Montagne et villages de Jean Ferrat

Le sud de l'Ardèche regorge - c'est le cas de le dire - de petits villages surplombant la rivière, encore endormis en ce milieu d'hiver, attendant le printemps pour sortir de leur hibernation. Austères maisons de pierre ouvrant sur des ruelles étroites, elles semblent encore recroquevillées pour combattre la froidure qui tombe des montagnes alentour. Raison de plus pour aller parcourir ces ruelles sous le soleil, grimper jusqu'au sommet de la butte pour profiter d'une vue sur l'Ardèche en contrebas.

Commençons par Balazuc, juste après la sortie des gorges, ancienne place forte gauloise désormais estampillée parmi les fameux et rebattus "Plus beaux villages de France". Village médiéval comme il se doit, on parcourt ses ruelles dénommées calades, jusqu'au sommet de l'éperon rocheux sur lequel est bâti le village, offrant une large vue sur la vallée, une petite plage en contrebas, un pont qui traverse l'Ardèche. Le château de Balazuc, datant du XIème siècle, est construit à flanc de falaise, la vue doit en être vertigineuse. Mais on ne peut plus en profiter, l'endroit était une maison d'hôtes jusque il y a peu, mais vient d'être vendu à propriétaire suisse, comme en témoigne la voiture de sport immatriculée CH et ZH (pour Zürich). Tant pis, on se console en montant sur le clocher de la vieille église, par un petit escalier en pierre raide et étroit.

Quelques kilomètres plus haut, c'est le village de Vogüé qui nous accueille. Le nom de Vogüé est familier aux historiens, c'est une famille noble française de l'Ardèche qui a généré jusqu'à aujourd'hui écrivains, banquiers, diplomates ou chefs d'entreprise. Mais la résurgence la plus connu est sans doute celle des Champagnes Vogüé. Revenons au village, dont la marque de fabrique est l'imposant château du XIIème, une imposante bâtisse quadrangulaire flanquée de 4 tours rondes. La façade ouest est celle que l'on voit en arrivant du village, mais impossible de visiter, travaux en cours pour la saison à venir. Le reste du village offre une flopée de ruelles pittoresques, telles la rue des Balcons, habitée autrefois par des tailleurs de pierre, ou la minuscule rue des Puces la bien-nommée, qui se rétrécit jusqu'à devenir un étroit passage que les promeneurs format XXL auront du mal à franchir. Le pont routier est intéressant, composé d'arches anciennes en pierre, prolongées d'une partie métallique remplaçant une partie emportée par les flots furieux de l'Ardèche. Des traces sur les murs ou piles de pont rappellent ici et là les crues des années passées.

  

Si l'on pousse plus au nord, toujours en longeant l'Ardèche, puis la Volane, nous voici à Antraigues. Là encore, ce nom rappelle des souvenirs, surtout aux amateurs de Jean Ferrat. Le célèbre chanteur, disparu en 2010, y habita durant plusieurs décennies, en fut adjoint au maire, et chanta ses montagnes environnantes, puisque le village sur sa butte est cerné par la montagne ardéchoise. En arrivant sur l'adorable place tout en haut du village, on retrouve la mémoire du grand Jean, à travers un petit musée et un espace culturel, autour duquel un festival de chansons a lieu chaque année (ma sœur chanteuse y participa même il y a quelques années). La place est bien morte avec ses restaurants fermés en cette saison, mais nul doute qu'elle resplendit les beaux jours revenus et qu'il doit y faire bon passer ses soirées, boire un coup ou jouer aux boules (mais attention, pas après minuit …).

 

En retournant vers la vallée du Rhône à l'est, le relief s'adoucit, mais il subsiste quelques pointes, tel cet abrupt de basalte sur lequel est construit le village de Mirabel. La tour de Mirabel, vestige des fortifications d'antan, est toute noire avec ses moellons de basalte, et des arêtes blanches de calcaire qui lui confèrent un étonnant motif bicolore. Là encore des ruelles tout en pierres, étroites, austères, magnifiques, font le tour de ce village à l'écart des sentiers battus, peut-être le plus beau de ceux que j'ai visités durant ces deux jours.



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