Dans le cœur bâlois

Pour ma dernière journée à Bâle, je reprends mes deux jambes pour parcourir le centre de la ville, après en avoir exploré le pourtour la veille. Je commence par rejoindre la gare, et ses fresques de paysages helvétiques, pour y laisser mon sac en pension pour la journée avant mon train du soir. Puis je rejoins la monumentale Spalentor, l'une des trois portes subsistant du XVème siècle, et un peu plus loin le Jardin Botanique. J'ai parcouru nombre de ces jardins dans des villes de France et d'ailleurs, et celui-ci vaut vraiment le détour. Deux grandes serres moites à souhait rassemble une exubérante végétation tropicale, un jardin alpestre propose une profusion de plantes de tous les continents (on trouve aussi des plantes alpestres en Australie, Afrique du Sud ou Chili), les cactus prolifèrent un peu plus loin, avec un espace consacré aux plantes namibiennes, où l'on trouve même un welwitschia, ce petit arbre à vrai dire assez moche, mais qui peut atteindre jusqu'à 2000 ans, et que nous avions vu in situ en Namibie il y a quelques années.


Juste à côté, l'ombragée Petersplatz aligne d'élégantes maisons baroques faisant désormais partie de l'Université, telle la Wildtisches Haus aux teintes ardoise bleuté. Je traverse l'hôpital de la ville, dans un cadre verdoyant, où l'on aurait (presque) envie de prendre villégiature. Me voici à nouveau sur le Rhin. A côté des ponts (et de la nage), il y a un autre moyen de le traverser, puisque 4 bacs relient le Grand-Bâle au Petit-Bâle, avec cette particularité que ces bacs utilisent le courant du fleuve pour se déplacer : un câble métallique reliant les deux rives, pas de moteur, pas de bruit, et quand même un peu d'entrainement pour manœuvrer le bateau et accoster. Je monte sur "Ueli", le plus aval des bacs, pour traverser au niveau de St. Johann, dans une jolie coque en bois, assis à la proue tandis qu'à l'arrière, les autres touristes s'abritent du soleil sous un auvent de bois. Une autre approche du fleuve que je n'ai jamais connu, même ayant habité 25 ans en Alsace à proximité de ce même Rhin.

Après un rapide pique-nique au bord de l'eau, couronné d'une bonne glace à la Gelateria di Berna - nous ne pas si loin de l'Italie -, je continue à longer le Rhin, directement sur les quais très fréquentés, ou par de calmes rues à quelques mètres seulement, où la vie bâloise va à son train, jeux d'enfants et déplacements à vélo. Franchissant une nouvelle fois l'eau, je remonte jusqu'à la Cathédrale qui domine la ville et le fleuve, joliment installée sur une colline, sur une vaste place pavée et arborée, et offrant derrière elle un belvédère permettant d'englober d'un seul coup d'œil toute la partie nord, jusqu'à la France et l'Allemagne. Construite au XVème avec des blocs de grès rose, sa couleur me fait penser à celle de Strasbourg. Elle renferme deux cloîtres ouverts encadrant une courette plantée, et ouverts par de larges fenêtres vers l'extérieur.

Je finis mon tour de Bâle par une autre musée, le Kunstmuseum, le plus grand et le plus ancien des musées d'art en Suisse. Les collections permanentes auxquelles je me consacre sont désormais visibles dans l'ancien bâtiment des années 30, d'un élégant style art déco, avec une avant-cour au milieu de laquelle trône un ensemble de Rodin. S'y trouve une collection remarquable de peintures couvrant tout l'art européen de 1850 à 1950 : Gauguin et le Douanier Rousseau, Van Gogh et Braque, Picasso et Dali, etc... toutes les stars sont là. Je retrouve avec émotion l'original de Ta Matete, le Marché tahitien de Gauguin qui orna durant plusieurs décennies la salle à manger de la maison familiale d'Illkirch. Des artistes rhénans composent l'autre facette du musée, de Hans Holbein à Arnold Böcklin. Le monumental escalier en marbre, les larges paliers ornés de toiles immenses sur lesquelles veillent des statues de bronze, et les vitraux colorés de l'entrée sont aussi éblouissants que les œuvres exposées.

Une dernière activité avant de repartir vers Paris, car ce vendredi soir commence le festival annuel de blues de la ville, le Summerblues Basel qui se déroule en plusieurs lieux du Petit-Bâle (rive droite) trois jours durant. J'ai juste le temps d'assister à la toute première heure de ce festival (gratuit), et notamment d'écouter un sympathique trio familial, originaire de Tchéquie : la mère à l'accordéon, le père à la guitare, le jeune fils à la batterie. C'est simple, efficace, un peu touchant aussi quand au fil de quelques confidences égrenées entre les morceaux, l'accordéoniste laisse deviner le quotidien parfois difficile de ces artistes peu connus, parcourant l'Europe pour leur passion et travaillant par ailleurs pour joindre les deux bouts.

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