New York Revival


A l’occasion de mon annuel voyage outre-Atlantique pour la réunion à l’USP, à Washington, je m’octroie au préalable une petite sortie de quelques jours. Cette année, c’est New York, encore une fois, qui fait l’objet de mon choix. Mais pour ma quatorzième visite de la Grosse Pomme, je vais sortir de mes sentiers battus de Manhattan ou de Brooklyn pour aller faire un tour dans le Bronx. Quelle drôle d’idée ? Pourquoi cette destination dans le quartier le plus déshérité de la ville ? Pour une bonne et simple raison, aller retrouver les lieux où, il y a soixante ans exactement, j’ai passé une année de mon alors toute jeune existence, emmené dans les bagages de mes parents qui allaient habiter à New York, et donc dans le Bronx, où mon père enseigna pendant l’année universitaire. Nous logions au milieu du Bronx, sur la rive ouest du Réservoir, dans un immeuble plutôt bourgeois, à mille lieues de l’image déplorable qu’avait et a toujours ce borough de New York. Je m’étais déjà brièvement rendu là-bas en 2010, et souhaitait y retourner plus longuement. Je trouve donc une location pour deux nuits plus au sud, dans le West Bronx, d’où il me faut trois bons quarts d’heure pour rejoindre l’environnement du réservoir. En remontant la Reservoir Avenue
, je passe d’abord devant la Primary School 96, celle là même où j’usai mon pantalon sur les chaises de ma classe de CM1, et où j’appris en quelques mois à parler anglais. Si le bâtiment ne semble guère avoir changé pour l’instant, il est en train de subir de lourds travaux, des bulldozers s’affairent devant, même le dimanche, et il n’est évidemment pas question de s’approcher de l’entrée, et encore moins d’y pénétrer, de toute façon je ne m’attendais guère que cela soit possible.

De là, un bon kilomètre me sépare du 3065 Sedgwick Avenue où nous habitions. Le chemin longe le Reservoir, qu’il surplombe en passant par le Old Fort Park, avec vue sur le lac dont l’accès est toujours, comme dans ce lointain passé, bien bouclé et ceinturé d’un grillage sur toute sa circonférence. Je retrouve avec émotion l’immeuble en briques rouges où nous habitâmes, pas vraiment changé extérieurement, en comparant son aspect actuel avec celui d’une photo prise en 1963. L’accès au hall d’entrée est bien protégé, mais j’avais pu y pénétrer il y a 14 ans. Je fais le tour du building, essayant de repérer les fenêtres de notre appartement : sans certitude, il me semble qu’il était situé au quatrième étage, là où le bâtiment forme un décrochement, non loin du « fire escape » qui se trouvait sous notre chambre.

 

Je vais ensuite rejoindre la station de métro la plus proche, 231st Street, sur la ligne 1.  C’est de là que nous prenions le métro pour Manhattan, là aussi que nous allions chercher le journal du dimanche soir, comme sur cette photo dont j’essaie de retrouver l’angle de prise de vue. La structure métallique qui supporte la station surélevée ne semble pas avoir beaucoup changé depuis. Je passe dessous, là où le trafic automobile suit par en dessous les voies du métro dans un vacarme assourdissant.



Puis je continue à longer le réservoir jusqu’à son point le plus septentrional, non loin du Parc Van Cortlandt. Je ne m’en souviens pas, mais comme il s’agit d’un grand parc, de plus guère éloigné de notre home, je présume que nous avons dû nous y rendre plus d’une fois.

J’ai également prévu dans ce « heritage tour » de pousser jusqu’à la Fordham University, où donc enseignait mon père, et qu’il nous avait fait visiter une fois au moins. Je ne me souviens bien sûr de rien, mais j’ai plusieurs photos auxquelles me raccrocher. Je me rends donc à l’accès principal de l’Université, et y pénètre de manière décidée : le cerbère en faction fond sur moi, me signifiant qu’il faut un badge ou une autorisation, de manière peu aimable. Je tente le coup de lui expliquer que mon père enseignait ici il y a longtemps, et que je viens de France pour un pèlerinage plusieurs décennies plus tard. Voilà qu’il se radoucit (« oh, your father was a teacher here …”), me demande mon passeport, et note soigneusement ses informations sur un cahier à spirale. Me voici autorisé à entrer dans le saint des saints, notifié que je ne peux prendre de photos, impératif que je ne suivrai pas bien sûr, utilisant mon petit compact discret tenant dans la poche. Je parle plus complètement de cette promenade dans Fordham U par ailleurs. Je me contente ici de ma recherche des lieux pour lesquels je dispose de photos anciennes : la tour du bâtiment principal se voit tout de suite, c’est même le signe le plus visible depuis l’extérieur ; je ne trouve pas les appartements où logeaient les professeurs, il est possible que cela n’existe plus, ou au moins ait été largement modifié. Par contre, je repère bien le parking, à l’époque rempli de grosses américaines, des voitures s’entend, avec le bâtiment historique derrière : ce parking existe toujours, mais il est désert en ce samedi.


Dans mon circuit, je me rends aussi au Zoo du Bronx, où nous nous sommes fréquemment rendus en famille. Je fais pour la circonstance une entorse à mon principe d’éviter ces lieux d’enfermement où l’on exhibe des animaux, dans des conditions plus ou moins satisfaisantes, pour le plaisir des humains. C’était à l’époque gratuit : les temps ont changé puisque je dois débourser une somme rondelette pour y accéder. Ce qui m’avait marqué en ces temps anciens était le bâtiment aux primates, où je me souviens d’un vieux gorille tristement appuyé contre la vitre, qui me regardait le regard empreint de mélancolie. Ce repaire de gorilles existe toujours, c’est même la star du zoo, et une foule se presse pour admirer les impressionnants primates. Un « dos argenté » (un vieux mâle) vient même me regarder, nos regards se croisant à travers la vitre, à quelques centimètres l’un de l’autre : s’agit-il du même gorille qu’il y a soixante ans ? Sûrement doute pas, mais qui sait, ce pourrait être son fils … En tout cas, l’endroit est fascinant, les gorilles sont très actifs dans le vaste espace qui leur est réservé. Bien sûr, ils restent enfermés, mais au moins sont-ils apparemment bien traités. Je m’arrête également longuement à la maison des Reptiles, animaux qui petit déjà me fascinaient, et où je retrouve une palanquée de serpents, lézards, crocodiles, dans leurs terrariums ou bassins.





Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

De pied en caps à Majorque