Mise au vert en Limousin
Comme chaque été ou presque, nous partons entre amis pour une destination hexagonale, en évitant autant que faire se peut la foule estivale, et donc bords de mer ou attractions touristiques. Du coup, nous atterrissons en général quelque part au milieu, du côté du Massif Central et de ses contreforts. Cette année, c'est sur le Limousin que nous avons jeté notre dévolu, et plus particulièrement Champagnac-la-Rivière, une trentaine de kilomètres à l'ouest de Limoges, où nous logeons dans un joli gîte sis dans un hameau en pleine campagne.

Un des objectifs de la semaine est de marcher sur les chemins environnants, même si la chaleur qui va crescendo au long de la semaine refroidit quelques ardeurs déjà pas trop vigoureuses au départ. Et comme le Limousin est bien verdoyant, beaucoup des sentiers de randonnée sont ombragés, et parcourus le matin quand le mercure ne fait pas encore feu de tout bois, cela reste très supportable. Non loin de notre gîte passe la Voie Verte, une ancienne voie ferrée qui reliait Angoulême à Limoges, et qui est désormais réservée aux cyclistes et marcheurs. C'est tout plat et tout droit, donc pas fatiguant, et la monotonie qui pourrait en résulter est heureusement atténuée par les vestiges du chemin de fer : ici un pont métallique qui surplombe la route, là une gare transformée en restaurant, là encore des maisons de garde-barrière retournées au civil, joliment réaménagée en coquettes petites maisons.
Aux deux extrémités de cette voie, les villages de Châlus et d'Oradour sur Vayres. Châlus a pour lui son château qui vit le dernier souffle de Richard Coeur de Lion, château hélas fermé au public depuis peu. Mais le village bouge encore, tel ce soir où un vieux rocker se démenait, seul sur une petite scène au milieu du bourg, pour le plus grand bonheur de quelques aficionados. De l'autre côté, Oradour sur Vayres paraît plus endormi, mais sans doute ne fait-il que se reposer des quatre jours de folie qui l'agitent lors de sa grande fête foraine annuelle. Je m'y rends un soir pour voir l'ambiance, toujours fasciné par ce type de fête, qui nous renvoie à de vieux films ou rappelle des souvenirs plus anciens encore : un monde fou, dans une atmosphère bon enfant (pas toujours vrai avec ce genre de manifestation), des attractions à tire-larigot, des baraques à tout, pour le meilleur et souvent le pire, et en conclusion un très beau feu d'artifice.

La métropole locale de Limoges nous occupe une journée. Je dois avouer que nous n'en revenons pas vraiment enthousiastes. Certes, la cathédrale Saint-Etienne sur sa colline dominant la Vienne a fière allure, posée à côté des fort réussis jardins de l'Evêché. Certes, le quartier de la Boucherie garde un aspect médiéval attachant, même si son périmètre est bien étroit et en réfection. Mais pour le reste, la ville n'est pas bien attrayante. La place centrale de la République est en plein travaux, les rues qui mènent aux Halles ne racontent pas grand chose, on a l'impression que la ville s'ennuie avec ses habitants : serait-ce encore le syndrome de la diagonale du vide, d'autant que Limoges vient aussi de perdre son statut de (modeste) capitale de région ? On se tourne alors vers la porcelaine : le musée Adrien-Dubouché est une réussite, architecture inventive, muséographie didactique, richesse des pièces exposées, il y en a presque trop. Sans oublier les incontournables magasins d'usine, Havilland en tête, pour remplir son vaisselier.

L'image qui restera la plus vivace de cette semaine limousine est sans conteste celle d'Oradour-sur-Glane. Le ciel bleu lumineux accroît encore le contraste avec la noirceur de la ville martyre, conservée en l'état : on se croit revenu 74 ans en arrière, on s'attendrait presque à voir arriver le tramway de Limoges sur les rails encore présents, tandis que les tortionnaires du Reich viendraient tout juste de quitter le lieu de leurs crimes abominables. Un musée raconte sobrement et exhaustivement la mécanique infernale qui a conduit à cette journée sanglante, avant de nous propulser dans la ville, abasourdis, estomaqués, osant à peine parler, fixant les tragiques reliefs encore tordus par les flammes de l'enfer. Un coup de poing à l'estomac, salutaire pour se souvenir, se dire "plus jamais", tout en sachant très bien qu'en Syrie où qu'en Irak, des scènes similaires se sont encore déroulées il y a peu.









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