Un tour de Tours (trois Tours)
Une nouvelle formation m'amène à Tours, capitale de la Touraine sur les bords de la Loire. Si mon travail me transporte dans la lointaine banlieue sud, vers Monts, et que je n'aurai guère le loisir le soir, avant le couvre-feu de 19 heures, de m'offrir une balade vespérale, je me suis gardé comme à l'accoutumée un premier après-midi pour me découvrir les lieux. Depuis mon banal, mais confortable, hôtel Mercure donnant sur la gare centrale, je suis un itinéraire que je me suis concocté, avec l'aide de mon application favorite Visorando. Je pars de la belle gare au style classique, pierre blanche, verrière sur une structure de fer, tourelles et allégories, pour emprunter le boulevard Heurteloup, puis Béranger, vers l'ouest, une grande bande bitumée entre deux rangées de grands arbres offre un espace verdoyant préservé au milieu de la ville, sur lequel flâne promeneurs ou circulent vélos, trottinettes et skates. On passage devant l'Hôtel de Ville, majestueusement orné, avec ses quatre cariatides représentant le
Jour et la Nuit,le Cher et la Loire. Plus loin, la Villa Rabelais, alias Manoir Béranger, haut lieu de la bourgeoise locale construit en 1884 et devenu Cité de la Gastronomie. Enfin tout au bout, les Archives Municipales ont élu domicile dans la mignonne Chapelle Saint-Eloi. Je pousse encore plus loin jusqu'au Jardin Botanique, commençant par l'arboretum au sud, dans un parc à l'anglaise, et un petit parc animalier où quelques flamants offrent un œil torve, un bec noir à la courbe étrange et leur "rositude", et où un pauvre wallaby erre comme une âme en peine. Plus loin, un étang couvert de nénuphars dans lequel nagent quelques grosses carpes rosâtres ouvre sur la serre de l'Orangerie, fermée bien entendu. Revenant par la rue Charpentier, le détour vers la Cité Mame vaut bien les quelques pas supplémentaires qu'il fait faire. Cette cité ouvrière fut créée vers 1870 par Alfred Mame, patron des éditions du même nom, pour loger ses employés dans la tradition paternaliste de l'époque. Ce sont de petites maisons mitoyennes de pierre et briques à étage, avec un jardin de poche à l'arrière, entourant une vaste place rectangulaire plantée d'arbres. Longtemps restée propriété de la famille, les maisons furent ensuite vendues peu à peu, et on l'on comprend le succès qu'a l'endroit, bien au calme non loin du centre de la ville, dans la verdure.
Un peu plus loin, toujours dans la rue Charpentier, nous voilà dans les magnifiques immeubles Duthoo dont le style oscille entre Art Nouveau et Art Déco, construits en 1910 pour loger cette fois les employés du Grand Bazar. Des façades de faïence bleues et vertes, de carreaux émaillés, de motifs végétaux, ornent ces bâtiments dressés fièrement dans la rue étroite qui sinue, des logements sociaux à l'époque, mais du haut de gamme, avec électricité, gaz et même calorifère. On arrive ensuite dans le centre historique de Tours, de belles demeures bourgeoises, ce n'est plus du tout du social !, des maisons anciennes à poutres en bois, au milieu desquelles on croise sur une place étroite un "Monstre" anachronique, œuvre récente de Xavier Veilhan, une bête en pierre étendant ses grandes papattes au-dessus des terrasses de la place et des convives prenant l'apéro.
On se doit bien sûr de s'arrêter dans l'épicentre du vieux Tours, la place Plumereau, où je déguste une glace au soleil, avant de repiquer sur la rue du Commerce, puis Colbert, qui traverse Tours d'est en ouest, bordée de restaurants et de bars qui s'animera à nouveau bientôt, soyons optimistes. On passe ainsi devant l'Hôtel Goüin, vestige de la Renaissance, construit au XVème et bien retapé depuis après avoir été largement détruit pendant la
Grande Guerre. De gros insectes métalliques colorés, rouge, vert, jaune, viennent égayer le temps du printemps la cour de la vénérable demeure. Etape incontournable à Tours, la cathédrale Saint-Gatien, un peu à l'écart de la vieille ville, impressionnante par ses dimensions vue depuis le parvis qui permet de prendre un peu de recul : elle paraît étroite et d'autant plus haute, alors pourtant qu'avec ses 69 mètres, elle est loin de faire partir des plus hautes de France. Un peu plus loin, je tombe sur la petite église Saint-Nectaire, devant laquelle un prêtre m'apostrophe et m'invite à rentrer. Il me raconte, avec un accent exotique, qu'il est en train de retaper lui-même cette église. J'apprends en discutant avec lui que c'est devenu une église orthodoxe roumaine, cédée par l'évêché local, un bel exemple d'œcuménisme. Puis il est 19 heures, l'heure de rejoindre mes pénates hôtelières, non sans voir récupéré au passage dans un sac en carton un repas japonais dans un resto non loin de la gare, pour aller le déguster tristement en solo dans la chambre de mon hôtel.
Commentaires
Enregistrer un commentaire