Provins médiévale et Nogent sculpturale
Voilà quelque temps que je ne m’étais rendu à Provins, et la dernière fois, c’était à l’occasion de l’annuelle fête médiévale, très courue, qui modifie la perception de la ville. En ce mardi de la fin avril, Provins est donc plus calme, même si, avec les vacances scolaires, il y a quand même quelques visiteurs qui s’y baladent. Je commence à en faire le tour en longeant les remparts, datant du XVème siècle, et fort bien conservés. Au-delà s’ouvre directement la campagne, toute jaune du colza en pleine floraison. Toujours au pied de l’épaisse muraille, je descends par la Porte au Pain, découvrant un relief un peu inattendu en pleine Brie. Plus bas, le canal d'Aligre, bordé de deux rangées d’arbre, longe le stade d’où sortent les lycéens, jusqu’au Pavillon des Sports. Repiquant vers le centre, je pénètre dans le Jardin Garnier, regorgeant de tulipes en pleine floraison. Je déjeune dans la partie plus récente de Provins, aux Bistrophiles, qui m’apparaît décevant par rapport aux échos qui en sont faits, mais qui est bien rempli ce midi.
Après déjeuner, une boucle par la rue aux Juifs m’amène au pied de la ville haute, que l’on rejoint par une bonne grimpette offrant une belle vue sur les champs alentour. De belles maisons s’alignent le long de la rue du Palais, jusqu’à la Place du Châtel, le cœur touristique de la ville, où se concentrent restaurants et hôtellerie chics. Une autre boucle sur le sommet de la butte ensuite pour aller jusqu’à la Collégiale Saint-Quiriace. Puis la massive Tour César, tour de guet du XIIème, nous toise du haut de son monticule, flanquée de ses quatre tourelles.
De là, il faut à peine un quart d’heure pour rejoindre la ville voisine de Nogent sur Seine. Le principal but de ce détour est le musée Camille Claudel, récemment inauguré dans la ville où la célèbre sculptrice vécut plusieurs années dans son enfance. La destinée de Camille Claudel me fascine depuis longtemps, sans pourtant que je ne connaisse vraiment son œuvre. Un bâtiment moderne bien agencé, aux larges volumes et à la luminosité étudiée, accueille nombre de ses œuvres, ainsi que d’autres de quelques artistes locaux, notamment de son mentor local Alfred Boucher. J’apprends donc plein de choses sur son enfance, son style, sa relation aussi avec Auguste Rodin bien entendu, et sa déchéance jusqu’à l’enfermement durant ses dernières décennies. Ses bronzes torturés sont les plus impressionnants, l'Implorante ou l'Age Mûr, dénotant une force brute et innovante remarquables, surtout pour une femme créant dans un monde si masculin, sous la figure tutélaire de Rodin.
Après cette riche visite, il me reste à faire un tour de Nogent et de ses bords de Seine, petite ville méconnue plus intéressante qu’on ne pourrait le penser a priori. Une jolie rue pavée qui ouvre sur l’église Saint-Laurent, les halles sur les bords du fleuve, jusqu’à la minoterie, le Moulin Sassot, qui fonctionne aujourd'hui encore, puis continuant en longeant la Seine, le tour de l’île des Ecluses, très champêtre avec quelques jolies maisons aux jardins fleuris. Le tout est ponctué par des panneaux citant des passages de l’Éducation Sentimentale : en effet, Flaubert passa pas mal de week-ends dans Nogent, où il avait de la famille, et y situa une partie de l’intrigue d’un de ses plus célèbres romans, que j’avais lu dans mon adolescence, et qui m’avait déjà à l’époque marqué.
Une dernière étape me fait passer par le château voisin de La Motte Tilly. Là encore, un château peu connu et pourtant somptueux, trop loin et trop près de Paris à la fois ? Une silhouette classique, flanquée d'élégantes arcades, au milieu d’un vaste jardin qui s’étend en descendant vers la Seine voisine et le canal qui la précède. Le château lui-même est fermé ce soir-là, mais je peux me balader tout autour, et je suis seul, absolument seul, sous un froid soleil hivernal.

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