Sisteron en rond

Je suis dans le Sud pour une formation chez Sanofi, mon entreprise d'antan où je travaillai une trentaine d'années, et plus précisément sur le site de Sisteron, où je me suis rendu à quelques dizaines d'occasion au long d'une décennie. Comme il s'agit de ma dernière formation avant ma "vraie" retraite, la boucle sera bouclée en revenant sur les lieux de mes pérégrinations passées, et en retrouvant quelques collègues encore présents. Au cours de mes précédents passages, je n'ai guère eu l'occasion de visiter la ville, et je trouve cette fois un peu de temps pour parcourir la métropole sisteronnaise, toujours dominée par sa célèbre Citadelle.

Sisteron se dresse au-dessus de la Durance, le grand fleuve qui parcourt la Provence, où se rencontre aussi le rocher de la Baume, ce goulot d'étranglement qui sépare la Provence au sud des Alpes au nord. Face à la citadelle, c'est une imposante falaise de calcaire qui donne l'impression d'un éventail de pierre géant, manuel à ciel ouvert de tectonique alpine. La vue depuis le bas du pont, de l'autre rive est toujours aussi saisissante. J'en profite pour me promener le long de la Durance, jusqu'au plan d'eau des Marres, pour me rendre compte que la promenade pourtant alléchante le long du fleuve est toujours aussi mal traité. Une route bitumée sans aucun aménagement, un chemin poussiéreux parcouru par quelques marginaux, ne font pas honneur au panorama dont on y profite, sur la Baume et la Durance d'une part, la citadelle et la vieille ville de l'autre.

La traditionnelle balade à travers les ruelles me fait redécouvrir les vieilles maisons, parfois fatiguées, aux portes sculptées, arches brisées ou baies géminées, comme celles de la rue Mercerie et de la rue Droite, ou encore l'hôtel de la Baume. J'y découvre aussi les passages couverts de la ville, alias "andrones", l'équivalent des traboules lyonnaises, qui relient les rues d'amont en aval, au travers des habitations, par des boyaux parfois même joliment éclairés le soir venu.

La partie plus récente se développe autour de la Tour de la Médisance, partie des anciennes fortifications de la ville, avec ses consoles de mâchicoulis et ses arquebusières, qui affiche fièrement sur son mur un maillot jaune pour faire référence au Tour de France féminin qui fera étape ici dans quelques semaines. Juste en face, l'Hôtel de Cours me fait revenir à la mémoire mes multiples séjours d'antan, pour y dormir et y dîner, lorsque j'y découvrais le célèbre banon, ce petit chèvre fondant du coin.


Mais je ne suis pas hébergé au Cours cette fois (complet), mais à la chambre d'hôtes des Mirabelles juste en face de la cathédrale Notre-Dame des Pommiers. Cet établissement récent est fort bien situé et propose un petit déjeuner en table d'hôtes, copieux et bien pourvu de spécialités locales. Ma chambre offre une vue imprenable sur la citadelle, pointant sa couronne parée de blanc sur fond de ciel à l'heure bleue liseré de quelques nuages restés de l'orage de l'après-midi. Un peu plus tôt, je profitai avec quelques ex-collègues d'un nouveau restaurant, "Il était une fois", à la belle carte inventive (pour moi, beignet de langoustine, tataki de thon, arrosés d'un judicieux vin de pays des Domaines de la Bergerie, vermentino blanc).

 

Auparavant, sur le route qui me mène du Lubéron à Sisteron, je fais un arrêt au monastère de Ganagobie, dont le nom étrange aux sonorités moyenâgeuses maintes fois vu sur l'autoroute m'a toujours intrigué. Celui-ci jouit d'une situation magnifique sur un étroit plateau surplombant de 350 mètres le lit de la Durance. Si l'abbaye bénédictine, toujours active, n'est pas ouverte, son église du 12ème siècle vaut le détour, la grimpette (en voiture), et le kilomètre de chemin pour y accéder. D'architecture romane provençale, superbement austère, elle est égayée par un magnifique pavement de mosaïques médiévales, 72 mètres carrés datant de 1124, tricolore (grès rouge, marbre blanc, calcaire noir) et regorgeant d'animaux fantastiques (lions, griffons, dragons), une splendeur.

Le petit cloître voisin, seulement visible à travers une fenêtre, est tout mignon tout beau. A l'entrée, le tympan du portail apparaît plus modeste, d'autant que sa restauration pourtant ancienne l'a un peu dégradé. Enfin, un peu plus loin, quelques croix composent le cimetière du prieuré et de ses moines.

Un chemin à travers les bois mène ensuite jusqu'à la Croix de Ganagobie, avec au bout de la route une magnifique vue à 180°C sur la vallée en-dessous. Je n'y suis pas seul puisque s'y agitent lorsque j'arrive un photographe armé de son volumineux reflex, et une influenceuse (?) qui prend des poses en se filmant avec son smartphone, dans un étrange ballet égoïsto-moderniste. Alors que je rejoins ma voiture, l'orage se met à gronder, et j'ai juste le temps de me mettre à l'abri tandis que le ciel ouvre grand ses écluses, déversant une ondée qui a le mérite de faire chuter le mercure de plus de 10 degrés pour mettre une fin provisoire à la canicule qui régnait ici.



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

Quand t'es dans le désert ... (*)