Ré à pied


Avec ma sœur (de 2 ans ma cadette), nous avons depuis 6 ans pris l'habitude d'aller marcher une semaine durant, quelque part en France, parfois même plus loin. Après Pyrénées et Alpes les années passées, ce sera nettement moins pentu cette année, vu que le dénivelé cumulé ne devrait pas dépasser la vingtaine de mètres dans la semaine, si l'on excepte l'ascension d'un phare du moins ! Nouveauté cette année, notre frère vient se joindre à nous, pour une première, et nous accompagne durant les 4 jours que dure notre tour de l'île de : une centaine de kilomètres, depuis la pont de l'île de (ou quasiment) et l'extrémité de l'île tout au nord, avec un camp de base établi pour 3 nuits à Ars-en-Ré, ce qui nous permet de limiter le toujours pénible transport de sac sur notre dos, et nous fera faire 2 balades en boucle pour arpenter les presqu'iles nord-rhétaises.


En cette fin septembre, les estivants ont largement délaissé cette destination très (trop) prisée durant l'été. On croise pourtant encore quelques vélos sur les pistes cyclables qui sillonnent l'île, que nous devons parfois partager avec ces cyclopédistes. La cohabitation se passe plutôt bien, si l'on excepte un rare mauvais coucheur ou un râleur qui vous klaxonne fiévreusement avant de vous apostropher rageusement. Et quand nous pouvons abandonner le macadam des pistes, les sentiers tranquilles au milieu des arbres ou le long de la plage, aux parterres d'aiguilles de pin, sont déserts, au point que nous ne verrons quasiment aucun autre (vrai) randonneur durant notre tour. Mais bien sûr il reste du monde en cette saison, que nous croisons ici sur un parking en bord de plage, là dans le centre d'un bourg où les cafés et restaurants sont encore ouverts, ou encore bien entendu sur le bord de mer où si l'on ne se baigne plus guère, il y a encore des familles pour jouer dans le sable, ou des retraités pour balader leur animal de compagnie.

Versant météo, nous avions pris l'habitude de profiter de météos magnifiques, parfois même hors normes, ces dernières années, quasiment pas une goutte de pluie sur les trois dernières virées, toujours aux environs de septembre, même en montagne. Changement de décor cette fois : si les 2 premières journées nous réservent un temps couvert et venteux, mais sec, nous basculons vers la pluie le 3ème jour, en faisant le tour de la presqu'île de Loix. Après la pause méridienne, nous repartons sous une pluie fine et serrée, qui se transforme progressivement en grain : les bourrasques fouettent l'eau de là-haut vers notre profil exposé au vent, vêtements et sacs se gorgent d'eau, jusqu'aux chaussures qui se transforment en pataugeoires, d'où un brouet blanchâtre et bulleux exsude à chaque pas. C'est trempés jusqu'à l'os que nous rentrons dans notre havre arsais, où l'activité principale de la soirée consistera à sécher nos affaires au sèche-cheveux ou sous le radiateur électrique, tous deux largement mis à contribution. Si chaussures et vêtements retrouvent à peu près leur état initial, ce n'est pas le cas de l'écran de mon téléphone portable qui rend l'âme, abreuvé d'eau de pluie, non sans être passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel avant de fermer boutique.

Le dernier jour nous fait revenir vers La Rochelle, où notre camp de base principal est sis dans ma nouvelle gentilhommière de la rue Debussy. Le chemin de retour doit nous mener le long de la côte nord jusqu'au pont, et se révèle un parcours du combattant : des travaux sont en cours pour améliorer la protection du rivage en renforçant digues et terre-pleins, nous obligeant à zigzaguer plus ou moins près de la mer en évitant les obstacles mis sur notre chemin. En arrivant à La Flotte en Ré, dernière étape avant le pont, le ciel vire au violet et un œil à la météo annoncée nous incite sans délai à renoncer aux derniers kilomètres, et de prendre le car un peu plus tôt que prévu. Le déluge qui s'en suit nous convainc a posteriori que c'était le bon choix. Malgré cet accroc dans l'itinéraire, nous aurons quand même parcouru 105 kilomètres durant ces 4 jours, toujours à moins de 500 mètres du bord de l'eau. Une escapade marine pour dégourdir nos jambes d'ex-confinés, pour humer l'air vif et goûter les embruns salés, pour tester au passage quelques produits locaux (huîtres pour les amateurs, poissons et vins de pays pour tous) et revenir sur le plancher des vaches continentales, les yeux plein de lumière, les cheveux salés, le cuir humide et les pieds endoloris, le néophyte ayant lui aussi visiblement goûté l'effort et ses récompenses.

 

  


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