Enclaves blanches dans le Bronx

Très schématiquement, le Bronx est coupé en deux, le Sud populaire, mal famé parfois même, jouit d’une mauvaise réputation tandis que le Nord est en pleine gentrification. Celle-ci s’opère autour des deux grands parcs du borough, celui de Van Cortlandt au nord, et celui du Bronx plus central. C’est celui-ci que je vais parcourir à travers le Jardin Botanique d’une part, le Zoo d’autre part. Par opposition aux quartiers voisins, la clientèle de ces deux superbes espaces verts est bien blanche, venue d’autres endroits de la ville, en voiture en général, pour une bouffée de verdure et d’oxygène. Le Jardin Botanique d’abord, en pleine floraison en un printemps, qui tend subitement vers l’été en cette fin avril. L’endroit est magnifique, vallonné, pas trop fréquenté en ce dimanche matin, et je passe ainsi d’un jardin à un autre, des azalées aux pivoines, des cerisiers aux pommiers, des jonquilles aux tulipes, dans une profusion de couleurs ravivées par un soleil triomphant. Je termine ma boucle par le bâtiment historique de la Bibliothèque, riche de centaines de milliers de bouquins botaniques.


Un peu plus au sud, dans le prolongement du grand parc du Bronx, se trouve le Zoo du Bronx, cher à mon enfance (cf. l’article « revival »). Il est réputé comme l’un des plus riches des Etats-Unis et sans doute du monde. J’ai déjà parlé du fameux pavillon des gorilles, ou de la maison des reptiles, mais il y a profusion d’autres animaux : la partie consacrée à la faune si particulière de Madagascar vaut qu’on s’y attarde longuement ; la serre aux papillons permet d’être en contact direct avec les lépidoptères, comme celle aux oiseaux ; la maison des "souris" est originale, l’occasion rare de voir une multitude de petits rongeurs différents s’activer à la faveur d'une semi obscurité dans leurs terriers derrière une vitre ; les fauves un peu avachis sont moins spectaculaires, mais j’aurai bientôt l’occasion de les admirer directement dans leur milieu naturel. Pour accéder au zoo, il faut néanmoins débourser près de 50 $ par personne, une somme conséquente qui ne freine pas les familles, car les Américains ont l’habitude de payer au prix fort leurs divertissements.

La dernière enclave blanche que je parcours n’est pas incluse dans le parc, mais se trouve non loin de là, sur le campus de l’Université de Fordham, celle-là même où mon père enseigna il y a soixante années. L’accès audit campus est bien verrouillé, contrairement à celui des autres universités que j’ai pu parcourir à Cambridge, Columbia ou Princeton ; sans doute cela est-il dû à la proximité de quartiers « chauds » du Bronx. Je suis impressionné par les dimensions du site, sur lequel les bâtiments de style néo-gothique d’il y a (150) ans alternent avec des buildings plus récents, dans ce mélange des genres typique de l’Amérique. Le sport universitaire est une des composantes majeures des Universités US, ce qui est confirmé ici par un grand stade pour le football américain, et deux plus petits pour le baseball et le softball. Le softball est cette version du baseball adaptée aux femmes (balle moins dure, style de lancer différent) qui a son succès dans les facs, et je suis avec curiosité le match qui a justement lieu ce samedi entre les Rams (béliers) de Fordham et une équipe de Caroline du Nord, devant un public clairsemé, mais avec des joueuses passionnées. Un peu plus loin a lieu un concert de musique auquel je ne comprends pas grand-chose, hip hop ou house (?), mais qui attire étudiants et amateurs venus de l’extérieur. C’est en tout cas une ville (blanche) dans la ville (noire), et le contraste dès que l’on quitte cette « gated community » pour retrouver le bruit et la fureur du « vrai » Bronx n’est en que plus saisissant !











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