Baleines et trousse-chemise
Au bout de quelques kilomètres, nous arrivons vers le fameux Phare des Baleines qui se détache depuis quelque temps déjà sur le ciel gris. Une entrée en fanfare par la Porte du Canot de Sauvetage, alias Porte de l'Ouest, en fait une sorte de hangar qui permettait jadis une mise à l'eau plus aisée dudit canot. Nous voici face au phare octogonal en pierre apparente, datant du milieu du XIXème siècle : 57 mètres de haut, 257 marches hélicoïdales, ce sera notre seul dénivelé de la semaine, alors allons-y ! Après avoir tourné en rond une dizaine de minutes, trépignant parfois derrière des grimpeurs trop prudents ou déjà fatigués, nous voici sur la corniche, juste en-dessous de la lanterne rouge. Le panorama là-haut est saisissant, et permet de mieux encore constater la "platitude" de l'île de Ré. Vers le sud, les villages s'égrènent avec leurs clochers, seuls modestes reliefs déposés par la main de l'homme. Au nord, la mer, et en-dessous de nous, la vieille tour construite sur ordre de Vauban en 1682 et restaurée il y a peu, devenue la Tour des Baleines, aujourd'hui un musée, semble jouer un rôle de sentinelle pour sa grande sœur de tour, pourtant bien plus jeune.
Longeant le bourg des Portes-en-Ré, le plus septentrional de l'île, nous rejoignons, toujours sur le sable, le Bois de Trousse-Chemise. Mais pourquoi donc ce petit bois, sans éclat particulier, mité par de multiples propriétés, rencontre-t-il tant d'échos dans les esprits ? Sans doute parce que Charles Aznavour le célébra (dans un texte écrit par Jacques Mareuil) en 1962 : "Dans le petit bois de Trousse-Chemise / Quand la mer est grise et qu’on l’est un peu / Dans le petit bois de Trousse-Chemise / On fait des bêtises, souviens-toi nous deux". Bon, si l'on fouille un peu plus le texte, celui-ci est plutôt ambigu, voire délictueux, surtout en cette période #MeToo. mais au moins fut il la première réclame grand public pour l'île de Ré, avant qu'elle ne devienne une destination à la mode. On passe la Pointe du Fier pour rejoindre la plage de la Patache et longer le Riveau en remontant dans le Fier d'Ars.
Le Fier d'Ars ! Un nom un peu mystérieux, flairant son fier Artaban, qui s'applique à cette grande baie tout en haut à gauche de la carte de l'île. Enfin, baie à pleine mer seulement, puisque dès que la marée basse arrive, les fonds deviennent vase le long de la digue qui délimite la côte, et de l'autre côté de laquelle l'on cultive sel et huîtres. D'où vient donc ce nom curieux "fier" ? Nul ne sait, peut-être d'une déformation du mot "fjord" puisque les Normands firent une incursion dans les parages il y a 1000 ans. Ce Fier est aussi devenu une réserve ornithologique, au joli nom de Lilleau des Niges : nous chassons du regard les migrateurs des lieux, de la commune aigrette blanche au cou élastique, au plus rare et élégant héron gris. On marche ainsi au milieu de cet environnement mi-solide mi-liquide, toujours aussi plat, où le regard accroche alternativement le Phare des Baleines ou l'amer d'Ars-en-Ré, tandis que nos pieds nous ramènent après moult détours vers notre point de départ.









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