Crash de fin à Murol

Une fois passée les hauteurs du Mont Dore, le sentier redescend tranquillement à travers les bruyères jusqu'à la plaine des Moutons pour arriver sur Super-Besse. Qui n'a rien de super, surtout hors saison, entre été et hiver : pas âme qui vive dans une station sans âme, c'est le cas de le dire. On dirait une ville après une guerre ou une épidémie qui l'aurait vidée de ses habitants, pas de piéton donc, pas de voiture, tous les commerces fermés. Heureusement que nous avons fait nos emplettes au départ pour pique-niquer tristement au bord du lac des Hermines, entre béton et bitume (comme dirait Maxime). En plus, il faut longer ensuite une Nationale pour bifurquer ensuite au niveau de Vassivière. La chapelle Notre-Dame de Vassivière n'a pas un charme fou par elle-même, c'est pourtant un lieu de pèlerinage couru du fait de sa statuette de la Vierge, qui remonte à 1321, laquelle se promena alors toute seule (un miracle !) pour rejoindre sa chapelle depuis l'église voisine de Besse. Elle présente la particularité d'être une vierge noire, sans que l'on sache très bien pourquoi, et pour commémorer ce miracle de refaire le trajet vers Besse chaque mois de septembre pour y passer l'hiver, dans un épisode nommé "La Dévalade", et retour en juillet. De là, un chemin de traverse rejoint la GR 30 par la forêt, en passant au-dessus du tout rond lac Pavin, sous le cratère du Puy Montchal



La fin du trajet à travers champs nous amène à notre point-étape du jour à Besse. Ce joli village médiéval est étonnant par son unité architecturale, caractérisée par une pierre grise, la trachy-andésite alias pierre de Besse. Tout se tient, du beffroi à l'entrée au manoir sur les remparts, de la maison de la Reine Margot à celle des Consuls, du château aux fontaines. Tout cela malheureusement (provisoirement) abimé par les manèges d'une fête foraine dispersée sur les places du centre, au lieu de sévir en périphérie. Hôtel classique et correct, juste à l'extérieur des remparts, aux Charmilles, pratique et bon marché.

Le lendemain, dernier jour de rando pour rejoindre Murol, notre terminus. Le chemin s'annonce plutôt facile, assez court, avec peu de dénivelé. Le GR30 nous fait d'abord traverser la Couze Pavin, petite rivière que franchit un pont en pierre aux étonnantes statues posées sur le parapet. Puis nous emmène à travers prairies, entre paisibles vaches et paysans vrombissant dans leurs voitures à travers champs, jusqu'à Courbanges, juste deux gîtes en pleine nature, avant de redescendre vers Murol. Là, dans la dernière descente, un peu caillouteuse, mais pas bien raide, j'entends ma sœur qui chute en se plaignant de son pied qui a vrillé. Bah, au pire une petite entorse me dis-je, elle devrait pouvoir rejoindre le village. Mais elle souffre pour continuer le chemin, et arrive en grinçant des dents jusqu'à Jassat, dernier hameau avant Murol. Comme marcher reste très douloureux, elle fait du stop et trouve rapidement une bonne âme pour l'amener à l'hôtel réservé à Murol, tandis que je  continue le chemin en solo. Les proprios de l'hôtel lui prêtent une paire de béquilles bien utiles, et font venir une ostéopathe, qui se montre assez pessimiste. Il semble bien avoir quelque chose de cassé. Une radio passée deux jours plus tard en Alsace confirmera une double fracture de la malléole. Un événement rageant - la dernière difficulté, après des passages bien plus délicats - et quand même au timing bien choisi (si je puis dire), puisque nous aurons pu malgré tout mener à terme notre semaine, cela dit avec un poil d'égoïsme de ma part.

Tandis que ma compagne d'infortune se repose dans notre chambre de l'Hôtel de Paris, je profite des dernières heures avant notre retour pour quand même continuer à me balader autour de Murol. L'après-midi, tour du lac de Chambon, puis montée vers les vestiges du Château de Varennes jusqu'à la Dent du Marais, alias Saut de la Pucelle, une imposante aiguille rocheuse, surplombant avec sa falaise le lac et les villages environnants, vue panoramique incluse. Au retour l'on repasse sous le château de Murol. C'est le lendemain matin, juste avant le retour, que je m'offre une dernière visite audit Château. Celui-ci, massif et perché sur une éminence, ne peut pas se louper, dominant Murol de toute sa puissance. Bien restauré, il offre une multitude d'animations et de mises en scène, parfois un peu kitsch sans doute, mais il faut cela pour attirer le chaland. Dernier arrêt au Musée des Peintres de l'Ecole de Murol, bien situé dans un joli parc au bord de la rivière. Il réunit des peintres locaux, peu connus, qui ont pour point commun d'avoir posé sur leurs toiles personnages et paysages de la montagne et du village, dans des styles divers, allant du classicisme jusqu'au cubisme, en passant par l'impressionnisme. Un petit musée chaleureux qui offre un beau contrepoint aux paysages traversés, avec des œuvres de Joseph Barrière, Johnson de Terlikowski ou Marie-Jeanne Fournier. Le village de Murol même est un peu décevant, et n'a pas le cachet de son voisin de Besse. C'est l'heure de quitter ce beau Massif Central qui vaut le déplacement, en prenant un Blablacar opportunément dégoté jusqu'à Clermont-Ferrand, en l'absence de transports en commun.
















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