Chez le Roi-Soleil à Versailles
Je m'étais promis que je retournerai au Château de Versailles dès que la situation le permettrait. Celle-ci est désormais un peu plus favorable, je traverse donc la région, en transports en commun (bus + RER + métro + TER), jusqu'à la résidence royale. A vrai dire, je ne m'attendais pas à y trouver autant de visiteurs, presque tous étrangers, une véritable tour de Babel, toutes langues mêlées. C'est la cohue pour parcourir les appartements royaux du château, la suppression quelques jours auparavant du pass vaccinal pour y accéder y est peut-être aussi pour quelque chose. Autant de monde, rarement masqué, dans un espace clos, cela sent bon l'incubateur de virus, et je garde précautionneusement mon masque sur le nez pendant l'heure et demi durant laquelle je parcours le château. Ma dernière visite en date d'il y a une trentaine d'années, et je suis encore une fois impressionné par les dimensions des bâtiments, par les salles qui se succèdent en enfilades, par le nombre de tableaux de maîtres au mur, par les meubles rapportés ici, des gigantesques lits à baldaquin aux petites commodes en marqueterie. On ne sait plus où donner de la tête et l'on finit par ressentir une espèce de frustration à tout parcourir au pas de charge pour ne retenir à peine qu'une écume des choses. Quelques utiles animations en 3D présentent en accéléré la construction et l'aménagement des lieux, depuis la mise en place par Louis XIV jusqu'à la transformation pour le public au XXème siècle, en passant par Napoléon qui y rajouta sa patte dans les années 1800. Les visiteurs constituent un spectacle à eux seuls, jusqu'au pathétique comme cette dame qui, dans chaque salle, prend plusieurs selfies dans des positions différentes en minaudant et en plaquant un sourire artificiel sur sa façade trop maquillée, évitant bien entendu de s'intéresser à autre chose qu'à son auguste personne dans une pièce qui regorge de chef d'œuvre. Cela vaut aussi pour les groupes qui se prennent en rafale devant le lit du Roi, de la Reine, la chapelle, la baignoire, et tutti quanti. Tandis qu'un couple très appliqué prend des notes, à l'ancienne, sur un bloc de papier pour chaque tableau d'une salle. Pour ma part, point de selfie, ni de notes, juste quelques photos, sans grande originalité à vrai dire, sinon pour m'amuser avec mon fish-eye à capter des sections inhabituelles de la Galerie des Glaces.
L'après-midi, je traverse une partie du parc pour aller voir le (grand) coin des Trianons. Cette partie est une première pour moi, que je n'ai jusqu'à ce jour jamais vu autrement que de l'extérieur. Il y a bien moins de monde qu'au Château, c'est déjà ça. Je commence par le Petit Trianon, que Louis XV fit construire vers 1760 pour sa favorite Madame de Pompadour, et que cette dernière ne vit jamais achevé, étant décédée un peu avant. Le bâtiment lui-même apparaît presque modeste, un parallélépipède à colonnades, quelques pièces qui semblent petites après avoir visité le château, on en a vite fait le tour. L'intérêt de l'endroit réside ailleurs, dans les espaces qui entourent les lieux, des jardins à l'anglaise, à l'opposé de ceux voisins à la française du grand château, donnant un aspect champêtre au paysage alentour. Des pièces d'eau, de petites constructions qui s'égaillent dans la nature, un Belvédère, un Temple, une Grotte, et que l'on découvre au tournant d'un sentier qui serpente dans la verdure, on est transporté d'un coup d'aile à mille lieues des lieux un peu empesés de Versailles la Grande.
On arrive ainsi en sinuant au Hameau de la Reine. Etonnant ensemble voulu par Marie-Antoinette, Mme Louis XVI, pour changer des fastes de la cour. On dirait aujourd'hui que c'est un écomusée, un peu artificiel quand même avec ses douze chaumières, une ferme, un colombier, un moulin, une grange, tout y passe, avec toujours attenant un bout de terre, potager, verger ou jardin. Il faut bien dire que l'ensemble a du charme, et que cela ne ressemble en rien au restant du domaine, un peu figé dans la pierre et le marbre quand même. Mais il me faudra revenir, non seulement pour profiter d'une plus belle lumière, mais surtout pour revoir l'ensemble quand les travaux seront terminés. En effet, l'étang dans lequel se mire habituellement le hameau est à sec, en pleine opération de curage, tandis que des engins de chantier s'agitent alentour, déblayant et remblayant à qui mieux mieux. Voilà un objectif pour une prochaine excursion en Yvelines.
Je finis par le Grand Trianon, alias Trianon de marbre (rose), construit par Mansart à la demande de Louis XIV dans les années 1680, et qui devint sa résidence privée, où il reçoit ses proches, tel son fils le Grand Dauphin, celui qui ne sera jamais roi. Par la suite, Louis XV et XVI s'y intéresseront bien moins, et c'est le Premier Empire qui lui redonne ses lettres de noblesse, Napoléon Ier faisant restaurer et remeubler le domaine, et y effectuant de nombreux séjours. Le Grand Trianon sera ensuite à nouveau délaissé par les souverains successifs, jusqu'à ce que De Gaulle ne le fasse à son tour restaurer pour recevoir les hôtes officiels de la République Française, et tenter de les éblouir avec l'histoire illustre des lieux. C'est ainsi qu'y séjourneront le couple Kennedy, la reine Elisabeth II ou plus récemment Boris Eltsine, le dernier de la séquence en 1992. Aujourd'hui, en arrivant, le bâtiment surprend par sa vaste superficie, couplée à une hauteur (un seul étage) qui paraît bien faible en comparaison, formant une crêpe de marbre rosâtre un peu écrasée, dont on comprendra qu'elle ne m'a pas ébloui. A l'intérieur, la plupart des appartements et salons sont tels qu'ils furent conçus du temps de Napoléon : décoration un peu chargée, miroirs, colonnes et boiseries, vases et tableaux, composent le décor du Salon des Glaces, du Boudoir ou du Premier Salon. A l'extérieur, le péristyle, la galerie en colonnades aux carreaux noir et blanc, reliant les deux ailes, ouvre de l'autre côté sur les jardins. Au-delà, le domaine s'étend encore bien plus loin, une autre bonne raison d'y revenir. En revenant vers le château, je dois faire attention aux nombreux véhicules électriques qui circulent sur les allées : c'est devenu une véritable plaie, ces engins que pilotent des flemmards qui de surcroît s'amusent parfois à décrire des arabesques automobiles peu orthodoxes, et qu'il faut garder à l'œil de peur de se faire percuter.
Le midi, je m'échappe de la foule qui gravite autour des grilles du château pour chercher un coin sympa et déjeuner à l'écart des attrape-touristes qui pullulent dans les parages. Caché dans une petite rue tout près de là, je déniche un italien, le Caragioia, rue Saint-Julien, dont la clientèle semble exclusivement constituée de Versaillais et d'habitués, ce qui est bon signe. Un plat de mafaldine (pâtes) aux cèpes et truffes, arrosé d'un nero d'avolo, et suivi d'un tiramisu, me confirment que c'est un fort bon choix.
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