La Villa Castel à Dieppe

C'est la troisième fois qu'une formation m'amène à Bolbec, entre Le Havre et Rouen, et je ne déroge pas à ma règle en poussant auparavant jusqu'à la Manche pour m'offrir une petite extension maritime. Après une pause pique-nique à Forges-les-Eaux, vers les bords de l'Andelle sur laquelle vogue une Coccinelle (sic !), je me pose à Dieppe, gros port de pêche qui abrite aussi la plage la plus proche de Paris. J'y ai retenu une chambre d'hôtes de charme, comme on dit, dans la Villa Castel. Une situation parfaite, au pied du château de la ville, une histoire atypique, trois maisons réunies en 1930 pour former une chaumière normande, avec tour et bow-windows, sans oublier un joli jardin tout autour. De surcroît, la chambre est élégante, dans un contraste noir et blanc, et d'immenses salle de bains, lit et même écran TV ! Bref, un endroit idéal où je regrette de ne rester qu'une nuit.

Je pars faire le tour de Dieppe, commençant par son animée Grande Rue, jouxtée de maisons en briques blanches (l'une d'elle abrita il y a quelques siècles le corsaire Balibar) et de magasins, par exemple celui qui vit s'y approvisionner Pissarro, Monet ou Renoir. On tombe plus loin sur le Port de Plaisance, désormais libéré des ferries qui accostent un peu plus loin, et qui accueille pêcheurs et plaisanciers. En franchissant deux ponts mobiles (Ango et Colbert), on atteint le joli quartier de pêcheurs du Pollet, avec vue sur la falaise est et la chapelle du Bon Secours. C'est là que je dîne le soir venu, au Bistrot du Pollet, où j’expérimente notamment la spécialité locale du foie de lotte mariné.

Puis après le Bout du Quai, autre quartier ancien, voici la grande plage de galets, avec ses cabanes de plage dans divers tons de bleu, où quelques Dieppois prennent l'apéritif le soir venu tandis que le soleil se couche sur la falaise côté ouest, en-dessous du château. Dans le mer, je vois plusieurs dauphins longer la terre à coup de bondissements successifs. Un grand espace vert sépare la plage de la ville et de ses constructions, et notamment le grand Hôtel de la Plage qui profite des rayons de soleil du soir.

Sur la promenade, un monument à la mémoire des Canadiens qui combattirent ici durant la guerre de 39-45 en raconte un épisode méconnu. Qui est aussi rappelé au niveau du Square des Canadiens au-dessous du château. Le 19 août 1942, cinq mille Canadiens accostèrent ici dans l'Opération Jubilee, un débarquement sur la côté française en guise de répétition de celui qui adviendra deux ans plus tard. Mal préparé, il échouera en faisant de nombreuses victimes. Mais le lien avec le Canada remonte encore plus loin, puisque de nombreux Dieppois allèrent s'installer au Québec à compter du XVIIème siècle.

 

Le château-musée est le monument emblématique de Dieppe, qu'il domine depuis sa falaise. En y grimpant, on profite d'une large vue sur la ville et la mer. Constitué de silex, grès et briques, il défendait la ville, notamment contre les Anglais toujours à l'affût. C'est désormais un musée qui rappelle le passé portuaire de la ville, avec cartes - portulans, instruments de navigation, maquettes de bateaux. Le musée est notamment réputé pour sa collection d'ivoires dieppois. les ivoiriers locaux profitant des importations d'ivoire d'éléphant, d'Afrique ou d'Asie, pour travailler les défenses avec minutie, comme en témoignent la quasi-dentelle de certaines des œuvres, statuettes ou chapelets, tabatières ou pendules. On y trouve aussi des salles de peinture (19e - 20e, notamment Braque et Dufy), une dédiée à Camille Saint-Saëns, le musicien originaire la ville, ou une collection originale de râpes à tabac. Un musée un peu bric-à-brac qui se visite avec curiosité.







 

 

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