On the Route 66 (Mojave Desert)
Dernier désert de ma trilogie, après Anza Borrego et Joshua Tree, celui de Mojave, sur la route allant de Los Angeles à Las Vegas. On peut prendre l'autoroute I40 sur laquelle déboulent des cortèges de camions, en jetant un œil distrait au paysage. Pour revenir de Needles, à la frontière du Nevada, je ne peux que prendre les chemins de traverse, et emprunter cette fameuse Route 66 qui me fascine depuis belle lurette. la portion qui traverse le désert de Mojave est une des plus célèbres, et elle vaut effectivement le détour. Dès la sortie de Needles, nous voilà sur une route "de campagne" qui aboutit rapidement dans le désert, toute droite, longeant une voie ferrée non moins rectiligne sur des kilomètres. Les trains qui y circulent à une vitesse d'escargot sont impressionnants par leur longueur, ceci expliquant sans doute cela : comme je n'ai pas grand chose d'autre à faire en conduisant sur cette route sans virage et sans autres véhicules, je compte les wagons qui se succèdent derrière les locomotives (il y en a souvent 4 devant pour tirer, et 2 derrière pour pousser !), et j'arrive plusieurs fois au chiffre de 100 wagons pile poil, avec une pointe à 170 wagons pour l'un des convois ; en calculant, l'on se dit que ces convois atteignent, voire dépassent parfois le kilomètre en longueur !
Le ruban d'asphalte continue de se dérouler inlassablement sous une chaleur qui commence à monter en ce début de matinée. Premier stop à Goffs, autrefois un village sur le trajet du chemin de fer. La vieille école a été retapée et essaye de servir, tant bien que mal, d'aspirateur à touristes - difficile quand il demeure fermé le plus clair du temps. Une vieille éolienne semble encore prête à fonctionner pendant que du matériel minier rouille sur le soleil et qu'une enseigne anachronique enjoint à "étudier le passé". Toujours tout droit, la route traverse un autre village fantôme : tout a l'air abandonné, des pompes à essence rouillées, des maisons aux volets battants, même si l'on entraperçoit ici ou là un signe de vie semblant indiquant que l'on vit encore ici, drôle d'idée quand même. Et cette impression étrange subsiste au fur et à mesure que l'on avance sur la Route 66, une route morte qui n'est plus guère empruntée que par de rares locaux et des nostalgiques de l'Amérique du siècle passé. Le passage à Amboy nous sort de la léthargie. Quelqu'un a voulu faire renaître l'un de ces lieux abandonnés et a investi quelques dollars : une station service (aux tarifs exorbitants) en état de marche, un motel-café ouvert, avec une belle enseigne, des maisons retapées toutes blanches, le sigle "Route 66" peint en blanc sur la route, tout cela au milieu d'un paysage plat comme une limande, une oasis dans le désert. L'arrêt suivant est à Newberry Springs, où l'on passe devant (sans le voir si on ne fait pas attention) le célèbre Bagdad Café, vedette du film éponyme de Percy Adlon en 1988, qui fut un succès en France, davantage qu'aux US. On peut s'y arrêter pour prendre un mauvais café ; les lieux vivent tant bien que mal de leur réputation d'il y a 30 ans, on y sert quelques plats américains pas franchement attirants, 2 papys servent sans enthousiasme les rares clients (français !), la vente de T-shirts semblent être l'activité la plus lucrative qui les fait vivre. Tout cela combine deux facettes, artificielle et authentique à la fois. L'arrivée sur la plus grande ville de Barstow signe la fin de ce passage de la 66. Celle-ci a trouvé sa place comme la fin effective de la route mythique (puisqu'après, l'ambiance change complètement en arrivant dans la grande banlieue de Los Angeles), et joue sur cette fonction : tout tourne autour du sigle magique, motels, restaurants, peintures murales, le nombre 66 s'affiche partout jusqu'à l'indigestion, le business a repris le dessus.




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