Nevers, peut mieux faire

Je continue ma tournée des villes moyennes situées à  2 heures ou moins de Paris en train. Après Le Mans, Verdun, Charleville-Mézières ou Caen, c'est le tour de Nevers, pas la plus réputée sans doute. Déjà il n'y a pas de TGV pour s'y rendre, c'est le TER de Clermont qui s'y arrête. Je n'y ai jamais mis les pieds, je sais juste que ce fut la ville de Pierre Bérégovoy il y a quelques décennies. Première donnée, elle est située sur la Loire, mais on devrait plutôt dire à côté de la Loire. Posée sur une butte, elle tourne complètement le dos au fleuve qui se situe en contre-bas. Pas d'aménagement des berges, qui de plus ont été bétonnées pour accueillir quelques vilains buildings, et un quartier HLM, oublions donc l'idée d'une ville fluviale comme il y en a tant. Nevers (habitants, les Neversois plutôt que les Nivernais) a une histoire qui plonge ses racines dans le Moyen-Age, quand elle fut fortifiée par des remparts dont certains subsistent encore, du côté de la Porte du Croux, spectaculaire tour-maîtresse qui garde l'entrée ouest de la ville. Des rues étroites et pavées sillonnent le centre historique, flanquées de quelques hôtels particuliers, entre rue de la Parcheminerie et rue Billaut. Le tout est malheureusement peu mis en valeur, les maisons anciennes sont bien grises, il n'y a pas de commerce, même y marcher n'est pas agréable quand, en l'absence de trottoir, les Fangio neversois vous frôlent à tombeau ouvert.

 

Le patrimoine religieux est partout, notamment l'imposante cathédrale gothique Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte, qui fut largement détruite en 1944 lors d'un bombardement allié. Elle perdit à cette occasion ses vitraux originels, remplacés par des vitraux contemporains aux couleurs vives, qui lui confèrent une gaieté bienvenue. Autre église notable, celle de Saint-Pierre qui a pour elle de surprenantes fresques italiennes en trompe-l'œil sous la voûte du chœur. Côté Renaissance, c'est le Palais Ducal qui est le plus emblématique des monuments de Nevers. Résidence des ducs de Nevers, il déploie une large façade entourée de tourelles polygonales, formant peut-être le château de la Loire le plus en amont de tous. S'il impressionne par son port altier, son traitement n'est pas des plus réussis, à commencer par cette grande place nue, en gravier, qui sert de parking et couvre tout l'espace devant le palais, même si des jardins égaient un peu l'ensemble en s'éloignant vers le fleuve sur la place de la République. L'intérieur déçoit aussi : on pénètre dans le château par l'office de tourisme voisin, qui propose au sous-sol quelques salles, modestes, sur le thème de l'eau et de l'histoire de la ville. Un large escalier dessert les trois étages, mais il n'y a pas grand chose de proposé, juste quelques panneaux décrivant tel ou tel aspect de l'histoire des lieux. On dirait que les rénovateurs ont hésité entre créer un bâtiment moderne, fonctionnel, accueillant des salles de travail ou de réunion, et rappeler le passé du palais en reconstituant ses volumes. Du coup, on est dans un entre-deux bâtard, ni fonctionnel, ni attractif, juste raté.

A côté, les rues commerçantes du centre ville restent vivantes, depuis l'active rue François-Mitterrand (longtemps député de la Nièvre) jusqu'à la rue du 14 juillet, qui voyait autrefois se succéder les nombreuses faïenceries de la ville, avant qu'elles ne périclitent. Il ne reste guère aujourd'hui qu'un musée au niveau des Remparts, d'ailleurs fermé en cette saison. Je traverse le poumon vert de la ville, le parc Roger Salengro, avec le traditionnel kiosque illuminé en son centre, et un sanglier sculpté accompagné de marcassins, on se croirait dans les Ardennes. Donnant sur ce parc se trouve ma chambre d'hôtes pour la nuit, "Côté Parc, côté Jardin" : je m'installe côté jardin, bien tranquille dans la maison du gardien, joliment convertie en studio au calme, vue sur le lycée voisin et le jardin donc.

Le soir venu, une de mes occupations favorites lors de mes excursions hexagonales, est de dénicher "LE" bar à bières du coin, de préférence brassant ses propres nectars. Je trouve un bar-brasserie dans la rue du 14-juillet, nommée Ôlieu 2 bistrot, un lieu cosy et chaleureux dans les tons rouges. Comme je suis seul dans le troquet - il est encore tôt, 18 heures - je discute avec le patron, de ses bières qu'il concocte d'abord (j'en teste deux au passage, excellentes), et de son commerce, qui ne semble pas au top, avec toujours la difficulté de retrouver une clientèle après l'épisode COVID. 19 heures, nous sommes en province, je me cherche un restaurant pour le dîner ; il est tôt, il y a déjà du monde en train de s'y restaurer, nous ne sommes pourtant pas en Allemagne. Le Comptoir Saint-Sébastien, un établissement distingué dans le Guide Michelin, fort correct bien que pas très original, où je m'offre une terrine de bœuf, puis des ravioles de saumon fumé, pour finir sur une palette de glace. Je suis aussi surpris par les tarifs pour ce resto plutôt haut de gamme : 23 € pour le complet entrée - plat - dessert (et amuse-bouche), un verre de vin inclus. A mettre en parallèle avec les prix, fort modestes aussi, des biens immobiliers mis en vente dans la ville et ses environs. Ou encore les tarifs de la crêperie du lendemain midi : entre 3 et 6 euros la galette selon le niveau de garniture, rien à voir avec Paris ou l'île de ! Je ne sais si c'est vraiment bon signe, ou la preuve par l'argent de la difficulté d'une ville au pouvoir d'achat modeste ... 


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