Le fer à cheval du Mont Dore
Sur la carte, la ville de Mont Dore est enserrée dans une sorte de pince, un fer à cheval, avec ouverture de la vallée vers le nord, et cette muraille rocheuse qui s'élève au sud pour fermer le passage. Arrivant par le nord, nous redescendons d'abord vers la rivière Dore par des chemins abrupts - attention aux chevilles - jusqu'au fond de la vallée, depuis laquelle l'on remonte tranquillement, longeant la rivière, jusqu'à la ville elle-même. Si elle ne compte qu'un peu plus de mille habitants, c'est quand même une grande station de montagne, qui lui donne des airs de ville affairée. Elle se prépare d'ailleurs à accueillir trois jours plus tard un grand Trail qui va emmener les coureurs sur les sentiers que nous allons parcourir, un tout petit moins vite, dès le lendemain. En attendant, nous découvrons notre Grand Hôtel au style suranné, dans un castelet bichonné du XIXème, avec un beau jardin, le tout en plein centre du Mont Dore. Si les chambres sont modestes, le rez-de-chaussée avec un cosy hall d'entrée et un coin restauration décoré sur le thème de la musique donnent envie d'y traîner un peu.
Le lendemain, journée sans sac, quel pied ! Nous nous allégeons d'une dizaine de kilos puisque restant deux nuits au Mont Dore, la rando du jour sera légère. Mais elle reste sportive, avec un bon 1000 mètres de dénivelé. On commence fort de suite pour gravir la pente menant au Capucin. Une fois les alpages atteints, la pente se fait plus régulière, on peut profiter de la vue à 360°C sur toute la contrée par un soleil encore une fois omniprésent. Quelques segments deviennent un peu plus sportifs, il faut s'aider des mains pour se faufiler entre des rochers. En se rapprochant de l'extrémité du fer à cheval, accessible par le téléphérique, on croise davantage de monde, qui s'essaie à suivre la crête, pas toujours avec succès, entre marcheurs mal chaussés et touristes impressionnés par des passages un peu plus scabreux. Nous arrivons au pied du Puy de Sancy, 1885 mètres, le point culminant du Massif Central. Bien entendu il y a foule, 90% de "téléfriqueurs" qui n'ont plus qu'à gravir quelques marches sans difficulté pour parvenir au sommet et s'infliger l'obligatoire selfie là-haut. Nous nous soumettons à l'obligation morale d'arriver au sommet, pour en redescendre aussitôt, sans même prendre une photo. La descente vers le sud-ouest et le col voisin est bien plus tranquille, bien entendu. Le sentier qui fait le tour par les crêtes longe maintenant la vallée de Chaudefour, le plus sauvage des vallons environnants, bien protégé, pas l'ombre d'une habitation, ni même d'un sentier. Mais pas de chamois à se mettre sous la dent, c'est pourtant leur coin paraît-il. Nous cassons la graine un peu plus loin, en plein vent, puis dégottons un coin plus abrité pour une réparatrice sieste sur une mousse bien confortable. Avant de nous apercevoir en repartant que cet espace, que nous partagions avec moult moutons, est interdit aux humains : pas fait exprès, désolés ! En remontant vers le Roc de Cuzeau, une étonnante barrière naturelle en forme d'épine dorsale rocheuse attire l'attention, telle la crête d'un dinosaure antédiluvien caché sous la terre. Nous retrouvons plus loin la vue sur la ville en bas, que nous rejoignons en passant par la Grande Cascade : 32 mètres de chute, ce n'est pas le Salto Angel, mais c'est quand même la plus haute chute d'Auvergne. L'eau tombe abruptement depuis le plateau, irisée par le soleil du soir, une belle manière de conclure une superbe journée à crapahuter sur les hauteurs dans des paysages magnifiques.
Revenus au bercail montdorien, nous nous octroyons comme chaque jour notre mousse de récompense, tapant dans les binouzes locales dès que c'est possible. Après enquête approfondie, nous en concluons que la meilleure est la Durana (anciennement la Doriane), qu'elle soit blonde, blanche ou ambrée, et qui est justement brassée au Mont Dore, cela tombe bien. Plus tard, nous nous mettons en quête d'un resto pour recharger nos batteries alimentaires. Le premier soir, nous échouons à la Grande Etable, un spacieux restaurant dans une salle un peu froide, même si elle est bien décorée, pour une cuisine du cru correcte, sans plus. Le lendemain, toujours dans le style local, l'Auberge des Skieurs nous propose une classique et goûteuse truffade dans un cadre plus intimiste.
Sinon, la station elle-même reste classique, tout en gardant un certain charme. pas pour ses Thermes un rien monolithiques sur la place centrale, plus pour ses petites rues animées, qui regorgent de fromages et de charcuteries locales, ou encore ses immeubles art déco, brillamment conçus avec leurs ferronneries et leur statuaire vieilles de plus d'un siècle.
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