Bronx multiculturel
Je m’en vais de suite aller explorer les environs. Ce n’est guère séduisant : les rues en particulier sont incroyablement sales, jonchées de déchets partout, avec des poubelles éventrées libérant leur contenu devant chaque immeuble. Les enseignes et les panneaux sont tous bilingues anglais – espagnol. Et en effet, les passants qui déambulent sont à 50 / 50 soit latinos, soit noirs (je devrais dire afro-américains pour être politiquement correct) ; pendant la demi-heure au cours de laquelle j’ai parcouru ces rues, je pense n’avoir croisé aucun blanc, au sens Wasp du terme, sans pourtant que cela ne génère inconfort ou inquiétude. Nous sommes bien dans l’Amérique, ou au moins le New York, totalement communautarisé. Je longe une large rue pour rejoindre un restaurant que j’ai repéré : y sont juxtaposés des lieux dédiés à l’automobile, station-service, station de lavage, vente et pose de pneumatiques, garage de réparation, tout y est. Je me demande à quoi ressemble mon resto dans cet environnement particulier. Je suis surpris de trouver un vaste espace à la fois chic et kitsch, tenu par des Dominicains, et fréquenté par des Latinos : les deux femmes qui déjeunent à la table voisine en sirotant des cocktails, sont caricaturales, cheveux teints en blond, longs faux ongles, verbe haut, vêtements ostentatoires et colorés, tout est « too much » ! Je me demande à quoi va rassembler le contenu de mon assiette dans cet établissement spécialisé dans les produits de la mer. C’est ma foi très réussi : bons empanadas au crabe, suivis d’une succulente soupe aux fruits de mer, avec même un demi-crabe au fond !
Je continue ma traversée de ce Bronx coloré et pauvre pour rejoindre le centre historique du borough, un Little Italy qui fait écho à celui de Manhattan. Mais s’il ne reste rien ou presque de ce dernier, mité par les échoppes chinoises, celui du Bronx est bien vivant : un vrai marché, une flopée de restaurants, plusieurs boulangers, un boucher, des bars-glaciers, et j’en oublie, nous sommes bien dans un petit bout d’Italie tout ce qu’il y a plus authentique. Et évidemment la fréquentation n’est pas la même que dans les quartiers décrits plus haut, il y a même des touristes – ce doit être le seul endroit fléché pour eux dans le Bronx – qui se baladent et consomment dans la rue principale du quartier, Arthur Avenue. Mais éloignez vous d’un bloc et vous vous retrouvez dans des rues habitées par une population hispanophone assez homogène.
En attendant, ce Bronx downtown est très agréable, et vaut l’incursion depuis Manhattan. Je déjeune dans un des restos italiens emblématiques du quartier, chez Enzo’s, où les garçons parlent même italien ! Mes pâtes, des orecchiettes à la carbonara, sont bien préparées, et le canelo en dessert croustillant à souhait (j’ai fait l’impasse sur le vin à 15 $ le verre pour le premier prix), sans oublier l’espresso, un délicieux ristretto qui n’a rien à voir avec le café marronnasse à l’américaine.
J’y fais une autre expérience culinaire, dans un restaurant albanais, ce qui pas sans me rappeler nos vacances albanaises il y a juste un an. Après tout, l’Albanie est toute proche des Pouilles italiennes, mais la cuisine est assez différente. Le resto « Çka Ka Qëllu » est décoré façon traditionnelle, portes en bois, vieilles photos, objets anciens, tout cela venant de leur pays d'origine, pour une déco quand même un rien affectée. Et il est tenu par une famille 100% albanaise (à moins qu'elle ne soit kosovare) : le père et la mère en cuisine avec le fils, les deux filles en salle. Ils parlent albanais entre eux, et anglais bien sûr avec les clients. Enfin, avec ceux comme moi qui n’entravent pas un mot d’albanais. Pas comme la table à côté de la mienne, occupée par une dizaine de personnes visiblement originaires de là-bas : les parents parlant albanais entre eux, mais anglais avec leurs turbulents garçons de 5 – 10 ans, et faisant défiler un panel de plats de leur pays. Pour ma part, je choisis un peu au hasard mes plats : en entrée des poivrons farcis au yaourt épicé ; en plat, un tava kosi étonnant, deux viandes fondantes (agneau et veau) dans une sauce / purée aux œufs, aux arômes subtils ; en dessert, un gâteau trilece (trois laits) ; le tout évidemment 100% maison, et excellent, plutôt meilleur que tout ce que l’on a pu manger en Albanie l’an passé.
Commentaires
Enregistrer un commentaire