Lumières et vitraux messins


 

C'est dans un couloir du métro parisien que je remarque une affiche vantant les festival des lumières de Metz, "Constellations". J'avais apprécié les lumières lyonnaises en hiver, pourquoi pas celles-ci en été ? Une courte heure et demie de TGV et me voici à la gare de Metz. Ce n'est bien entendu que le soir venu - il faut attendre 22 heures en cette période de quasi-solstice - que je peux profiter des installations. Il y en a une bonne vingtaine dispersées dans la ville, dont je pourrai voir la plupart, en tout cas de celles nocturnes, les plus spectaculaires, et dont voici mes favorites. En pole position, je placerais "Ataraxie", une rangée de lasers rouges qui virevoltent dans le somptueux cadre de la Basilique Saint-Vincent : on reste bouche bée devant le spectacle incandescent des volées de rayons qui explorent le volume de la basilique, d'abord doucement, presque timidement, puis crescendo, de plus en plus frénétique, jusqu'à un final hallucinant de dextérité et d'inventivité. Bref, c'est magique.

Ensuite, je ressors le Mapping Vidéo du Cloître des Trinitaires, un concours avec cinq créateurs venus du monde entier (Allemagne, Roumanie, France, Portugal, Indonésie), qui proposent autant d’illustrations lumineuses des façades du cloître. Chaque création a son thème et explore à sa manière l'utilisation de la lumière,  sa fusion avec le cadre idéal du cloître, jouant avec les colonnes et les fenêtres, avec les ogives et les murs, tandis que l'on se meut dans le large espace central pour se procurer angles et visions variables du spectacle, sur une musique incantatoire.

Enfin, le clou du festival est évidemment la projection sur la façade de la Cathédrale Saint-Étienne, Terraforma, un voyage au sein du système solaire avec une étonnante mise en relief des flèches qui jaillissent de l'édifice, du portail et de la grande rosace. Les couleurs surgissent, sautent, saturent, étourdissant le simple mortel scotché au sol, tandis que la musique ponctue les évolutions avec un martèlement lourd. On ne peut que rester assis, les yeux ne pouvant se détacher de ce space opera hypnotique. 

Parmi les autres spectacles, on peut aussi citer les danseurs en noir et blanc dans la Cour d'Or, sous le ciel qui à l'heure bleue vire lentement au noir, ou bien, à l'Hôtel de Région, le jardin du cloître mis en lumière par des LED feux follets, ou encore la galopade effrénée de chevaux des premiers films muets dans le Temple Neuf. Au total, 24 lieux ainsi mis en valeur, par 42 artistes, pour un grand spectacle s'étalant sur 73 jours, pour ce qui est déjà la 9ème édition de ce festival, qui vaut le déplacement.

Puisque l'on parle de lumière, celle que filtrent les vitraux des nombreuses églises messines, vaut également le détour, et celle-là est permanente. Je retiens d'abord les vitraux de la petite église Saint-Maximin, un peu à l'écart. Ceux-ci ont été conçus par Jean Cocteau, dont j'ignorais les talents de sculpteur de lumière. Il a conçu cette œuvre au début des années 60, et il a fallu plusieurs années pour qu'elle soit montée, longtemps après sa mort en 1963. Le résultat sur 14 baies et 24 fenêtres est remarquable. Par son homogénéité, le travail sur les couleurs et la lumière, les thèmes (on retrouve le mythe d'Orphée et le thème de l'immortalité chers à Cocteau), la beauté des dessins, c'est un chef d’œuvre où chacun peut trouver ici ou là une éclaboussure de génie. Qui va de plus parfaitement avec la sobriété élégante de l'intérieur de cette église romane.

 

Plus classique et plus connus sont les vitraux de la Cathédrale Saint-Etienne, qui allie panneaux anciens et modernes, nous octroyant un saisissant condensé de l'histoire du vitrail, du XIIème au XXIème siècle. Les vitraux médiévaux sont encore nombreux, les plus anciens figurant des scènes de la vie de Saint Paul dans le transept sud. Les plus connus sont ceux de Hermann de Münster qui parent la grande verrière occidentale, ou ceux de Théobald de Lixheim sur la face nord. Les œuvres modernes sont venues au 20ème siècle remplacer les verrières détruites par les guerres : Villon alias Gaston Duchamp (frère aîné du peintre Marcel) ; Roger Bissière pour deux verrières des tympan nord et sud, qui se répondent autour du thème de la création, du jour et de la nuit ; Marc Chagall dans le déambulatoire nord qui illustre l'Ancien Testament dans son style inimitable, pour une interprétation judéo-universelle ; la coréenne Kimsooja enfin, en 2022, dans une veine plus moderniste. Cet ensemble multiculturel, tout en restant homogène, forme ce que l'on appelle "La Lanterne de Dieu", une manière de célébrer l'endroit si particulier que représente la cathédrale de Metz dans le monde du vitrail. Lors de la visite guidée que j'ai réservée pour cette visite à l'Office de Tourisme, j'ai aussi la surprise d'y tomber totalement par hasard sur un vieil ami parisien perdu de vue depuis 15 ans !

 

A côté des lumières, il reste d'autres lieux à voir et faire à Metz. Sillonner ses rues dans le centre historique, jusqu'à la place Saint-Louis à l'architecture italienne, et aux arcades abritant les cafés les plus courus de la ville. Longer la Moselle, autour du Quartier des Iles et de la Place de la Comédie, de jour ou de nuit, quand la rivière reflète les lumières de la ville. Suivre les remparts subsistant le long de la Seille, éclusant au passage un gorgeon aux Frigos, le lieu branché, juste à côté de la Porte des Allemands. Monter sur le Colline Sainte-Croix, dans le vieux quartier, à l'écart du trafic. Enfin sur le chemin de retour vers la gare, admirer sur l'Avenue Foch la Ville Impériale avec ses demeures bourgeoises, les monumentales Gare et Poste, et la Porte Serpenoise.

 

Le Musée de la Cour d'Or vaut aussi d'y consacrer une heure ou deux. D'abord pour son cadre unique, puisqu'il est construit sur les thermes gallo-romains qui constituent la base du musée. On peut ainsi parcourir les collections antiques au milieu de ces thermes, une mise en abyme surprenante qu'accroît encore les archéologues qui travaillent sur place, au milieu des visiteurs, à faire ressortir et rénover les vieilles pierres. Mais on y trouve aussi un grenier à blé gothique, un couvent baroque, l'hôtel patricien Le Gronnais (fin 13ème), qui servent d'écrin aux autres collections médiévales ou modernes, avec notamment des plafonds en bois peints remarquables.



Au rayon logement enfin, un confortable studio sous les toits (et donc un peu chaud par des temps qui frisent la canicule), non loin de la Cathédrale, me permet en sortant de me retrouver à quelques pas seulement des hauts lieux messins. 




 

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