Ballade rimbaldienne

Première excursion de ce mois de janvier, ce sera sur les traces d'Arthur Rimbaud en Ardennes, dans sa ville natale de Charleville-Mézières, à laquelle il est resté attaché tout en la détestant dans une schizophrénie littéraire. Arthur Rimbaud, cela me rappelle mes premières leçons de poésie, et notamment ce Dormeur du Val que j'étudiai en primaire me semble-t-il : "Il a deux trous rouges au côté droit", en guise d'épilogue et d'épitaphe, voilà qui marque quand on a dix ans. C'est donc ce fil conducteur qui m'amène dans la préfecture ardennaise, où le poète vécut jusqu'à ses vingt ans, puis revint plus ou moins régulièrement puisque sa mère, sœur et frère y résidaient encore. Les murs de la ville rappellent ici et là cette présence. Evidemment, il faut passer par le Musée Arthur Rimbaud, un moulin posé sur la Meuse, un cadre original pour célébrer le poète et son œuvre dans une muséographie qui s'étale sur quatre niveaux, balayant son enfance ("Rêveries"), son éveil au monde ("Révolutions") et sa vie adulte ("Voyages" et "Vers l'Afrique"), lorsqu'à 20 ans, il décide de rompre les amarres d'avec la France et la poésie, pour une vie aventureuse entre Yémen et Ethiopie, jusqu'à sa mort à 37 ans. Quelques pièces somme toute modestes, pauvreté explicable par la brièveté de sa vie littéraire, mais qui restent saisissantes dans le beau site de ce moulin sur l'eau. 

 

Juste en face, une grande maison sur les quais de la Meuse abrita la famille Rimbaud pendant 6 ans. Elle est devenue la "Maison des Ailleurs", restée à l'état brut, sans aucun meuble, juste quelques rappels via cartes et photos d'époque, ainsi que des expositions temporaires de vidéastes ou photographes récents. On visite un peu circonspect cette installation assez déroutante, mais pouvait-on faire mieux avec si peu de matière ?

 
Une autre étape de ce pèlerinage rimbaldien passe bien sûr par le cimetière de la ville, où fut inhumé Rimbaud en 1891, à côté de sa sœur Vitalie, sous une sobre pierre tombale de marbre blanc. Non loin de là, une boîte aux lettres jaune avec apposée la photo la plus emblématique d'Arthur, rappelle le lien épistolaire entretenu par Rimbaud durant ses années africaines avec sa famille, correspondance rassemblée dans un livre (que je viens de lire) qui renvoie une image si différente du poète idéaliste des années de jeunesse.

Un parcours de street art permet de retrouver sur les murs ses poèmes les plus connus, et d'autres, dans différents endroits de la ville. Près de la médiathèque, s'affiche ainsi son poème "Voyelles" (A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles / Je dirai quelque jour vos naissances latentes / A, noir corset velu des mouches éclatantes / Qui bombinent autour des puanteurs cruelles), accompagné d'une caricature réalisée à l'époque. Près du cimetière, c'est le "Dormeur de Val" qui scande le pignon d'une maison, tandis que, non loin de là, un "Bateau Ivre" vogue sur un autre mur, pour ne citer que ses œuvres les plus connues.

  






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