Art et Histoire à Chaumont sur Loire
Mon objectif photos rapidement rempli, il me reste du temps pour parcourir le domaine et ses installations modernes qui constellent jardin et lieux clos. Le nombre d'œuvres qu'on y croise est impressionnant, depuis les sculptures du jardin jusqu'aux vitraux des combles, en passant par les vidéos ou d'autres gestes originaux, notamment du côté des écuries : pas moins de 39 artistes y exposent en permanence, dans tous les styles et dans tous les lieux. Je commence par le parc, noyé dans la brume ce matin-là, avec les masses granitiques et elliptiques de Denis Monfleur, ou les silhouettes noires et hiératiques de Christian Lapie.
Dans le château, je retiens la galerie digitale de Quayola, un spectacle à la mode impressionniste, des images mouvantes et colorées que ne désavouerait pas Claude Monet. Sous le toit, ce sont douze vitraux modernes de Sarkis qui occupent l'espace des anciennes chambres de bonnes et de leur hétéroclite capharnaüm, conversant avec des objets d'hier à moitié abandonnés, auxquels ils redonnent vie grâce à la lumière du dehors qu'ils filtrent. L'étrange bibliothèque cristallisée de Pascal Convert s'aligne devant quelques fenêtres, des livres translucides qui ont perdu leur contenu pour devenir des objets de souvenir.
Enfin, devant le château, les Ecuries alignent d'autres installations saisissantes, telles les céramiques miniatures de Scalabre formant une masse mythologique, ou les géodes collectées par Guiran dans l'Atlas marocain qui composent un doux brouillard de pierre dans le manège.
Et comme le château réunit art et histoire, je m'inscris à la visite guidée de rigueur, avec le privilège d'y être seul et d'avoir droit à une conférencière juste pour moi. J'y révise toute la chronologie du château, depuis sa création au Xème siècle par Eudes le comte de Blois, la reconstruction du château par la famille d'Amboise, l'achat de celui-ci par la reine Catherine de Médicis, l'échange avec sa rivale Diane de Poitiers, puis les différents propriétaires qui s'y succédèrent au cours des siècles jusqu'à la riche famille Say, et Amédée de Broglie, qui lui redonnent de l'éclat à la fin de XIXème, quand les somptueuses écuries sont ajoutées, et que le château est complètement restauré pour devenir une confortable résidence en brique et pierre. Cette époque fastueuse dure quarante ans, avant que la famille ne périclite et que le château ne soit revendu à l'Etat en 1938. Il est repris en 2007 par la Région qui le transforme en ce lieu qui allie jardins renouvelés chaque année et musée de plein air et d'intérieur. Après cette évocation historique, et pour l'illustrer, je baguenaude au fil des appartements historiques et des larges escaliers du château, sans oublier les cuisines du sous-sol, où l'on retrouve l'histoire des occupants, et de leurs invités, comme Germaine de Staël ou Benjamin Franklin.
Dans l'après-midi, après un déjeuner sur place, dans le cadre boisé de l'Asinerie, je retente ma chance dans le parc du château. Le rideau de brume ne s'est pas déchiré comme promis, mais l'ambiance fantomatique a son petit charme, la silhouette du château évanescent au bout de l'allée, le pont-levis ouvrant sur les grands arbres baignés de brouillard, tandis qu'en poussant jusqu'aux bords de Loire, on écarquille les yeux pour tenter de capter quelques ouvertures sur le fleuve, noyé aux confins de l'air et de l'eau.
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