La Rochelle dans les pas de Simenon
Si Georges Simenon est de nationalité belge, son histoire et son œuvre prolifique sont liées à la ville de La Rochelle. Il loua d'abord une maison à Marsilly, au nord de la ville, puis en acheta une à Nieul, où il passa nombre d'étés à profiter du soleil et de la mer. Voilà un auteur dont je n'avais rien lu jusque-là, même pas un Maigret en passant, et dans lequel je décide de me plonger pour découvrir d'une manière différente la ville de La Rochelle où je passe désormais une partie de mon temps. Pour cela, on s'attaque d'abord à ses romans dont l'action se déroule à La Rochelle et dans ses environs. Le Voyageur de la Toussaint est un bon point de départ, qui nous fait parvenir une bonne partie de la ville.
Le point de départ idéal est la place de Verdun, appelée dans le roman de son nom d'alors, la place d'Armes. C'est là que Simenon avait installé son "Quartier Général" dans les années 30, dans la Café de la Paix, somptueuse brasserie aux décors Art Nouveau, devant laquelle le patron de l'époque aurait même fait installer un anneau pour que l'écrivain puisse y attacher son cheval ! "Ils pénétrèrent au Café de la Paix où ils trouvèrent difficilement deux places, car c'était l'heure de l'apéritif (...) - Moi, je prendrai un porto … Tous les dimanches, avec les filles, nous buvions un porto après le cinéma … Les femmes, pour la plupart, avaient des manteaux garnis de fourrure. Les hommes, endimanchés, se sentaient plus d'assurance que les autres jours." Juste à côté du café, le cinéma Olympia d'où sortent ces personnages du Voyageur de la Toussaint existe toujours, cinéma qui devient l'Alhambra dans d'autres romans, comme le Testament Donnadieu où me propriétaire du cinéma, quasiment en faillite, tient un des rôles principaux.
De là, les héros de Simenon empruntent souvent la rue Gargoulleau, où Simenon séjourna en 1932 dans l'Hôtel de France et d'Angleterre (aujourd'hui Résidence de France), ou encore la parallèle rue du Minage avec ses arcades, qui donne sur le marché central de la ville. "Il se dirigea vers la rue du Minage où habitait le docteur Sauvaget, l'amant de sa tante. Le marché battait son plein. C'était le grand marché du samedi et, sous les arcades de la rue étroite et mal pavée, les paysannes criaillaient, debout au milieu de leurs paniers".
Toujours sous les arcades, descendons la rue du Palais, l'artère principale de la vieille ville qui mène au Port. "Il ne savait plus où il était. Il reconnaissait vaguement la rue du Palais et les magasins Prisunic Puis on rentrait dans l'ombre pour retrouver des vitrines un peu plus loin". Ces magasins Prisunic au début de la rue, devenus Monoprix, existent toujours. L'actuel Palais de Justice au n° 10 fut une Maison d'Arrêt à une époque, durant laquelle Simenon assistait comme reporter pour Le Détective au transfert des détenus pour le bagne, qui partaient ensuite pour Cayenne depuis Saint-Martin-de-Ré.
Un peu plus à l'ouest, la rue Réaumur est au cœur des quartiers bourgeois de La Rochelle. C'est là que se trouve l'hôtel particulier de la famille d'armateurs Dahl, qui inspira le Testament Donnadieu, à côté de la Banque de France. "Il savait fort bien où il était : dans un hôtel particulier de la rue Réaumur, la rue la plus aristocratique de La Rochelle". Un peu plus loin se trouve la plus belle rue de la ville, la rue de l'Escale, restée dans son jus avec ses galets ronds venant du Québec car ayant servi à lester les bateaux transportant les peaux de castors ou de loutres. Des arcades bien sûr, plusieurs sortes de pavés offrant au sol une mosaïque de pierres, des maisons bourgeoises en pierre blanche, l'impression de remonter un ou deux siècles en arrière. "Gilles savait qu'il n'avait qu'à aller rue de l'Escale, une vieille rue aux pavés inégaux entre lesquels poussait de l'herbe, avec des maisons surplombant les trottoirs et les arcades. Au 17, il y avait jadis sur la porte une plaque de cuivre : M. et Mme Faucheron, premiers prix du Conservatoire" "Au numéro 17, il vit la grande porte en plein cintre qu'on lui avait décrite, mais, alors que jadis elle était peinte en vert sombre, elle était peinte maintenant en faux bois. Une porte plus petite, aménagée dans un des panneaux, était entrouverte et il aperçut une cour, un carré de terre noire, deux ou trois plantes vertes qui s'égouttaient".

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