La nouvelle Mazagan
Dès mon arrivée sur Casablanca samedi après-midi, j’ai prévu de prendre le train pour rejoindre El Jadida et y passer mon dimanche, avant de commencer ma semaine de labeur. Malheureusement, mon vol Royal Air Maroc a deux heures de retard, ce qui me fait rater mon train, et c’est tard dans la soirée que je finis par rejoindre El Jadida, sur les coups de 22h30, par le dernier train. Je trouve un taxi, le chauffeur me hèle en me voyant hésiter à la sortie de la gare, et je me retrouve à partager le véhicule avec une jeune Marocaine, qui visiblement rentre de la grande ville ce samedi pour retrouver sa famille. Je remarque avec curiosité que vêtue de manière occidentale, cheveux lâchés, elle se couvre la tête d’un voile noir au moment de sortir du taxi, devant un grand ensemble à distance du centre ville. Je continue jusqu’aux portes de la médina où mon chauffeur me laisse. Je parcours quelques centaines de mètres dans la médina, toujours active, commerces bourdonnants, malgré l’heure tardive, et aussi bien sale, comme souvent au Maroc hélas. Mon riad est un havre de paix, bien caché au fond d’une impasse. Il représente bien ces demeures anciennes, reconverties en hôtels de tourisme, avec un patio arboré au fond duquel les tables accueillent les clients, des chambres joliment décorées à la marocaine, couleurs et coussins, et un toit-terrasse offrant une vue d’en haut sur la vieille ville.
Si ma soirée a été gâchée, il me reste toute la journée du
dimanche pour explorer la ville, où nous nous étions arrêtés lors de nos
vacances marocaines en famille en 1970. El Jadida signifie « la
nouvelle » en arabe, mais elle a des origines lointaines, puisque ce
sont les Portugais qui fondèrent la ville, sous le nom de Mazagan, au XVIème
siècle. Il reste de cette époque la cité fortifiée portugaise ceinte de hautes
murailles, remarquablement conservée et restaurée, qui lui a valu d’être
classée par l’UNESCO. La promenade sur
les épais remparts, via des bastions ouvrant sur un océan blanc d’écume malgré
l'absence de vent, est très agréable, surtout sous un soleil printanier. A
l’intérieur de la cité, je suis déçu d’apprendre que son lieu emblématique,
la citerne portugaise, est fermée pour cause d’infiltrations d’eau ; je me
promène entre église catholique, transformée en salle de théâtre, place
centrale (El Khatabi) dominée par le minaret des lieux, et ruelles où les habitants
vaquent à leurs activités dominicales. Je m’octroie une pause méridienne sur le
toit-terrasse du restaurant Look, pour un lait de dattes à la fleur d’oranger,
et une autre à la haute terrasse du riad Eucalyptus, pour une vue large sur la mer, le
port, les remparts.
Mais à part cette cité, il n’y a pas grand-chose de notable
à El Jadida. Je pousse au nord jusqu’au Château Rouge, alias Château Buisson (le nom de son géniteur) une sorte de grande
bâtisse dans des tons brique, qui semble un peu à l’abandon, et dont l’origine
et la fonction m’intriguent : elle fut construite vers 1920 par un Français, reprise (et repeinte) dans les années soixante, et se trouve hélas à l'abandon depuis une quinzaine d'années. La route longeant l’océan est assez
vilaine, heureusement égayée par les étendages de linge qui sèchent au soleil
sur le trottoir en face des rochers maritimes.
Je continue mon tour de ville en longeant la plage au sud,
où les familles sont de sortie en ce dimanche après-midi radieux, l’activité
principale consistant pour les gamins à piloter des engins électriques loués,
certains prudemment, d’autres moins, se préparant ainsi au gymkhana que devient
parfois la conduite marocaine en ville ! Sur la plage, ce sont de plus calmes balades à dos de poney, cheval, ou même chameau, qui sont proposées. Je finis ma boucle en passant par
le parc Spirin, à distance du bord de mer, et donc bien calme, lieu idéal pour
m’octroyer une petite pause avant de reprendre le train qui me ramènera sans
encombre à Casablanca.
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