Festival de bulles à Angoulême
Cela faisait longtemps que je m'étais promis d'un jour aller rendre visite au Festival International de BD d'Angoulême, un des plus grands du monde. Les deux dernières éditions ayant été rabotées pour cause de COVID, celle-ci est la première à nouveau complètement ouverte depuis trois ans, et il s'agit de plus de la 50ème édition, un anniversaire clé. Cela explique sans doute que je ne peux trouver de chambre de libre, même en m'y étant pris trois mois à l'avance. Qu'à cela ne tienne, je commence mon voyage par un tour à La Rochelle, d'où je prends le matin le premier TER à destination d'Angoulême, via Saintes, et je pourrai passer la journée entière sur place avant de m'en retourner sur Paris par le TGV du soir.
Depuis la gare, il suffit d'emprunter la passerelle pour se retrouver à l'Alligator 57, un entrepôt converti pour l'occasion en temple du manga. Ce n'est pas la section que je connais le mieux, mais cette variante japonaise de la BD est très populaire dans les jeunes générations, un ami libraire me racontant ainsi que c'est devenu le premier poste de ses ventes, grâce au récent Pass Culture institué par les pouvoirs publics. En effet, la foule qui s'y presse déjà en ce premier jour est très jeune, et je calcule que je dois avoir au moins 4 fois la moyenne d'âge des visiteurs ! Alors je me promène au milieu des nombreux stands qui célèbrent la culture manga sous toutes ses formes, au-delà du Japon avec par exemple des variantes taiwanaises ou hong-kongaises. Non loin de là, la Médiathèque de la ville abrite une exposition autour d'un de ces mangas, l'un des plus populaires du moment, et pour lequel une réservation préalable était obligatoire. Je m'y suis donc inscrit sans trop savoir ce qui m'attendait. Après une certaine attente pour filtrer les entrées, me voici dans le saint des saints. La série du dénommé Hajime Isayama se nomme l'Attaque des Titans, des sortes de monstres qui sévissent dans un paysage désolé ceint de murs pour se protéger d'envahisseurs sanguinaires. Je pensais voir une exposition interactive, il s'agit essentiellement de petites planches dessinées, en noir et blanc, autour desquelles se pressent les nombreux fans. De plus, la violence du thème et mon ignorance totale du sujet ont vite fait de me convaincre que ce n'est pas pour moi, et je parcours au pas de charge les salles, presque plus intéressé par le look et la passion des visiteurs que par les dessins eux-mêmes.
Après cette incursion dans la culture manga, je retourne au plus classique en remontant dans la ville ancienne, sur la colline où est bâtie Angoulême. La star du festival se nomme Philippe Druillet, le pape de la BD SF (comprendre Bande Dessinée de Science-Fiction), l'initiateur du thème dans les années 70, créateur de Métal Hurlant (revue) et des Humanoïdes Associés (maison d'édition). Un dessinateur immense, aux planches colorées, à la mise en page audacieuse, au trait d'une précision inouïe. Et en même temps trop parfait, trop technique, abscons même, pour déclencher - chez moi du moins - une émotion. D'autant que le scénario s'efface derrière les images, et qu'il ne reste après lecture qu'un défilé brillant d'un méli-mélo de morceaux de bravoure. Cependant, déambuler parmi ces dessins fabuleux reste une expérience, bien plus que de parcourir ses albums. Cette riche exposition, dans le Musée de la ville, est complétée par un spectacle dans la chapelle voisine Guez de Balzac. Là, c'est un spectacle son et lumière où défilent sur les murs de la grande chapelle les dessins de Druillet, accompagnés d'une musique envoûtante un rien pompeuse, dans un déluge audio-visuel plutôt fascinant.
En fin de journée, le troisième volet de ma visite est sur les rives de la Charente, en face de la Cité de la BD, dans le Vaisseau Moebius, où plusieurs expositions se révèlent plus à ma portée et dans mes goûts. C'est d'abord une très instructive expo sur le travail des coloristes, ces artisans méconnus (méconnues même car il s'agit très souvent de femmes) qui mettent en couleurs les planches des auteurs, en noir et blanc. Utilisation de la palette, collaboration avec les dessinateurs, aspects techniques comme artistiques, illustrés par des planches là aussi, tout y passe pour une découverte complète de ce métier. A l'étage, c'est une autre expo avec une BD sur la vie de la résistante Madeleine Riffaud, mise en scène par Morvan et Bertail, qui ont illustré de jolie manière la vie mouvementée de l'héroïne, de 39-45 à nos jours.
Autres expositions en vrac, la très trash et réputée québécoise Julie Doucet, un autre manga-japonais Ryoichi Ikegami, le couple SF Lyse et Didier Tarquin, les affiches dessinées par une ribambelle de pros pour fêter les 50 ans, tous dans des lieux différents, tant la ville a trouvé à offrir des espaces variés pour les auteurs.
Et aussi, toujours en vrac, quelques autres flashes sur ma journée angoumoisine :
- un aperçu des jeunes talents étudiants dans les locaux de l'ENJMIN
- les vastes espaces où se pressent les éditeurs pour faire connaître et vendre leurs poulains, lesquels attendent le chaland, parfois discret, pour dédicacer leurs œuvres
- la devanture du chocolatier Duceau (excellente production) avec son univers Tintin tout en chocolat
- la passerelle éclairée vers la Cité BD, passant devant la belle statue du Corto Maltese de Hugo Pratt
- les fresques BD un peu partout dans la ville
En résumé, je dois conclure que je n'ai pas été enthousiasmé par ma journée : des auteurs pas toujours dans mes canons, trop de monde pour beaucoup d'expos, l'impression de s'éparpiller au milieu de trop nombreuses sollicitations. Il faudra que j'y revienne, soit à l'occasion d'un festival plus dans mon "style", et en le préparant au préalable, soit en-dehors d'un festival pour parcourir plus tranquillement la ville.
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