Charleville-Mézières, ville à double visage

Charleville-Mézières, deux villes en une dans cette association, sans que grand monde ne se demande, moi le premier, en quoi elles s'assemblent ou se dissemblent. Et pourtant il est difficile d'imaginer deux villes plus différentes, entre Charleville la bourgeoise, style Renaissance, aux larges avenues et belles maisons, et Mézières, la médiévale aux ruelles tortueuses, plus populaire aussi. Toutes les deux, séparées d'un kilomètre environ, sont pourtant bâties sur la même Meuse, qui forme une sorte de double S à cet endroit. Arrivant de Paris, via TGV, puis TER, je commence par la partie nord, construite autour d'une Place Ducale qui n'est pas sans rappeler la Place des Vosges, pas étonnant puisque ce furent deux frères, Louis et Clément Métezeau qui conçurent les deux places, chacun la sienne. Celle de Charleville, avec ses 27 pavillons, fonctionne autour du chiffre Quatre, 4 rues, 4 travées, 4 arcades, 4 fenêtres à chaque étage. Sa différence la plus visible avec sa sœur parisienne réside dans sa minéralité : pas de jardin, d'arbres, de verdure ici, juste des pavés et au milieu une fontaine, qui lui donne une solennité particulière. C'est Charles de Gonzague, alias de Mantoue, gouverneur de Champagne, qui l'imagina au tout début du XVIIème siècle. 

Des commerces et services s'alignent sous les arcades. J'ai repéré un bon resto italien à un coin, Amorini, pour un déjeuner goûteux, pâtes maison notamment, le premier jour. Le lendemain, c'est aux Grands Magasins locaux, dénommés Jeanteur, lesquels occupent quasi un quart des arcades de la place, que je fais quelques emplettes pour me protéger du vent vicieux de cette saison. Non loin d'un autre coin de la place se trouve le Musée de l'Ardenne et de la Marionnette, que je n'aurai pas l'heur de visiter, dans un audacieux bâtiment mélangeant brique rouge et armature métallique, assez réussi. Il faut dire que la ville a fait de l'Art de la marionnette sa spécialité, avec une école qui s'y consacre, et un festival réputé qui s'y tient tous les deux ans. Juste à côté de la maison, une animation appelée le Grand Marionnettiste, une horloge animée, y raconte la légende locale des Quatre Aymon, en douze épisodes de quelques minutes à chaque heure ronde.

 

Les rues piétonnes qui accèdent à la Place Ducale, pavées et piétonnisées, sont animées, bordées de commerces plutôt haut de gamme, de bars ou auberges souvent branchées, qui montrent si besoin était que c'est la partie riche de la ville, bien plus attrayante qu'on ne l'aurait imaginé de prime abord. Ma résidence pour la seule nuit que je passerai ici, est sise à l'angle de la rue du Théâtre, un bel et vaste appartement à poutres apparentes, confortable et cosy, un gentil nid dénommé "La Cantina", à deux pas de la grand-place, idéal pour ressortir le soir, prendre mes habituelles photos de nuit par exemple.

Le lendemain, je pars en expédition vers le sud et vers Mézières. C'est là que se trouve l'Hôtel de Ville de cette double commune, abrégée CMZ. Massive construction dans un mélange de styles, Renaissance, baroque, médiéval, on peut admirer, ou pas, cet ensemble monumental. Non loin de là, la Basilique Notre-Dame d'Espérance se dresse sur une petite éminence du quartier ancien de la ville. Les guerres successives qui ont ravagé la ville n'ont rien laissé des vitraux des siècles passés. Cela a permis après la Seconde Guerre une remise en place de 62 vitraux splendides (et 6 oculi), conçus par le peintre René Dürrbach, et dont les couleurs resplendissent sous un soleil revenu ce vendredi matin. Autour de ces deux lieux centraux, on trouve aussi la Préfecture et le Palais de Justice, des Fortifications datant du XVIème, et quelques vilaines barres de HLM, dont l'une est étrangement construite sur la Porte de Bourgogne vieille de 1000 ans.



 

En face des fortifications, une usine, La Macérienne, qui fabriqua des tricycles, des obus, des automobiles, au cours du siècle passé, est en train de tenter de se reconvertir, entre salle de spectacle, lieux de convivialité, ateliers, comme tant d'usines désertées au fil des ans. Non loin de là, sur l'autre rive de la Meuse, il faut s'arrêter pour flâner dans quelques rues où l'Art Déco s'est développé dans les années 20. Du côté de l'avenue d'Arches ou de la promenade de Dülmen, quelques beaux immeubles offrent des statues, haut-relief, portes sculptées, fenêtres ornementées, qui valent les zigzags que l'on doit faire pour passer devant chacune, levant les yeux ou dénichant le détail caché sur une façade. 






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