Alaro ou la vraie vie
La fin de notre séjour se déroule au pied de la Tramuntana, cette cordillère de l’île qui culmine au Puig Major à 1445 mètres et qui constitue son épine dorsale. Nous logeons à Alaro, d’où il faut serpenter dans la montagne pour aller rejoindre le bord de mer et ses villages les plus renommés. Une petite route tranquille flâne dans la campagne au-dessus d’Alaro, surtout fréquentée par de courageux cyclistes qui suent sang et eau entre raidillons vicieux et lacets à volonté, heureusement pour nous car se croiser avec d’autres véhicules sur ces étroites bandes de bitume peut s’avérer sportif. La route est belle, chênes d’Alep et oliviers, quelques chèvres et moutons qui paissent en paix, un shoot de zénitude avant l’agitation de la côte. L’ambiance change tandis que l’on se rapproche de la mer, et que l’on rejoint Soller, sans doute la ville la plus branchée de cette partie de Majorque. Il y a même un vieux tram qui la relie à son port, transportant les touristes en mal de baignade, traversant au passage abruptement la place principale de la ville, sur laquelle se penche l’église de Sant Bartomeu, un curieux mélange de gothique avec une façade moderniste. Juste à côté, la Banco de Soller écrase la place de ses énormes balcons circulaires. Beaucoup de monde autour de cet épicentre, mais comme souvent, l’agitation se concentre là et les tranquilles rues autour méritent de s'y perdre.
Non loin de là, une chouette balade relie les villages de Biniaraix et de Fornalutx. Ce dernier, tout en pierre, niché à flanc de colline, mérite les éloges que l’on en fait un peu partout : volets verts, jardins luxuriants, vergers de citronniers, jusqu'à un mignon cimetière sur les hauteurs. On se sent obligé de s'arrêter sur l'ombragée place de ... Sa Plaça, pour un citron pressé ou une glace artisanale.
Sur le chemin du retour, les Jardins d'Alfàbia sont une étape obligée près de Bunyola. Une improbable demeure noble, à la façade baroque, meublée avec goût - on admire au passage une imposante bibliothèque aux 1200 manuscrits, ainsi qu'un antique plafond à caissons de bois - et aux nombreuses dépendances, caves, celliers, étables, ainsi qu'une grande cour avec ses bancs de pierre, une fontaine rafraîchissante et un arbre pluricentenaire en son centre. La maison trône au milieu de ses jardins. Une avenue de palmiers pour accéder à une dépendance, puis une pergola entrelacée de jets d'eau, pour finir par un jardin tropical, encore des palmiers, étangs et nénuphars tout en humidité.
Revenons sur Alaro, notre base pour ces quelques derniers jours.
Une jolie pension (Ca'n Pep), une maison bourgeoise en plein centre, meublée avec goût et abritant
quatre chambres, nous accueille : une vaste double chambre pour la nuit, un patio dans la verdure en bas, une terrasse dominant les toits de la ville, l'ensemble a beaucoup de charme.
Sur la Plaça de la Villa de ce calme village, à l'écart des flux vers la mer, les habitants du coin sortent le soir venu, tous âges confondus, prendre l'air et converser dans une atmosphère bon enfant, ou bien sortent leurs chaises sur le pas de leur porte pour former un arc de cercle apéritif et deviser entre voisins. On retrouve là la vraie vie majorquine loin des plages bondées et des bruyants bars ou discothèques.
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