Les lacs du Vésinet


Les lacs du Connemara ne sont pas accessibles en ce moment, on va donc en trouver un succédané dans les lacs du Vésinet : c'est moins loin, et c'est possible sans test PCR. Une grosse demi-heure d'autoroute depuis chez nous et nous voici à Chatou, à la limite du Vésinet. Nous laissons la voiture devant le Commissariat de Police (c'est plus sûr …), dans une belle maison bourgeoise à l'entrée de la ville et commençons notre balade lacustre. Déjà la première villa historique s'offre à nous : c'est La Gouvrière, construite vers 1890 et qui connut son heure de gloire quand De Gaulle y installa en 1940 son poste de commandement de la 4ème division cuirassée (quoique ce soit contesté, une autre villa du Vésinet étant aussi sur les rangs). Toujours est-il qu'un panneau sur la grille d'entrée rappelle ce fait historique, tandis que la monumentale maison se cache derrière entre les arbres, plus visible en ce mois de janvier que lorsque les feuilles ont repris possession du parc.


Quelques encablures plus loin, le premier lac de notre circuit apparaît : c'est le Lac Supérieur (un peu moins étendu que son homologue nord-américain), bordé d'un château d'eau et de quelques coquettes maisons séparées de l'eau par une belle pelouse verdoyante. Nous rejoignons ensuite l'avenue du Grand Veneur, une large et plantureuse avenue, bien entendu bordée de demeures confortables, certaines modestes (enfin si l'on veut), d'autres ostentatoires, qui nous amène au Rond-Point Royal, au milieu duquel un cerf en fonte se dresse fièrement au-dessus du commun des piétons, semblant dresser l'oreille, guettant le bruit des chasseurs qui le poursuivent peut-être.

L'avenue nous amène jusqu'au bord du Grand Lac, alias lac des Ibis, en souvenir d'ibis qui y firent un bref passage au siècle dernier, remplacés depuis par de plus classiques cygnes. Même si le restaurant chic, le Pavillon des Ibis, planté sur sa  grande île centrale, est fermé en ce moment, l'endroit attire les promeneurs du dimanche, avec ou sans chien. On passe les deux ponts en pierre pour traverser l'île et retrouver l'avenue qui nous emmène jusqu'à la station de RER Le Vésinet - Le Pecq


On passe par la station sous la ligne de train pour rejoindre notre troisième lac, celui de la Station. C'est chronologiquement le premier qui fut créé en 1858. Comme toujours (ou presque), une maison majestueuse s'est enfermée sur un îlot, tandis que nous contournons le lac pour rejoindre la ville voisine du Pecq.

On retrouve l'animation d'un centre ville en arrivant sur la place de la République, sur laquelle le marché dominical plie bagage et les éboueurs s'activent à rendre son aspect habituel aux lieux. On pousse jusqu'à la Seine un peu plus à l'ouest pour longer le fleuve vers le sud, empruntant le quai de l'Orme de Sully, ainsi nommé pour la plantation d'ormes que Sully, surintendant des finances de Henri IVcréa vers 1610. La voie piétonne et ses jeux pour enfants grouille d'animation et nous emmène jusqu'à l'usine des eaux, désormais Suez, qui approvisionne toute la région. Cette vaste usine historique, créée par Pallu, date du début du XIXème siècle et puise sous la Seine une eau qu'elle traite et adoucit. Quelques bâtiments en brique rouge subsistent encore du siècle passé.

Après l'usine, on repique vers le nord pour rejoindre le quatrième lac, dit Inférieur, lui aussi muni de son île privée nommée Ile du Rêve. Une massive villa Louis XIII trôna sur les lieux durant plus d'un siècle, propriété de personnes célèbres comme Béatrice Torri, artiste de l'Opéra, ou Francis Lopez, le compositeur d'opérette, jusqu'en 1991 où elle fut détruite par un incendie. A la place, Emmanuel Combarel, élève de Jean Nouvel, a conçu une villa moderne ma foi assez réussie.

Pour rejoindre le dernier lac, on suit l'itinéraire des Petites Rivières. Les cinq lacs sont reliés entre eux par un réseau hydraulique d'une quinzaine de kilomètres, dont l'essentiel forme une rivière qui serpente dans la ville. Le réseau sud constitue une belle promenade longeant la rivière, dont les noms successifs reprennent ceux des villes jumelées au Vésinet. C'est ainsi que nous empruntons la promenade d'Oakwood (USA), puis celle d'Unterhaching (Allemagne) pour rejoindre le lac de Croissy. En arrivant sur ce lac, une imposante maison se dresse sur sa rive Sud, qui connut son heure de gloire en 1964 quand des scènes du mythique feuilleton Belphégor y furent tournées.

Repassant par-dessus la voie ferrée tandis que le soleil se couche sur le lac, un dernier détour nous fait passer par le centre du Vésinet, bien calme en ce dimanche ; quelques discrets commerces doivent quand même apporter un peu d'activité en semaine dans une ville qui joue à la belle endormie. La massive Eglise Sainte-Marguerite occupe l'espace central : ce fut le premier bâtiment non industriel réalisé en béton en France, construit à compter de 1862 sur commande de la société Pallu ; l'architecte Boileau adopta un parti novateur, l'emploi d'une structure métallique accompagnée d'une maçonnerie de remplissage préfabriqué en béton imitant la pierre.

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