Reims, entre romanité et Art Déco

Une réunion à la périphérie de Reims en ce matin de début novembre, un court trajet en TGV, et j'ai tout le temps de faire un tour dans Reims l'après-midi, par un beau temps ensoleillé. Si nous sommes venus de nombreuses fois dans la métropole champenoise rendre visite à des amis au fil des ans, j'ai finalement très peu eu l'occasion de vraiment visiter, pris que nous étions par des agapes sans fin. En sortant de la gare, on est accueilli par un étonnant gros pingouin bleu, œuvre en bois de Vincent Rahir, dénommée "Rudement Chaud", haute de trois mètres, et qui voyage au fil des mois dans la ville ! A travers le square Colbert, l'on rejoint la Place Drouet d'Erlon, qui ressemble d'ailleurs plus à une large avenue qu'à une place (400 mètres de long pour 35 mètres de large, c'est un peu déséquilibré), mais qu'importe. Elle est bordée de beaux bâtiments Art Déco, là un cinéma, ici un restaurant, sans oublier en son milieu la Fontaine Subé, surmontée d'une Victoire dorée, et dédiée aux quatre cours d'eau qui traversent la Marne (avec en sus Aisne, Vesle, Suippes). La Fontaine de la Solidarité un peu loin est d'un style bien différent avec sa forme de boule bleue d'où jaillit l'eau, originale à défaut d'être vraiment belle.

 

De là s'ouvre la Galerie du Lion d'Or, passage au petit air parisien avec sa belle verrière métallique. Un peu plus loin, un immeuble moderniste 1930 estampillé Kodak impressionne avec ses cinq étages et son belvédère d'angle, ainsi nommé du fait de la boutique sise à l'époque au rez-de-chaussée. Les immeubles en pierre de taille défilent dans cette rue de Vesle, là des Galeries Lafayette avec une gloriette métallique noire, ici un imposant ensemble commercial aux airs de proue de paquebot, là encore l'ancienne papeterie Michaud aux bas-reliefs orangés et aux inscriptions en lettres dorées. L'Opéra de Reims est juste en face, encore une spectaculaire et massive construction rémoise.

On se retrouve au niveau de la célèbre Cathédrale, déjà moult fois visitée, je me contente d'y jeter un œil depuis l'Office de Tourisme voisin, avec dans la perspective la statue de Jeanne d'Arc qui brandit son glaive vers la façade ensoleillée. Contournant la cathédrale, je rejoins la bibliothèque Carnegie, l'un des joyaux de la ville, de forme semi-circulaire. On la doit au philanthrope américain du même nom, qui finança sa reconstruction dans le style Art Déco après la Première Guerre Mondiale. Tout y est magnifique, à l'extérieur la grille en fer forgé ou les motifs du fronton, et surtout à l'intérieur, le spectaculaire lustre du Rémois Jacques Simon, les motifs floraux de la salle de lecture ou les murs en onyx et marbre du hall d'entrée. Un magnifique endroit où je peux prolonger mon séjour grâce à une intéressante petite expo, présentant d'anciennes cartes géographiques racontant l'histoire de la Champagne.

De là, la Place Royale est toute proche, bordée des classiques hôtels aux volumes et colonnades caractéristiques, tel l'Hôtel des Fermes siège de la sous-préfecture locale (puisque Reims n'est pas la préfecture de la Marne), tandis qu'un bronze noir solennel en son centre représente Louis XV en empereur romain.  La place suivante est celle du Forum, remarquable par son cryptoportique gallo-romain, qui servait de marché couvert il y a près de 2000 ans, et dont l'une des galeries a été dégagée il y a peu. Donnant sur le portique, l'Hôtel Le Vergeur est une demeure patricienne qui date du XIIIème, transformée en hôtel Renaissance depuis, et qui abrite désormais les collections accumulées par un de ses propriétaires Hugues Krafft. Si je n'ai pas le temps de parcourir le musée, je profite des jardins du musée, petit espace bien caché, enserré dans les bâtiments tout autour.

Un peu plus loin, la place de l'Hôtel de Ville n'est elle guère engageante, avec en sus des travaux l'encombrant. Je poursuis jusqu'aux Halles Centrales du Boulingrin. Conçues il y a 100 ans comme marché de gros et de détail, caractéristiques avec leur voûte de béton armé surplombant les étals, et rénovées il y a 10 ans, je ne peux pas y entrer, il est bien entendu trop tard en cette fin d'après-midi. Je peux cependant y mettre en pied en m'arrêtant boire une bière aux "Vieux de la Vieille", bar implanté dans la galerie le long de ces Halles.

La rue du Temple sur laquelle il donne est une des anciennes rues de Reims, remaniée elle aussi après la Grande Guerre, toujours dans le style Art Déco, et confrontant les deux tendances, béton brut et courbes épurées du Boulingrin, en face d'immeubles richement décorés de mosaïques, garde-corps, ferronneries, sur fond d'alliance calcaire et briques, notamment au niveau du n° 25, chez l'ancien fromager Boscher.

Je finis ce tour très complet de Reims en passant par la Porte Mars, remontant à nouveau quelques siècles vers cet arc de triomphe romain long de 32 mètres, le plus large du monde romain, qui permettait autrefois l'accès à la ville. Ses trois arcades présentent encore des reliefs sculptés, dont celui de Rémus qui aurait fondé Reims. Il ne me reste plus qu'à retourner à la gare via les jardins des Hautes Promenades, et la boucle est bouclée.





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