Art et Histoire à Chaumont sur Loire



Mon dernier passage au château de Chaumont date déjà d'il y a une dizaine d'années, et cette fois ma motivation vient de la tenue d'un festival de photo qui y prend place chaque hiver. Si les expositions dans le cadre de ce festival sont assez limitées, tandis que le Festival des Jardins ne commencera que dans trois mois, il y a pourtant de quoi faire, au-delà de la traditionnelle visite du château et de son parc. En effet, le château, propriété de la région Centre Val de Loire, a évolué en centre d'Art Contemporain qui s'étend dans le parc en extérieur, le château en intérieur et les écuries dans un mix in-out. Je commence par mon but initial, les œuvres de cinq photographes exposées durant l'hiver chaumontais : je commence par Jens Liebchen dans l'annexe de l'Asinerie, qui me rappelle mon séjour à Tokyo il y a cinq ans, via ces arbres plantés en plein centre de la ville, enfouis dans un paysage de neige où l'urbain affleure encore, de beaux clichés, quoiqu'un peu répétitifs. Dans le château même, Letizia Le Fur occupe la galerie du Porc Epic avec des paysages de Tahiti étrangement décolorés et désincarnés. Non loin, Nicolas Bruant nous dévoile dans un noir et blanc puissant la force des arbres qu'il rencontre. Enfin l'expo la plus emblématique de l'année est celle du canadien Edward Burtynsky, dans les galeries hautes, qui raconte à travers d'immenses photographies colorées une Afrique qu'il survole, à la fois superbe et mise en danger par la main de l'homme.

Mon objectif photos rapidement rempli, il me reste du temps pour parcourir le domaine et ses installations modernes qui constellent jardin et lieux clos. Le nombre d'œuvres qu'on y croise est impressionnant, depuis les sculptures du jardin jusqu'aux vitraux des combles, en passant par les vidéos ou d'autres gestes originaux, notamment du côté des écuries : pas moins de 39 artistes y exposent en permanence, dans tous les styles et dans tous les lieux. Je commence par le parc, noyé dans la brume ce matin-là, avec les masses granitiques et elliptiques de Denis Monfleur, ou les silhouettes noires et hiératiques de Christian Lapie.

Dans le château, je retiens la galerie digitale de Quayola, un spectacle à la mode impressionniste, des images mouvantes et colorées que ne désavouerait pas Claude Monet. Sous le toit, ce sont douze vitraux modernes de Sarkis qui occupent l'espace des anciennes chambres de bonnes et de leur hétéroclite capharnaüm, conversant avec des objets d'hier à moitié abandonnés, auxquels ils redonnent vie grâce à la lumière du dehors qu'ils filtrent. L'étrange bibliothèque cristallisée de Pascal Convert s'aligne devant quelques fenêtres, des livres translucides qui ont perdu leur contenu pour devenir des objets de souvenir.

Enfin, devant le château, les Ecuries alignent d'autres installations saisissantes, telles les céramiques miniatures de Scalabre formant une masse mythologique, ou  les géodes collectées par Guiran dans l'Atlas marocain qui composent un doux brouillard de pierre dans le manège.

Et comme le château réunit art et histoire, je m'inscris à la visite guidée de rigueur, avec le privilège d'y être seul et d'avoir droit à une conférencière juste pour moi. J'y révise toute la chronologie du château, depuis sa création au Xème siècle par Eudes le comte de Blois, la reconstruction du château par la famille d'Amboise, l'achat de celui-ci par la reine Catherine de Médicis, l'échange avec sa rivale Diane de Poitiers, puis les différents propriétaires qui s'y succédèrent au cours des siècles jusqu'à la riche famille Say, et Amédée de Broglie, qui lui redonnent de l'éclat à la fin de XIXème, quand les somptueuses écuries sont ajoutées, et que le château est complètement restauré pour devenir une confortable résidence en brique et pierre. Cette époque fastueuse dure quarante ans, avant que la famille ne périclite et que le château ne soit revendu à l'Etat en 1938. Il est repris en 2007 par la Région qui le transforme en ce lieu qui allie jardins renouvelés chaque année et musée de plein air et d'intérieur. Après cette évocation historique, et pour l'illustrer, je baguenaude au fil des appartements historiques et des larges escaliers du château, sans oublier les cuisines du sous-sol, où l'on retrouve l'histoire des occupants, et de leurs invités, comme Germaine de Staël ou Benjamin Franklin.

Dans l'après-midi, après un déjeuner sur place, dans le cadre boisé de l'Asinerie, je retente ma chance dans le parc du château. Le rideau de brume ne s'est pas déchiré comme promis, mais l'ambiance fantomatique a son petit charme, la silhouette du château évanescent au bout de l'allée, le pont-levis ouvrant sur les grands arbres baignés de brouillard, tandis qu'en poussant jusqu'aux bords de Loire, on écarquille les yeux pour tenter de capter quelques ouvertures sur le fleuve, noyé aux confins de l'air et de l'eau.


Auparavant, j'ai passé la nuit dans un gîte de la Chaumonière non loin de là, sur la route qui monte vers l'entrée du château. Rien de bien folichon, deux pièces dans une maison récente le long de la route, avec un bout de jardin pour les beaux jours. Aucun restaurant d'ouvert le soir, ce qui m'oblige à quelques emplettes au supermarché du coin pour un dîner frugal dans mon home d'un soir.

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