Une Orange romaine et hollandaise
Une première excursion en 2026 m'envoie en direction du Vaucluse, 2h40 de TGV jusqu'à Avignon, dans la gare de laquelle je croise une ex-collègue de Sanofi, pour une brève rencontre d'une quinzaine de minutes entre l'arrivée de mon train, et le départ du sien. Puis je récupère chez Hertz ma Peugeot 2008 qui va me transporter trois jours durant sur les routes du Vaucluse. Après un déjeuner efficace chez les Gustaves (bon tajine d'agneau notamment), dans la zone d’activités autour de la gare TGV, je remonte jusqu'à Châteauneuf du Pape, où ma dernière incursion remontait à 1992 quand même ... Je m'arrête d'abord au Musée du Vin Brotte, une cave viticole qui a développé un musée autour de ses vins, qui vaut d'y faire escale pour en savoir plus sur le célèbre nectar du coin. Après les explications de rigueur sur les cépages et les terroirs, les outils de la viticulture et les techniques associées, l'on finit par la rituelle dégustation finale. Je me vois proposer une blanche et élégante Clairette, et surtout quelques gouttes d'un millésime 2012 rouge (grenache, mourvèdre, syrah) dans sa fiole vintage, une bouteille biscornue conçue par un souffleur de verre, qui est vendue au modeste tarif de 200 € la bouteille : comme souvent avec ce genre de vin haut de gamme, je le trouve en effet fort goûteux, sans pouvoir juger s'il mérite que l'on débourse ces tarifs pour en acquérir une boutanche.
Puis je parcours sous un ciel plombé le village, fort peu fréquenté en ce mardi après-midi de janvier. Ici et là un hôtel chic ou une auberge rupine montrent qu'en saison, il doit y avoir du monde dans les parages. Des ruelles étroites bordées de belles maisons de pierre permettent de monter jusqu'à la forteresse papale d'où une large vue s'offre sur la vallée du Rhône.
Puis je rejoins ma chambre d'hôtes de Méreuilles, non loin d'Orange, où je suis accueilli par une dame d'âge respectable (le mien ?) qui a aménagé quelques chambres agréables au bout de son domaine, et où je suis le seul client ce soir-là. Le lendemain, des Belges passeront la nuit en coup de vent, sans que je ne les croise au petit déjeuner. En tout cas, je suis bien placé pour aller voir les lieux à mon programme : ville d'Orange, Vaison-la-Romaine, mont Ventoux, dentelles de Montmirail ou encore Carpentras.
Je n'ai jamais mis les pieds dans cette ville d'Orange, mais ai bien sûr entendu parler des célèbres Chorégies d'Orange, et de l'écrin, le Théâtre Antique, qui leur sert de cadre. Je commence par une exploration nocturne de la ville, essentiellement axée sur l'Arc de Triomphe à l'entrée nord. Imposant par sa taille, sobrement éclairé, aux abords bien aménagés, la nuit va bien pour le tour que j'en fais sur les coups de 18 heures, pour admirer la décoration d'origine qui a bien résisté aux outrages du temps, jusqu'à ce fronton exubérant mêlant scènes de batailles terrestres et maritimes. Au centre, la muraille verticale du Théâtre Antique est elle aussi impressionnante, et l'on se sent tout petit en la longeant, permettant d'imaginer le volume qui se cache dernière, mais j'y retournerai de jour. Je finis ma journée dans un restaurant tenu par des Alsaciens, l'Arausio, où je renonce tout de même à tester les tartes flambées ou la choucroute qui sont proposées.
Je retourne dans Orange un peu plus tard, de jour, pour d'abord visiter ce fameux Théâtre Antique. Édifié sous le règne d'Auguste (au 1er siècle de notre ère), le seul théâtre romain à avoir conservé ce fameux mur de scène, haut de 37 mètres et long de plus de 100 mètres. La lumière du matin commence à éclairer la scène, puis les gradins du vaste demi-cercle, m'offrant le privilège d'avoir pour moi seul l'ensemble du lieu. Je peux m'imaginer spectateur romain attendant les acteurs qui s'y produisent, ou plus contemporain les artistes lyriques des Chorégies. Je peux monter et descendre les escaliers comme il me plaît, et parcourir coursives et vomitoires. Je finis par une rasade de réalité virtuelle, un casque sur les yeux et les oreilles pour me plonger dans la peau d'un spectateur d'il y a deux mille années.
En face du théâtre, le musée municipal d'Art et Histoire raconte un autre aspect de la ville, quand elle était siège d'une principauté du Comtat Venaissin, puis échut au prince de Nassau, devenant un petit bout de Hollande au fond de la Provence. Ce n'est qu'en 1713, par le traité d'Utrecht, que Louis XIV fait main basse sur la ville et la rattache à la France. J'apprends à cette occasion que la couleur orange, toujours emblème de la royauté néerlandaise (et couleur de l'équipe de foot), vient de la ville d'Orange. Dans le musée, on trouve l'habituel bric-à-brac d'objets variés retraçant l’histoire de la ville, collection lapidaire et mosaïques romaines, toiles de maîtres locaux et reconstitution d'intérieurs bourgeois. Classique et toujours très didactique, efficace pour appréhender une ville d'hier et d'aujourd'hui.
Je finis par un tour du centre de la vieille ville, une jolie Place aux Herbes, arborée et piétonne, où il doit faire bon prendre un verre l'été venu, la cathédrale Notre-Dame au discret portail méridional que l'on découvre au coin d'une rue, ou la mairie de style classique, lieu des turpitudes de plusieurs générations d'extrêmes Bompard.
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