Amiens au fil de l'eau

Une petite excursion au nord de Paris, à Amiens, que je n'avais fait qu'effleurer lors de deux visites précédentes il y a une dizaine d'années. Cette fois, je vais y passer une nuit et m'y rends en une bonne heure de TER depuis la Gare du Nord. J'ai loué un appartement sous les toits dans le centre, moderne, fonctionnel et agréable, même si l'équipement laisse un peu à désirer, et comme souvent, je ne rencontrerai âme qui vive, tout se passant par code et textos.

Je commence ma visite en suivant le parcours intitulé "IC.ON.IC, festival d'arts visuels". La municipalité a fait peindre murs et façades pour les égayer, rien que du très classique de nos jours, mais ce parcours est bien indiqué, plan à l'appui, et permet de sillonner le quartier emblématique de la ville, celui de Saint-Leu, enserré entre plusieurs bras de la Somme. De plus, un beau soleil m'accompagne, mettant en valeur les œuvres colorées d'artistes divers, auxquelles répondent les façades elles aussi chatoyantes des petites maisons le long des rives. Parmi la cinquantaine de créations ressortent la grande fresque mésopotamienne de Gilgamesh et ses pyramides, le Batofar, un sous-marin en relief sur une petite maison en briques rouges, la Chaloupe, une barque colorée remplie de personnages tout verticaux, et de multiples géométries qui ponctuent les murs aveugles de bâtiments plus récents.


Je finis mon parcours sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame, la plus vaste de France en termes de volume intérieur (elle pourrait contenir deux fois ND de Paris !). Le vaste parvis permet de prendre le recul nécessaire pour l'admirer de face, avant de s'en rapprocher pour détailler la façade occidentale et ses trois portails, surmontés des deux tours et de la rosace. S'en détachent le tympan du Jugement Dernier, ou encore la barbe fleurie du prophète Nahum, tandis qu'au-dessus, des gargouilles guettent le passant imprudent. A l'intérieur, la nef est majestueuse, alors qu'au sol, un labyrinthe octogonal noir amène à une croix orientée, datée de 1288, fin de l'édification de la cathédrale.


Le lendemain, le brouillard sévit sur la capitale picarde et a du mal à se lever, j'en profite pour m'octroyer une matinée "musées". Je commence par le Musée de Picardie, le premier bâtiment en France conçu d'emblée pour servir de musée. L'entrée est assez remarquable, des marches colorées donnent accès au grand salon, avec les tableaux les plus hauts et larges, éclairés par une verrière, puis on continue jusqu'au monumental double escalier de marbre, sous une autre verrière, pour arriver à l'étage. Comme souvent dans ce type de lieu, je suis estomaqué de la variété et quantité des œuvres exposées, de l'Egypte ancienne aux contemporains, en passant par le Moyen-Age et la Renaissance, tout y est, avec le risque d'indigestion qui accompagne un menu aussi gargantuesque. Toujours attiré par les sculptures, autour desquelles on circule et que l'on peut apprécier sous divers angles, j'en retiens cette belle salle où le marbre blanc domine. Je remarque aussi une exposition consacrée à la Somme des Préhistoires, avec squelette de mammouth et sculptures pop modernes sur le thème de la parade des Vénus.



Tandis que le soleil darde quelques rayons au travers des nuages, je rejoins la Maison de Jules Verne. Si le célèbre écrivain est né à Nantes, il vécut une vingtaine d'années à Amiens où il écrivit une trentaine de ses romans, et fut élu conseiller municipal. Sa demeure est devenue une Maison d'Illustre, bien reconnaissable avec sa tour donnant sur la cour. On commence par le beau jardin d'hiver au sol losangé, avant de parcourir les pièces de la maison. On est ainsi, étonné par le tout petit bureau et son spartiate lit en métal, où il travaillait. Fasciné par la mappemonde sur le sol de la grande pièce à l'étage, qui retrace les voyages des héros de Jules Verne. Ebloui par la reproduction d'une cabine de bateau, toute en bois rougeoyant. Un bel endroit pour mieux connaître ce vieux Jules, dont la lecture de quelques uns des romans me ramène plus de cinquante en arrière.

Le soleil est réapparu, c'est le moment pour ma dernière excursion du séjour, du côté des Hortillonnages. Ce sont d'anciens marais, cultivés depuis des siècles par des maraîchers justement appelés "hortillons", au nombre d'un millier il y a cent cinquante ans, et qui ne sont plus qu'une dizaine aujourd'hui. L'essentiel a été transformé en jardins d'agrément et en résidences secondaires. Mais au moins le lieu est-il préservé, avec aussi la création il y a quelques années par d'anciens hortillons d'un musée qui lui est consacré. C'est là que je me rends cet après-midi, sous la férule d'une famille qui s'y active, la fille assurant la visite guidée dans un bric-à-brac qui rassemble objets et témoignages d'une époque révolue. Y est aussi proposée une promenade en barque au fil de l'eau, au milieu des iles alluvionnaires et sur les rieux, nom des canaux du site. La balade n'est pas sans rappeler celle sur les mokoros du Botswana, avec une faune un peu différente cependant, ou bien le Marais Poitevin. Filer sur l'eau sans bruit (il y a quand même un moteur, électrique) est toujours grisant, dans un calme relatif pourtant car la ville est toute proche. Cela reste un lieu unique, verdure et nature, à deux pas des trépidations urbaines.

Pour finir, la traditionnelle rubrique gastronomique, deux déjeuners amiénois, le dîner étant tranquillement consommé dans mon appart d'un soir. Un premier midi chez Yolanda pour un brunch très américain (bon bagel et smoothie), où il y a foule, avec une dizaine de personnes attendant sur le trottoir un peu de place pour entrer. Un second tout aussi branché dans la brasserie du Sept, près de la gare : beaucoup de monde aussi, j'y déjeune au comptoir d'un excellent wok d'aiguillettes de canard arrosé d'une locale Gustave ambrée. Autre bar, autre bière le soir, une IPA Pig nancéienne au Pinson, au pied du beffroi.


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