Arras, de Vauban aux Néo-Zélandais

Sorti de son épicentre surchargé d'effluves de Noël, on trouve une ville d'Arras bien plus calme qui rappelle aux curieux de passage son riche passé. La cité plonge ses racines dans le monde gallo-romain, sous le nom de Nemetacum, même s'il en reste peu de traces. Au Moyen-Age, c'est un riche marché de grains et centre de tissage. Puis Vauban vient y édifier à la fin des années 1600 une citadelle octogonale à cinq bastions, histoire de se protéger des troupes espagnoles. Un peu à l'écart, et peu fréquentée, sinon par les employés municipaux qui y peuplent des bureaux installés à l'intérieur de l'enceinte, c'est un poumon vert qui ouvre sur le vaste bois de la Citadelle, à deux pas du centre. Au pied des murailles, un émouvant Mur aux Fusillés rappelle un épisode de la Seconde Guerre Mondiale au cours duquel plus de deux cents résistants furent fusillés. Sur les murs s'alignent les noms des victimes, parfois avec des consonnances polonaises, d'anciens mineurs, et avec leur appartenance, pour la majorité des communistes.

En me rendant à la Carrière Wellington, c'est à un autre épisode méconnu, de la Grande Guerre cette fois, que l'on est confronté. Le front de la guerre passait juste à l'est d'Arras, et c'étaient des Britanniques qui tenaient celui-ci. En 1917, il est décidé d'y lancer une diversion destinée à favoriser une attaque de l'armée française du côté du Chemin des Dames. Pour ce faire, les Britanniques utilisent et étendent les anciennes carrières de calcaire, les boves, pour se rapprocher des lignes ennemies et surgir à l'improviste devant les Allemands. Ce sont des mineurs néo-zélandais, venus de leurs lointains antipodes, qui sont chargés des opérations de creusage. La visite guidée des galeries est impressionnante, les percements tous azimuts, les rails des wagonnets utilisés pour évacuer les gravats, illustrés par des témoignages sonores et visuels du travail de ces forçats de la terre d'un genre inédit, ou les objets de l'époque retrouvés lors des fouilles récentes. On est estomaqué par l'audace de l'opération, le courage des soldats, autant que désolés par l'inutilité de l'opération, surtout quand on pense au désastre que fut le Chemin des Dames. En résumé, un lieu magnifique et la découverte d'un pan inédit de cette guerre meurtrière, que j'ai l'occasion de découvrir tout seul avec la guide, en me disant cependant que le parcourir avec des Britanniques dont les aïeuls furent de la partie, une grande partie des visiteurs, doit ajouter encore une dimension humaine à cette visite.

 

La troisième excursion aux confins de la ville m'amène à la Cité Nature, une ancienne usine réhabilitée et transformée en centre culturel consacré à l'écologie et à l'agriculture. Je n'ai pas l'heur d'y entrer, me contentant de passer devant jardins potagers et bassins qui entourent le site, jusqu'aux jardins du Val de Scarpe, un agréable ensemble vert avec chemin de halage longeant la rivière Scarpe, destination des joggers ou des poussettes du coin.

Ne reste plus qu'un tour complet de la ville pour avoir une vue exhaustive d'Arras. Depuis l'Hôtel de Ville, je me rends à l'Abbaye Saint-Vaast, le monument emblématique, mais celle-ci, englobant Cathédrale et Musée des Beaux-Arts, engoncé dans une enveloppe de plastique, est en travaux pour plusieurs années, afin de refaire le musée et d'y ajouter un hôtel de luxe, et donc inaccessible. Je peux à peine en imaginer la silhouette tandis que je longe ses murs côté jardin, puis par la place de la Vacquerie. Je rejoins ensuite la place du Théâtre, avec son édifice baroque, puis la Maison Robespierre, natif de la ville, guère mise en valeur. Je continue par la Basse Ville, et la rue Saint-Aubert, intéressante par l'alignement d'étroites maisons, qui ont substitué des décorations style Art Déco au gothique des maisons plus anciennes et plus nobles des places centrales. Y prolifèrent haut-relief, sculptures, médaillons, mosaïques qui font travailler les cervicales quand on se tord le cou pour grappiller les vues des décorations haut perchées.



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