Le long de l'eau de Cologne
Une excursion européenne en ce début d'année, côté rhénan, pour découvrir Cologne, la quatrième ville allemande, et compléter notre connaissance des cités d'Outre-Rhin, après Berlin, Munich, Hambourg, Francfort. Le démarrage vendredi matin depuis la Gare du Nord est pénible, avec plus de deux heures de retard au bout du compte, entre voie TGV fermée jusque Arras (et passage par les voies classiques), et aiguillage en panne du côté d'Aix-la-Chapelle. Heureusement, le soleil qui nous accueille à notre arrivée nous fait oublier ces désagréments, et nous découvrons le quartier où nous logeons, à distance du Rhin, celui d'Apostel (Apôtres), riche en commerces, plutôt chic. Un peu plus loin à l'ouest, au-delà du ring, se trouve la Quartier Belge, encore plus sympa avec son côté arty, ses bars et terrasses, ses boutiques branchées, l'occasion de prendre une bière au soleil et de faires quelques emplettes dans une épicerie bio, avant de sillonner le quartier dont les rues font référence à Anvers, Bruxelles, Liège ou Gand. Très bobo évidemment, avec ses palanquées de vélos devant chaque entrée, mais diablement attirant, sans doute l'endroit où les jeunes Colognais rêvent d'habiter, par exemple dans ces immeubles de style art déco, ou d'autres plus modernes.
Le lendemain, c'est un autre quartier agréable à vivre que nous allons découvrir, dans un style différent de celui des Belges. Le long du Rhin, vers le sud, s'est développé le Rheinauhafen, établi sur le site de l'ancien port de la ville, reprenant les bâtiments et les codes de l'endroit. En témoignent les anciens entrepôts reconvertis en pépinières d'entreprises ou en restaurants au fil de l'eau, mais surtout les trois "Kranhaus", ces grands immeubles en forme de L inversé, rappelant les portiques qui hérissaient les quais, et qui caractérisent désormais le "skyline" fluvial de Cologne. Suspendus au-dessus de l'onde, les trois monstres high-tech de verre/acier/béton rythment le paysage de la nouvelle Cologne, offrant des perspectives inédites sur le fleuve, que vous soyez habitant (le premier portique est résidentiel avec ses 133 appartements) ou employé (les deux autres sont occupés par des bureaux). La balade en longeant l'eau (de Cologne, bien entendu) est très chouette, au point que l'on revient sur ses pas pour emprunter un autre chemin plus vers l'intérieur, permettant de voir d'autres réalisations architecturales. On passe en quelques pas du contemporain à l'ancien : un silo à grains reconverti en immeuble de bureaux (Silo 23), un entrepôt avec tour et lucarnes à pignon transformé en restaurants et bars avec terrasses (Rheinkontor), le centrale électrique investie par une agence de communication. Le culturel a aussi investi les lieux, avec un musée consacré au chocolat et un autre à l'olympisme allemand. Et puis des architectures modernes variées, inventives, qui frappent l'œil et impriment la rétine, décidément les Allemands savent s'y prendre quand il s'agit de faire du neuf avec du vieux et de dynamiser un port, comme à Hambourg aussi.
Après ce bijou architectural, un parc et des jeux font la transition avec le tissu urbain plus classique, jusqu'au Pont Sud que l'on traverse pour rejoindre l'autre rive, profitant au passage d'une belle vue sur le Rhin, juxtaposant la modernité de Rheinauhafen au classicisme de la cathédrale un peu plus loin. La rive Est est tout à fait différente, une grande pelouse brute où se promènent et se reposent les habitants, sous l'ombre d'un grand cerf-volant en forme de calamar qui décolle et s'aplatit selon les caprices du vent. Et au-delà, un territoire industriel, qui semble encore hésiter entre son rôle présent et un futur incertain, mais dont on peut deviner qu'il va muter lui aussi dans les années à venir. En attendant, ferrailleur, entrepôts, friches, et quelques constructions moins ingrates, se partagent les lieux, et ne donnent guère envie de s'y aventurer plus avant. Il faut remonter plus au nord pour retrouver une animation, curieusement assez différente de celle de la rive en face. Moins bourgeoise, plus cosmopolite, on s'aperçoit vraiment là de l'Allemagne multiethnique qui est en train d'émerger, des jeunes et moins jeunes flânent sur le bord du fleuve, souvent une bouteille, de bière ou de soda à la main, s'arrêtant ça et là sur un muret pour boire un gorgeon et échanger trois mots, dans une ambiance détendue et calme. Plus loin, un groupe de Kurdes manifestent dans la bonne humeur pour défendre leur pays, si maltraité par l'Histoire et par les calculs géopolitiques des grands de ce monde. Au-delà du pont Hohenzollern, un parc amène un peu de verdure au béton ambiant, béton que l'on retrouve vite juste derrière, où s'étendent les halls d'exposition de la foire locale, au milieu desquels un Opéra récent peu amène a du mal à trouver sa place.
Le soir venu, c'est dans le vieux quartier, si l'on peut appeler ainsi le quartier historique reconstitué, que l'on trouve les brasseries locales pour festoyer à la mode locale. Le must du coin est la "Kölsch", la bière locale déclinée par plusieurs marques, une blonde agréable sans grand caractère, dont la caractéristique principale est d'être servie dans un verre-tube de 20 centilitres, contenance inhabituelle quand on connaît l'appétence allemande pour ce breuvage. Mais on comprend vite que le jeu consiste ensuite à aligner les verres pour atteindre des volumes plus respectables. Nous dînons dans l'une de ces respectables institutions, die Pfeffermühle (moulin à poivre), place du Heumarkt. On s'y rend plus pour l'ambiance et la décoration, constituée de grandes marionnettes (Hänneschen), une autre des spécialités locales. Au niveau des assiettes, c'est rustique et roboratif, je ne m'en sors pas si mal avec un "Himmel und Äd" (boudin noir aux pommes) finalement goûteux à défaut d'être fin.



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