Zagreb hors sentiers battus

Après avoir sillonné la vieille ville de Zagreb, éloignons-nous des sentiers battus par les rares touristes de cette fin d'hiver. Nous chaussons nos godillots de marche pour rejoindre la partie sud de la capitale croate. Et il vaut mieux être bien chaussé puisqu'il y a un monde, et au moins une rivière et un, voire plusieurs no man's land entre le centre de Zagreb et les quartiers Sud. Première barrière à franchir, la voie ferrée, une tranchée qui définit une la limite entre le centre et sa périphérie. Après avoir traversé l'un des ponts, l'on se retrouve dans le premier cercle, une zone administrative et commerciale, que parcourent de grandes avenues à 4 voies, et où se succèdent bâtiments modernes, sièges de sociétés la plupart du temps, centres commerciaux tout aussi récents, et immeubles d'habitation qui ont poussé en même temps, formant un ensemble homogène et assez artificiel, avec un petit côté nord-américain. On voit cependant encore ici ou là des installations industrielles, souvent bien décrépites, voire abandonnées, qui représentent ce que les lieux devaient figurer il y a encore une ou deux décennies. Deux kilomètres plus loin, changement de décor, ou plutôt insertion progressive d'autres habitats dans le tissu commercial. Des poches d'habitation apparaissent, de petites maisons, souvent coquettes, parfois plus fatiguées, avec leur carré de verdure, de vrais gens qui y habitent, et amènent un peu de vie et d'humanité dans cette zone jusque là sans âme. 

Nous continuons à marcher vers le sud, jusqu'à la rivière Sava. Voilà un cas particulier que celui de cette rivière qui traverse, sinon la ville, du moins ses environs immédiats, et qui ne semble avoir aucun impact sur la configuration urbaine, sinon celle de séparer de manière physique la ville ancienne et la ville moderne. Aucune habitation à proximité immédiate de la rivière (sans doute du fait de risques d'inondations), aucun aménagement des bords, si ce n'est une sorte de chemin de halage, les deux parties de Zagreb tournent le dos à Sava, et rien ne semble prévu pour tirer parti de la voie d'eau qui somnole toujours. Passé le pont, nous arrivons dans Novi Zagreb, la grande banlieue sud de la ville. Un vaste parc, qui gagnerait à être mieux traité, sert de tampon entre zone aquatique et la ville nouvelle. Nous rejoignons enfin cette dense banlieue, et l'on ressent d'un seul coup l'influence de l'ère communiste, ou plutôt titiste puisque c'est le fameux maréchal Tito qui la marqua de son empreinte durant près de 50 ans. De grands ensembles balisent le paysage, dont l'addition n'est pas (trop) déprimante, il y a de l'espace, les bâtiments ne sont en général pas décatis, et une vraie animation agite cette Zagreb bis qui vit différemment, loin du centre. Nous nous arrêtons au Musée d'Art Moderne, gros bâtiment massif et un peu lourd, qui est le marqueur culturel de la ville bis. A côté des habituelles inventions plus ou moins loufoques qui frisent parfois l'escroquerie (vous comprendrez que je ne suis guère friand d'art dit moderne, d'une tendance en tout cas), une exposition fort instructive montre l'évolution de Novi Zagreb aux temps du socialisme triomphant, les maquettes de départ, la construction des immeubles, une superposition de vues projetées et réelles, avec une vidéo au noir et blanc d'antan, incertain et vivant. Le retour en tramway nous fera au retour re-défiler sous les yeux l'ensemble des paysages changeants de la ville.





Le lendemain matin, une autre sortie hors les murs, cette fois vers le nord et le cimetière de Mirogoj, traversant avant d'y parvenir la banlieue nord de la ville, plus banale, plus habituelle, des maisons individuelles bien différentes des grands ensembles du sud. Le cimetière est immense, et s'aborde par ses galeries néo-Renaissance, massives et impressionnantes, qui marquent l'entrée principale à l'ouest. Lorsque l'on s'en éloigne, le paysage devient bucolique, les collines permettent de s'échapper vers les hauteurs en dominant les environs, des arbres égaient la minéralité des tombes, on peut parcourir des kilomètres en interrogeant du regard les messages des pierres, les prénoms et noms à consonance croate, les dates de naissance et de décès, reconstituant des bribes d'histoires tragiques, là un accident d'avion, ici un basketteur célèbre disparu dans un accident de la route, des vies souvent banales qui se brisent tôt ou tard, la routine d'un cimetière qui raconte en touches discrètes la vie d'une ville.
  

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