste français, pour du jazz expérimental surprenant, parfois dissonant, toujours intéressant. J'apprécie de retrouver cette ambiance club jazzy et feutrée.
Je finis cette journée bien remplie par une balade nocturne jusqu'à la cathédrale voisine, pour profiter depuis la terrasse qui la jouxte de la vue sur le Rhin et la rive en face éclairée ainsi que ses ponts.
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