Villes de l'Yonne, destins croisés
Passer 2 jours dans l'Yonne va nous permettre aussi de mettre en lumière quelques différences saisissantes, qui rendent encore plus visibles les contrastes de la société française actuelle. Nous visiterons Tonnerre et Chablis, deux petites villes que tout oppose. Tonnerre apparaît bien triste tandis qu'on rejoint son centre, le long de façades ternes, par des rues bordées de magasins en déshérence, souvent fermés ou alors qui essaient difficilement de survivre à un marasme que l'on devine bien ancré, comme tant de petits bourgs de province qui n'ont aujourd'hui plus grand chose pour retenir leurs habitants ou attirer des visiteurs. Pourtant, quelques constructions prouvent que la ville connut des jours meilleurs : l'église baroque Saint-Pierre qui domine la ville, l'imposant Hôtel-Dieu du XIIIème long d'une centaine de mètres, le marché couvert au style Baltard, l'hôtel d'Uzès, où vécut le célèbre chevalier d'Eon, diplomate et espion à la sexualité controversée, natif des lieux. Mais le lieu le plus remarquable est peut-être la Fosse Dionne, source vauclusienne alimentée par les infiltrations des pluies dans le plateau calcaire alentour, qui resurgissent en pleine ville dans un vaste bassin aux couleurs vives, presque tropicales. Ce bassin est entouré d'un lavoir circulaire avec un toit en semi-rotonde, lui-même bordé de mini-chutes d'eau. Le réseau hydrologique souterrain est immense, s'étendant sur 40 kms autour de la résurgence, et plongeant jusqu'à au moins 89 mètres, comme démontré il y a peu lors de plongées d'exploration par Pierre-Yves Deseigne.
A une vingtaine de kilomètres de là, Chablis offre une toute autre impression. Son vin célèbre dans le monde entier lui vaut une renommée internationale, et elle a bien su profiter de cette manne. Les caves et maisons de négoce se succèdent autour et dans la ville. Les restaurants et hôtels chic attirent les visiteurs, comme en témoignent les plaques d'immatriculation, et les modèles automobiles, des véhicules garés aux alentours. Des maisons de maître cossues en pierre de taille font les fières devant leur portail en fer forgé, tandis que la rivière Serein se faufile le long de vénérables demeures en bois. Nous déjeunons dans un restaurant qui propose des spécialités locales goûteuses, présentées et cuisinées de manière originale, et à des prix parisiens bien entendu. Nous accomplissons notre devoir de visite œnologique dans une des nombreuses caves, dans une grande salle sans charme ouverte ce dimanche où officient moult employés proposant des dégustations. Cela nous confirme que si le Chablis est certes un excellent vin, il sait fort bien vendre sa réputation au prix fort, ce qui ne m'empêchera de m'en retourner avec ma petite caisse sous le bras. Avant de repartir sur une Ile-de-France nouvellement soumise au couvre-feu de 21 heures, nous profitons d'un soleil qui fait une brève percée pour nous promener à travers les vignes, sur les flancs des coteaux les plus réputés, et nous dégourdir les jambes après le repas.









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