Après Etosha, l'un des hauts lieux du tourisme namibien, sus au
Kaokoveld bien moins couru. Nous y allons d'abord pour rencontrer l'étonnant peuple Himba, mais j'y reviendrai. Notre premier contact est sa
plus grande ville Opuwo. Une ville poussiéreuse et grouillante, aux
baraques métalliques qui abritent des petits commerces très
tiers-mondistes, à côté de distributeurs de monnaie locale bien
surveillés par des gardes. Mais le plus marquant reste la diversité des
peuples qui se croisent dans cette "métropole ", des femmes Himba à
moitié nues aux femmes Hereros dans leurs invraisemblables robes sorties
de l'imagination débordante d'un scénariste reconstituant de manière
disons créative une garde-robe inventée de toutes pièces. Ces
accoutrements si divers se mêlent sans logique, chacun allant faire ses
emplettes avant d'aller rejoindre son village dans la cambrousse.
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Baraques d'Opuwo
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Début de la piste vers le Camp
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A
propos de cambrousse, c'est bien notre destination du jour.
L'hébergement prévu, nommé "Camp Aussicht", est en pleine nature, la piste pour s'y rendre est
annoncée comme difficile mais carrossable, même sans 4x4. A peine la
piste principale quittée, un passage quasi vertical nous fait traverser
un gué à sec. Je fais confiance à mes renseignements et je passe : on me
dira plus tard, "mais comment avez-vous fait, il n'y a que les 4x4 qui
passent ! Vous auriez dû prendre une piste moins difficile plus loin". La
piste continue, nous avancons à 5 - 10 km/h, secoués comme des pruniers.
Des panneaux pleins d'humour nous occupent : "cette route sera
goudronnée la semaine prochaine" ou "vous êtes (presque) arrivés". Nous arrivons enfin après trois quarts-d'heure heure éprouvants, au pied d'un petit promontoire où des baraquements
hétéroclites s'empilent.
Un grand bonhomme à la barbe poivre et sel
nous accueille : il vit seul depuis 35 ans dans ce bout du monde, où il a
tout construit de ses propres mains, et sera notre hôte 2 jours durant. Les lieux sont rustiques, mais somme toute toute confortables : 4 chambres un rien spartiates, propres, fonctionnelles ; un ensemble de tables et chaises sous des canisses, et la demeure du proprio un peu plus loin. Plus étonnants sont les sanitaires : toilettes sèches dans une cabane à l'extérieur ; douche artisanale que l'on alimente par un jerrican, rempli d'eau de pluie ayant chauffé au soleil le jour durant. Ajoutez-y l'électricité produite par des panneaux solaires, et stockée dans des batteries. Vous avez une empreinte écologique quasi-nulle, doublée d'une auto-suffisance complète, pas besoin d'au courante ou de câbles électriques. Mais le plus remarquable est la vue : montagnes et collines vertes à perte de vue dans un panorama à 360°, et quasi pas de trace humaine le long de cet horizon circulaire ; aussi l'impression d'être revenus à une ère reculée où aucune empreinte humaine ne s'était encore imposée à son environnement.
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| Allée principale de Camp Aussicht |
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| Notre restaurant |
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| Chambre avec vue |
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| Toilettes sèches |
Le soir venu, nous dînons chez notre hôte, qui nous propose un repas simple, mais goûteux (salade de légumes, pâtes à la bolognaise), à base de produits locaux cultivés sur ses terres ou troqués avec des paysans du coin. Nous discutons un peu avec ce vieil original, un rien misanthrope (il faut bien ça pour vivre seul ici !), un tantinet mystique (avec des versets de la Bible affichés un peu partout), nous annonçant le retour prochain de Jésus sur Terre, avec des pulsions complotistes (l'Occident a fabriqué le SIDA pour exploiter l'Afrique, et les vaccins sont des poisons, entre autres) et une aversion de l'argent qui mène le monde. Sur ce dernier point, on peut le comprendre, même s'il pratique des tarifs en ligne avec le haut standard touristique du pays. J'ai omis de dire que c'est un Namibien blanc (bien sûr), d'origine allemande, géologue de formation, qui a un temps exploité une mine de cuivre - qu'il nous fera visiter - avant de se tourner vers le tourisme, plus lucratif. A la fin du repas, c'est l'heure du show. Par la porte-fenêtre ouverte, nous voyons arriver un imposant porc-épic, puis deux, trois, quatre. Ils viennent s'alimenter avec la polenta dont le propriétaire les nourris chaque soir : question hygiène, c'est limite, la polenta est étalée sur le carrelage du séjour par les congénères, mais c'est spectaculaire ! Un peu plus tard, ressortis sur la terrasse extérieure, c'est le tour des volatiles d'être nourris : un assortiment de poules (domestiques) et de calaos (sauvages) qui se partagent le restant de la polenta eux aussi. Un drôle de bestiaire, auquel ou peut rajouter quelques lézards colorés de passage.
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| Le repas des porcs-épics |
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| Et celui des poules et calaos |
Comme déjà, notre ami a tout construit tout seul, et le travail abattu est assez impressionnant. Cela tient du capharnaüm dans la partie privée, alors que la partie touristes est bien traitée. Il a même poussé son travail jusqu'à construire plusieurs kilomètres de sentiers autour de son "auberge", en déplaçant des tonnes de pierre pour matérialiser lesdits sentiers, sans oublier un mirador sur l'éminence la plus proche pour offrir une vue encore plus large. Le soir venu, le ciel multicolore s'épanchant sur des nuages s'effilochant est de toute beauté.
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| Notre Camp vu du mirador |
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| Sentiers de randonnée faits main |
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| Coucher flamboyant |
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