Patrimoine de folie à Ville-Evrard
Journées du Patrimoine 2017. C'est en voisins que nous nous rendons à Ville Evrard, à Neuilly-sur-Marne. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un hôpital psychiatrique de la Seine-Saint-Denis, à un moment le plus grand de la Région Parisienne, utilisé par Paris comme par la banlieue Est. Il est vrai qu'il y a de la place, et du recul aussi puisque son histoire remonte à Philippe le Bel qui y posséda un domaine au XIVème siècle. Les terres passeront de main en main durant quelques siècles, jusqu'à devenir la possession en 1804 d'un certain François Xavier Donzelot. Celui-ci deviendra général d'Empire napoléonien, et y fera construire un château. La nouvelle fonction du domaine intervient en 1862 quand le Conseil Général de la Seine y crée un "asile d'aliénés". A la fin du XIXème siècle, puis au XXème, celui-ci croît en taille jusqu'à compter 2000 lits dans les années 70. Des "hôtes" illustres y firent des séjours plus ou moins longs, comme Antonin Artaud ou Camille Claudel. Aujourd'hui, du fait des changements dans le fonctionnement de la psychiatrie, ce sont moins de 300 lits qui subsistent sur le site.
Le site est immense, et la visite nous fait traverser des endroits variés et parfois improbables. Une grande galerie couverte, pour protéger les locataires des intempéries, dessert les différents bâtiments dans la partie sud-ouest. L'ancien réfectoire et ses cuisines sont à moitié à l'abandon désormais, même si une scène de théâtre et quelques fauteuils sont venus occuper un coin des lieux le temps de quelques représentations. Plus loin, c'est un endroit glaçant, la morgue : s'y alignent les armoires réfrigérées où l'on stockait ceux qui n'avaient pas résisté aux électrochocs peut-être, avec juste à côté la table de dissection où les médecins venaient examiner le cerveau de leurs patients malheureux. Quelques pavillons ont résisté à l'usure du temps, certains encore occupés par les lits restants, un autre par une troupe théâtrale qui y vit, répète, joue régulièrement. La chapelle est désacralisée depuis belle lurette, et est transformée en salles de réunion et bureaux.
De l'autre côté de l'allée principale, lé décor devient plus riant, la verdure reprend ses droits, les bâtiments ont eu droit à de la rénovation et quelques coups de peinture, et certains lieux donneraient (presque) envie d'y vivre. Quelques pensionnaires sont assis, un peu amorphes, sur chaises ou bancs dans le petit parc devant leur home : on se croirait au cinéma, ce qui n'est finalement pas si étonnant, puisque des films comme Rois et Reines (A. Desplechin) ou Ne le dis à personne (G. Canet) ont justement été tournés à Ville-Evrard. Au fond, un pavillon détonne un peu : on nous explique que c'est là qu'étaient parqués les "cas graves", les patients les plus atteints, souvent attachés par des chaînes, mais aussi le personnel le plus difficile, un cocktail détonant qui devait ressembler à un enfer, et qui ne fut pourtant fermé qu'il y a une trentaine d'années. Aujourd'hui, des musiciens répètent dans cet endroit étrange, peut-être pour adoucir des fantômes d'âmes damnées qui rôderaient encore ici.
En retournant sur nos pas, une ferme tombe doucement en ruine, même si elle sert encore de lieu de stockage aujourd'hui. Les anciennes étables ne semblent attendre que chevaux ou vaches pour revivre quelques instants. Pour finir la balade, deux arrêts. Le premier pour une exposition retraçant la vie du site au siècle dernier, à travers les lettres de pensionnaires, souvent des enfants, émouvantes, rudes, désolantes parfois. Le second au musée de l'association des lieux, qui rassemblent des objets disparates qui ont fait la vie du site 150 ans durant.
Quel est donc l'avenir de cet endroit hors du commun, dont nous n'avons du reste visité qu'une fraction ? Sans doute un avenir immobilier : de la place à revendre pour loger du monde, pas si loin que cela de Paris, il est probable que c'est ce qui arrivera dans les années à venir. Peut-être un moindre mal pour faire revivre différemment le site, qui sinon tombera petit à petit un peu plus en ruine.




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