Artà, Alcùdia, Pollença, une trilogie nord-majorquine

Il faut s’écarter des rivages de l’île pour aller à la rencontre de la vraie Majorque, et des villages qui vivent loin de la turbulence des plages touristisées à l’excès. Pas tout à fait cependant puisque notre première excursion vers Artà, loué par les guides de voyage, nous fait nous retrouver dans une petite ville où toute la côte semble s’être déplacée à l’occasion du marché de la semaine. S’il y a bien une petite halle couverte où les locaux vont faire leurs emplettes ménagères, le reste est une accumulation d’échoppes vendant de tout et de n’importe quoi, plus souvent originaire de Chine que des Baléares, devant lesquelles les commerçants alpaguent, en allemand bien sûr, les vacanciers en tongs qui trainassent le long des stands. On devine à peine que derrière les couleurs criardes des bâches colorées se cachent des maisons altières en pierre et de vrais magasins avec de vraies gens. Même dans le petit carré alimentaire, le fromager profite de l’aubaine pour vendre sa production à des Teutons gastronomes et fortunés, à des tarifs que ne renierait pas un affineur tenant boutique dans le centre de Lutèce. Agacés par ce remue-ménage, nous ne nous éternisons pas, et reviendrons quand le calme sera revenu. En effet, quelques jours plus tard, après une balade dans la sierra voisine, la ville a retrouvé son calme. Des Majorquins se promènent tranquillement sur la place centrale, devisant devant un verre de vin ou une sangria, tandis que le soleil jette quelques derniers rayons offrant une douce lumière vespérale. Comme souvent, Artà est située sur une petite éminence, au sommet de laquelle se dresse une forteresse qui offre une vue splendide sur les alentours, tandis que l'on parcourt le chemin de ronde sur les remparts médiévaux, auquel on accède depuis la vieille ville par un majestueux chemin de croix bordé de cyprès avec vue sur les toits en bas.

Un peu à l'écart, le site talayotique de Ses Païsses nous fait connaître les anciens habitants de l'île, plusieurs siècles avant notre ère : une tour de guet au centre, des maisons en pierre en cercle, des remparts encore percées d'une porte imposante, dans un cadre bucolique. Dommage que les explications minimalistes ne permettent que d'effleurer le sujet que l'on devine passionnant de l'existence de cette antique population.

Deux autres endroits valent le détour dans les parages, Alcùdia et Pollença. On passe sur les résurgences côtières des deux (Port de A. et Port de P.), qui n’ont évidemment aucun intérêt autre que balnéaire, pour aller se perdre dans les vraies petites villes à l'intérieur des terres. Alcùdia d’abord, bien cachée derrière des remparts ancestraux, aligne ses maisons de maître en pierre de taille, alias "Ca'n" (Canta, Fonto, Torro, Domenech), souvent transformées en hôtels de luxe ou en salles d'exposition. 

Pollença ensuite, moins apprêtée, qui cache bien son jeu avant de dégainer un pont en pierre datant de l'époque romaine, et un calvaire perché tout en haut d’escaliers dont il faut gravir les 365 marches, pour arriver à une modeste église perchée sur une colline, et profiter de la vue sur la ville en bas. Les artistes ne s'y trompent pas, qui ont investi la ville, sur les traces de Winston Churchill ou Agatha Christie qui passèrent ici bien avant eux.

 







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