Avant-Noël arrageois
Sortie nordiste en cette quasi veille de Noël, pour aller revoir Arras, déjà appréciée par le passé, et faire connaissance avec son Marché de Noël, réputé dans la région. Señor Météo a prévu du beau temps, mais il s'est comme souvent enflammé, et pas un rayon de soleil ne dardera durant ces deux journées de mon escapade arrageoise. Qu'à cela ne tienne, pas besoin de soleil pour les illuminations de saison, la Grand Place scintillant de mille feux n'en resplendira que plus tôt dans l'après-midi. Bon, les marchés de Noël déclinés un peu partout dans toute la France, en pâles copies des marchés alsaciens de mon enfance, ne sont guère ma tasse de thé. Mais celui-ci a pour lui le cadre de sa vaste place aux alignements de maisons en baroque flamand, style que j'apprécie malgré leur manque de sobriété. Sur les deux places, la Grande et celle des Héros, les baraques en bois se juxtaposent, mais au moins ne trouve-t-on pas de chinoiseries, mais surtout des produits et de l'artisanat locaux. Les illuminations sont parfois un peu violentes, tandis que les façades flamandes restent à peu près sobres. Et la grande roue, la tour vivement éclairée ou l'étoile de Noël lumineuse restent des passages obligés acceptables. Et puis le beffroi dominant l'aile Renaissance de l'hôtel de ville offre une noble perspective au bout de l'esplanade. Mais je dois concéder que je ne passe guère de temps à flâner au détour des allées bondées du marché, me contentant d'un tour de place le long des façades, évitant la foule qui vient festoyer et s'amuser en son centre.
Au lieu de déambuler sans but, je m'en tiens à mes habitudes de voyageur zythomane en cherchant le bar à bières du coin. Le Nord est une région favorable pour cette activité zythophile, et je déniche facilement, entre les deux places centrales, la "Capsule". Une trentaine de bières à la pression, locales et nationales, bien choisies, m'y attendent, bonne pioche. Il est assez tôt, il n'y a pas encore trop de monde, et je m'attarde suffisamment longtemps pour discuter avec le sympathique barman, fin connaisseur de ses mousses, et goûter une belle palanquée de ses produits. Une volée de quatre échantillons, suivie d'un demi d'une stout tapant ses 10°, de l'excellente brasserie de La Débauche, et mon pas devient un peu hésitant au moment de ressortir après une bonne heure de plaisir et de dégustations. Le lendemain, je ferai encore un détour par la brasserie voisine de Arras In, à 350 mètres de là dixit le tableau des pressions, pour me ramener quelques fioles supplémentaires et compléter ma dégustation chez moi.
Histoire de caler un peu de substance solide sur mes trois quarts de litre de bière ingurgitée, je me mets en quête d'un resto proposant une pitance locale : La Base propose l'andouillette locale, dite d'Arras, à base de fraise de veau, garnie ici avec une riche sauce. C'est excellent, pas vraiment léger pourtant. J'apprécie suffisamment pour trouver le lendemain avant mon départ la Maison Becquart, le nec plus ultra de l'andouillette du cru, dont je ramène une belle bête sous vide que je dégusterai avec délectation après mon retour at home.
Le midi, c'est un autre resto local, le Passe Pierre sur la place des Héros qui me permet de tester une autre spécialité, des croquettes de lingue, du classique, bon sans plus. Tandis que le lendemain, je change de crémerie chez un Italien coté pour de fort réussies pennes à la calabraise chez Venezia. Le soir venu, je loge à la Cour des Grands, une chambre d'hôtes sur la place des Héros toujours, dans une de ces maisons flamandes, sise juste au-dessus du bar Saint-Christophe que l'on traverse pour rejoindre après moult tours et détours les chambres dispersées dans la vénérable demeure, exiguës mais confortables.
Pour avoir une vue en panorama de la ville, monter au sommet du beffroi, à 75 mètres de hauteur, est une figure imposée. Après l'emprunt d'un ascenseur complété par 43 dernières marches en colimaçon, l'on rejoint la première couronne, d'où l'on domine l'ensemble de l'agglomération, retrouvant juste à ses pied le tapis rouge des Héros sur lequel se dressent fièrement le grand sapin de Noël et le carrousel doré, tandis que plus à gauche se profile la grande roue blanche de l'autre place du duo. En redescendant, dans l'Hôtel de Ville nous guettent cinq de ces géants familiers des Flandres, mené par le couple arrageois de Colas et Jacqueline, avec leur fils Dédé, qui vous toisent du haut de leurs quatre mètres et demi.
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