Girondes statues girondines

Une nouvelle formation en cette fin juin m'amène cette fois du côté de Bordeaux. Une après-midi pour revisiter la ville, comme souvent. Le soleil est présent, la foule des grands jours se presse dans les cafés, sur les terrasses, le long de la Garonne. Je me concocte mon itinéraire, zigzaguant dans les rues étroites de la vieille ville, longeant le fleuve et les façades blanches de ses demeures d'antan. Sans le vouloir, je rencontre toute une panoplie de statues plus ou moins antiques sur mon chemin, souvent des dames girondines et plutôt girondes, mais aussi plus inattendu, un chat jouant à cache-cache avec une souris. Le premier stop sera pour le Monument aux Girondins, sur la fameuse place des Quinconces ; une colonne y est élevée à la mémoire des députés girondins victime de la Terreur pendant la Révolution, accompagnée d'une grosse fontaine aux multiples sculptures. Deux bassins, encombrés de quadriges de chevaux en bronze verdissants, et des allégories en veux-tu en voilà :  Ignorance, Mensonge et Vice côté obscur ; Histoire et Eloquence côté lumière ; sans oublier les fleuves Dordogne et Garonne, la coupe est pleine. Mais l'eau bondissante habille ces figures qui semblent alors un peu plus légères. 

De là, on rejoint les quais et la promenade le long de la Garonne. Le miroir d'eau attire enfants et passants en quête de fraîcheur, tandis que d'autres figures s'alignent côté fleuve. C'est le personnage emblématique de Geluck, le Chat, qui se démultiplie en multipliant les facéties avec sa bonhomie féline, et la compagnie de son inséparable souris. Juste en face, place de la Bourse, la Fontaine aux Trois Grâces propose ses sculpturales demoiselles, toutes de noir dévêtues, dont le curé venu bénir la fontaine en 1869 aurait dit "J'aurais préféré bénir des statues de Saints que des seins de statues".

Franchissant le fleuve pour rejoindre le quartier de la Bastide, l'ambiance change, plus champêtre, longeant le Parc aux Angéliques en lorgnant le Bordeaux bourgeois juste en face. Pour un apéro du soir, je fais une halte aux Chantiers de la Garonne, qui sont un restaurant-brasserie comme le nom ne l'indique pas : ambiance jeune et détendue les pieds dans l'eau ou presque, bonne bière brassée sur place. Non loin de là, une friche industrielle a engendré le Hangar Darwin, devenu un autre lieu branché de la jeunesse locale. Les rues alentour combinent des immeubles d'habitation récents et de gentilles et modestes maisons aux façades parfois colorées et fleuries, qui s'insèrent encore dans un paysage urbain en pleine mutation.

Le soir venu, il est temps de regagner mon hôtel au sud de la ville, le Domaine de Larchey, en plein vignoble de Pessac-Léognan, pas loin de Martillac où j'enseigne le lendemain. Le ciel est bien dégagé, je termine ma journée par une bonne balade digestive de plus d'une heure au milieu des vignes. Je ne peux m'empêcher de trouver celles-ci bien moins belles qu'en Alsace (mais sans doute suis-je un tantinet chauvin), sur un terrain plat, sablonneux, sous des pylônes électriques qui plus est, par des chemins trop larges et bourbeux.

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