De la Butte Rouge au bois de Verrières

L'an passé, début d'année rimait avec Japon, Suisse ou Maroc. Cette année, ce sera avec Ile-de-France. En l'absence de perspective exotique, nous nous rabattons le week-end venu sur des destinations au seuil de notre maison ou presque. Au moins cherchons-nous à innover en allant explorer un peu plus vers l'Ouest parisien. Après Le Vésinet (Yvelines) la semaine passée, ce sera ce dimanche Verrières-le-Buisson (Essonne) et ses environs. Comme d'habitude, je prévois un circuit en boucle de 3 heures environ, combinant cette fois urbanisme et architecture d'une part (Chatenay-Malabry et Verrières-le-Buisson), verdure et forêt d'autre part (forêt de Verrières, rives de la Bièvre).

La première étape sera la cité-jardin de la Butte Rouge à Chatenay-Malabry. Cette vaste cité-jardin a été construite à partir de 1916, ayant pour vocation d'offrir "du beau pour les prolos". Quand on y pénètre, on change de ville, d'époque aussi, tant l'ensemble exhale un charme indéfinissable d'un autre temps. De petits bâtiments aux teintes rose pastel, un peu délavé ; des jardins ouvriers qui oscille entre potager entretenu et mini-jungle, accessibles par des venelles ; des rues courbes qui se faufilent ; un mail piéton qui remonte avec son escalier solennel jusqu'en haut de la butte. Si certaines constructions sont parfois décrépites et gagneraient à être rafraîchies, la cité dans son ensemble est propre, il semble y faire bon vivre dans une urbanisation raisonnée et raisonnable, à la portée de tous. Et pourtant cet îlot hors du temps est en danger. La ville de Chatenay-Malabry et le Département veulent profiter de l'arrivée prochaine du tramway pour monétiser l'endroit en une opération immobilière certainement juteuse, qui prévoit de détruire 85% de la cité, et sans doute de muséifier le reste. Heureusement les habitants se battent pour préserver leur cadre de vie, mais on peut craindre que leur pot de terre ne se brise in fine contre le pot de fer de la logique financière et des intérêts politiques. Et si c'est la cas, quelle tristesse, à désespérer de ce "nouveau monde" plus raisonnable et convivial que l'on nous vante.

Pour quitter la cité-jardin vers le sud et l'Essonne, on doit franchir l'autoroute A86 qui transperce la forêt de Verrières, créant une barrière naturelle escarpée et boueuse qu'il faut affronter pour rejoindre l'autre côté. La grande forêt domaniale de Verrières est striée de larges chemins rectilignes, bordés de chênes, frênes ou charmes, sur les feuilles et branches desquels les gouttelettes de pluie s'accrochent pour filtrer les rayons d'un timide soleil, en un brouillard lumineux. Un peu plus loin, les souches mortes d'arbres anciens ont été récupérées par des artistes des bois, qui les ont réunies en des sculptures torturées dans un musée improvisé.

Nous sortons du bois pour rejoindre les rives de la Bièvre, qui coule en limite de la commune de Verrières-le-Buisson. On longe l'inévitable golf des villes un peu huppées, puis les grands ensembles de Massy avant de repiquer dans le vieux Verrières. L'allée de la Garenne nous amène au lac de Verrières, alias lac Cambacérès. Récemment rénové par la mairie, c'est une oasis au milieu de la ville, des jeux animaliers pour enfants, un système de pontons qui vous fait presque marcher sur l'eau, des berges végétalisées, le tout surplombé par quelques maisons de maîtres qui veillent sur sa pièce d'eau. L'ensemble forme une nouvelle interprétation plutôt réussie.

On remonte vers le centre de Verrières, passant devant l'arboretum conçu par Vilmorin, entourant son château. La maison de graines "Vilmorin" a plus de 200 ans, et existe toujours, à travers de nombreux magasins en France. Son arboretum, hélas non visitable, reste une référence avec ses innombrables arbres et arbustes recueillis au fil des siècles dans le monde entier. Autour, les maisons en meulière prolifèrent, on aime ou pas le style, mais cela a un cachet indéniable, indissolublement lié à la banlieue de Paris.




Commentaires

  1. Encore un grand bravo pour tes magnifiques photos et ton style d'écriture très agréable. Un grand merci pour ton ouverture d'esprit. J'ai habité à Chatenay Malabry, et la butte rouge n'était pas son atout majeur, au contraire de mauvaises rumeurs circulaient. Si j'ai passé beaucoup de temps dans le parc de la vallée aux loups à promener mon bébé, je n'ai jamais mis les pieds dans la cité jardin. Grace à toi ce matin, j'ai découvert cette cité sous un angle plus factuel et historique et positif. merci.

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