Paris spectacles de décembre

Décembre, ce n'est pas le mois idéal pour partir se balader à droite à gauche, et en plus il fait un temps pluvieux pourri quasi permanent cette année. C'est le moment de s'offrir quelques sorties : comédie musicale, cirque, théâtre, musées, tout y passe sans oublier le rituel cinéma en salles.

Je commence par le dernier spectacle équestre de Bartabas à
Aubervilliers, au Théâtre Zingaro. J'en entends parler depuis longtemps, sans jamais avoir fait l'effort d'aller dans le fond du 93 pour voir à quoi cela ressemblait. J'apprécie le cirque, et cela me ramène quelques décennies en arrière au cirque Gruss - toujours avec des chevaux - ou plus loin encore au cirque de Moscou, va donc pour ce spectacle "Cabaret de l'Exil - Femmes Persanes" centré sur les femmes iraniennes. La cadre vaut déjà le déplacement, d'abord un grand chapiteau en bois couronné par divers objets colorés, et où je me restaure avant le spectacle d'une cuisine iranienne originale à défaut d'être remarquable. Puis le théâtre proprement dit, l'on s'assied à une petite table sur laquelle une théière est offerte avec quelques gâteaux. Devant nous, la piste circulaire, un miroir d'eau entouré d'une piste couverte de sciure de bois. C'est sur cette piste que vont galoper à un rythme d'enfer les purs sangs qui assurent le spectacle, chevauchés par des amazones acrobates puisque tout le spectacle est assuré par des femmes, les hommes étant réduits dans un renversement malicieux aux tâches de nettoyage et d'assistance, ou à chevaucher modestement des ânes. Alternent avec ces numéros équestres, des intermèdes musicaux, des Iraniennes aux instruments (setâr, santour, tombak) et au chant, de la poésie déclamée, et même quelques passages burlesques. C'est chaleureux, drôle, original, entraînant, bref ça rend heureux. Mais on ne peut s'empêcher de se rappeler
 dans un coin de sa tête que les Iraniennes et les Afghanes dans leur pays aujourd'hui sont bien loin de pouvoir exprimer cette joie de vivre dans leur enfer clos. En sortant, un grand feu réchauffe l'atmosphère et illumine ce bel endroit.


Un autre soir, c'est vers Montparnasse que je me rends rejoindre un ami venu de Niort pour une soirée parisienne, pour aller voir une pièce de théâtre dans une petite salle à l'ancienne, le Théâtre Rive Gauche. On y joue la Maison du Loup, inspirée de la vie de Jack London, un ménage à trois dans une maison de l'Ouest américain, trois acteurs qui s'affrontent autour de la création. C'est parfois un peu vain et bavard, mais les acteurs sont motivés, le décor réussi, et on en apprend sur la vie du célèbre Jack.

Une comédie musicale ensuite, un cadeau pour notre fille fan de claquettes et de musicals. West Side Story, comédie musicale emblématique du New York de mon enfance, dont j'ai apprécié le film de Robert Wise et plus récemment celui de Steven Spielberg, mais dont je n'ai jamais vu la version sur scène. Cela se passe au Châtelet, dans une production américaine, parfaitement pro, bien huilée, s'enchaînant parfaitement entre Sharks et Jets dansants, sur fond d'une ville en carton très réussie. Cela manque cependant un peu d'âme, et les deux acteurs principaux, s'ils chantent et dansent fort bien, n'ont pas le charisme de George Chakiris et Natalie Wood, mais sans doute suis-je trop exigeant.

Pour compléter le tableau, un tour à l'Institut du Monde Arabe, pour l'exposition consacrée aux Palestiniens et à l'art. La guerre fait rage à Gaza, les Palestiniens y sont bombardés par Israël, et l'expo est très courue, au point que nous ne pouvons y pénétrer une première fois. Nous y parvenons un dimanche en fin d'après-midi, pour un riche parcours, très varié, allant d'œuvres modernes relatives à la Palestine, à des photos et dessins d'artistes palestiniens, de vieilles photos sépias de Bethleem ou Jérusalem datant d'il y a plus de 100 ans, jusqu'à des manuscrits et objets provenant de valises de Jean Genet, compagnon de longue date des Palestiniens. Les photos de Gaza prennent évidemment une dimension particulière dans ces circonstances. Au détour d'un couloir, nous croisons un Jack Lang décoloré et spectral, semblant errer seul et sans but dans son Institut, dont il vient d'être re-nommé président pour encore un mandat.

Un dernier mot pour la Bibliothèque Nationale de France, celle du site Richelieu en plein Paris, récemment rénovée. J'y admire la magnifique salle Ovale et sa verrière, salle de lecture ouverte à tous et remplie de livres, des vrais, en papier ; le musée de la BnF, un méli-mélo d'objets de tous siècles et de tous pays, accumulés par des mécènes au fil du temps, manuscrits et monnaies, bijoux et poteries, affiches et costumes. Mais c'est le cadre qui attire surtout l'attention, la galerie Mazarin, la salle des Colonnes ou celle de Luynes, aux parquets étincelants, aux boiseries rutilantes, aux meubles et peintures Louis XV, aux plafonds décorés, un magnifique endroit pour y poser un musée.



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