Puteaux - Suresnes - St Cloud

Une journée pour se balader dans l'Ouest parisien, après un petit coup de RER jusqu'à la Défense. Une fois sorti des tours infernales, les immeubles perdent de l'altitude et les rues gagnent en humanité. La voie ferrée offre un cheminement tranquille qui commence par le pont aux escargots multicolores, juste devant un restaurant qui donne l'eau à la bouche, tandis que de l'autre côté, le square des Larrys propose quelques rangées de vignes qui se détachent sur la ville de Paris plus à l'est. Quelques encablures plus loin, la gare de Puteaux a un petit côté rétro art déco, qui gagnerait à être mis en valeur. Toujours le long des rails, voici le passage Marianne, consacré à Bebel, alias Jean-Paul Belmondo, une expo de plein air à l'occasion de la disparition de l'acteur, quelques photos en noir et blanc plaquées sur les grilles, et des bouts de biographie retracent simplement la vie du chouchou des Français.

 


Toujours plus au sud, passant dans la commune de Suresnes, on retraverse la voie ferrée au niveau d'une ancienne marbrerie, sur laquelle un haut relief rappelle l'activité d'antan. Puis c'est la gare du Belvédère, autour de laquelle ont poussé les jardins ouvriers, un peu anachroniques, coincés entre métal des rails et béton des maisons. On remonte dans des rues calmes et résidentielles de Suresnes, passant devant le lycée Paul Langevin aux belles briques rouges, à l'heure de la sortie des classes, dans un remue-ménage coloré qui montrent que le 92 n'est pas aussi monocolore qu'on le pense parfois.
 

Nous arrivons au Mont Valérien, dont on entend souvent parler, mais où je ne m'étais jamais rendu. Cette colline haute de 160 mètres, passée de calvaire religieux à fort militaire, fut le théâtre entre 1940 et 1945 de l'exécution de plus d'un millier d'otages et de résistants, auquel il est rendu chaque année hommage devant le Mémorial de la France Combattante par le président français. Justement, un hommage plus modeste s'y déroule alors que nous y passons, quelques dizaines de personnes avec des drapeaux et des costumes, sans que nous sachions qui ou quoi est célébré. Le Pentagone français (puisqu'il s'agit d'un polygone à 5 côtés) abrite aujourd'hui diverses Directions militaires, ce qui fait que l'endroit est bien gardé et peu accessible. Non loin, de là, nous déjeunons au Père Lapin, restaurant fort coté, doté d'un agréable jardin et d'un gril en plein air, où nous trouvons une table pour deux en bord de terrasse, pour un excellent repas : pavé de thon grillé et un vol-au-vent aux langoustines. Une institution datant de 1861, comme le rappelle sur notre table un fac-similé d'une revue de l'époque, qui doit son nom aux terrassiers qui participait à la construction du fort, et que l'on nommait donc ... les lapins ! CQFD. Un bel endroit pour une pause tranquille sur notre chemin du jour.

De là, l'on redescend la colline vers le sud, le long de voies tranquilles qui respirent une opulence discrète, longées de maisons variées de tous styles, où il doit faire bon vivre. Le contraste est frappant avec un peu plus loin la cité-jardin de Suresnes, la plus vaste d'Ile-de-France, qui alignent plus de 3000 logements, construits pour la plupart entre les deux guerres, par le maire de l'époque Henri Sellier. Au milieu des immeubles en brique rouge, de quelques pavillons, de jardins potagers cultivés par les habitants, trône le beau théâtre Jean Vilar, imposant vaisseau tenant lieu de point d'amarrage à la cité. L'ensemble est en excellent état, bien rénové, très propre, resté populaire quant à ses habitants, complétant la sociologie de Suresnes la bourgeoise. Même si ici aussi, la mixité sociale commence à reculer, avec la mise en vente d'une partie du parc locatif.


Tout cela tranche quand même avec l'hippodrome de Saint-Cloud juste à côté. En rejoignant le centre de Saint-Cloud, l'on passe devant le jardin des Tourneroches, offrant depuis son coteau au-dessus de la Seine une vue sur le bois de Boulogne et tout Paris. Au fond du parc, le manoir de Tourneroches, conçu par le Docteur Debat, s'affiche de manière ostentatoire, vaguement dédaigneux devant les quidams qui viennent fouler ses abords. De l'autre côté de la rue, le Castel Gamio a un petit air ibérique, normal puisqu'il appartint à la famille Goyneche, Grands d'Espagne qui habitèrent là plusieurs décennies durant.
La fin de notre périple nous amène au centre de Saint-Cloud, qui évoque a priori luxe et volupté. Quelle déception, le centre ville est quelconque et sans aucun attrait, les commerces pas vraiment engageants, les piétons pas les bienvenus, et si l'on rejoint les bords de Seine un peu plus bas, ce n'est guère mieux, avec une rive même pas aménagée, bordée d'une voie rapide. Pour les Clodoaldiens, c'est ainsi qu'on les appelle, le seul lieu intéressant est sans doute le parc voisin du même nom, mais ce sera pour une autre fois. Nous reprenons en effet le tramway qui nous ramène à la Défense pour nous en retourner dans notre modeste Seine-Saint-Denis.

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