Telle est la Ria d'Etel

La Ria d'Etel, alias rivière du même nom, est ce fleuve côtier qui finit son cours encadré par des rives dont la hauteur varie avec la marée, la mer salée se mêlant intimement à l'eau douce fluviale deux fois par nycthémère. A son embouchure se trouve sa fameuse barre, ce banc de sable sous-marin, partiellement découvert à marée basse, qui bouge au fil des courants, piégeant régulièrement des marins s'échouant sur la langue de sable. La station de sauvetage voisine intervient régulièrement pour récupérer les marins imprudents ou malchanceux. Le sinistre le plus connu est celui de 1958, lorsque le bateau de survie testé par Alain Bombard chavira, tout comme le canot de sauvetage lui venant en aide, provoquant la mort de neuf occupants sur les deux embarcations. Ce ne sera pas le cas de notre bateau de la compagnie Navix, qui nous emmène pour une balade de 2h30, à marée haute, jusqu'à l'entrée de la ria d'un côté, jusqu'au Verdon en amont, pour un panorama complet des bords de la riante vallée, en passant par le Pont Lorois et la petite île de Saint-Cado.

Avant le côté eau, nous aurons parcouru le côté terrien de la rivière, pour une vingtaine de kilomètres à suivre la côte découpée, offrant des paysages inversés, option maritime, passant devant quelques jolies propriétés les pieds dans l'eau. En rentrant après 5 bonnes heures de marche, l'arrêt à la sympathique guinguette de la brasserie Déferle est bienvenu pour une dés-altération sans modération, mon sac à dos s'en trouvant par la même occasion lesté de deux bouteilles de bibine testée sur place, classique à défaut d'originale.

Pour l'occasion, nous logeons dans une chambre d'hôtes d'Etel, Anavel, à deux pas de la mer, bien accueillis par Bruno et Nathalie, des amis de notre fille, avec lesquels nous devisons longuement lors du petit déjeuner sur leur petit bout de Bretagne. Le soir venu, nous n'avons que quelques pas à faire pour nous restaurer dans la petite ville. Le Bistro Jucotte, produits frais et locaux, est une bonne adresse (ravioles, aubergine rôties, tiramisu fraise), tandis que le lendemain, soir de Fête de la Musique, pourtant un peu escamotée cette année à Etel, trouver un resto s'avère plus difficile, et le repas moins remarquable chez Shore Break, heureusement prolongé par un excellent dessert - glaces chez Toto.

Une autre randonnée en boucle nous fait faire le tour du propriétaire, de la commune d'Etel, par le moulin de Sac'h gardant la rivière du même nom, le sentier des villages d'Erdeven, la plage de Kerminihy, et revenant par le banc du Stang, en face de la fameuse barre, et le centre ville.

Le mercure grimpant plus haut que de raison à la fin de notre séjour, nous allons chercher refuge au Musée des Thoniers, bien au frais dans un bâtiment quelconque non loin du port. Mais son contenu est riche, retraçant l'histoire d'Etel et de ses liens avec la mer, depuis l'époque de la sardine et des dundées au 19ème siècle, jusqu'aux thoniers à germon du 20ème, le tout illustré par des maquettes, des documents écrits et filmés, des reconstitutions de gréements ou de cabines, pour un compendium d'informations d'une rare richesse, que l'on a que l'impression de seulement effleurer et survoler en l'espace de deux heures. Le personnel du musée, des anciens marins, amène de surcroît une touche personnalisée à cette exploration par leurs commentaires et leur humanité.

Une autre excursion à but prosaïquement utilitaire, tandis que le thermomètre s'approche dangereusement des quarante degrés, nous emmène un peu plus loin vers Lorient, jusqu'à Port-Louis et au Musée de la Compagnie des Indes, implanté dans la citadelle de la ville. On y (re)découvre cette compagnie créée par Colbert en 1664, et son histoire, à travers les navires qui relièrent la métropole à l'Afrique (avec l'esclavage en toile de fond), aux Indes, à la Chine et au Japon, dans une muséographie soignée, avec moult objets ramenés de ces expéditions lointaines. Bravant la chaleur, nous faisons aussi un petit tour de Port-Louis, admirant au passage quelques belles maisons de maître, nichées dans la vénérable ville un peu assommée par la canicule.

Revenus chez notre fille à Auray, nous nous surprenons à terminer la journée dans l'eau (une première pour nous en Bretagne !), sur la belle plage Saint-Philippe à Locmariaquer, où une mer moins fraîche que redouté offre un plus qu'agréable contraste avec l'étouffante chaleur bretonne, autrefois oxymoron, aujourd'hui dure réalité du changement climatique en cours.

 

 

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