Séjour manceau, pas si sot !
Le Mans comme destination pour un mini-voyage depuis Paris, quelle idée saugrenue pourrait-on se dire... A première vue, la ville mancelle ne paraît pas un but très sexy, et pourtant, un œil sur le site Tourisme de la ville m'a donné envie d'aller voir sur place. La principale attraction du lieu est la Cité Plantagenêt. C'est le quartier médiéval, enserré dans une muraille romaine, perché sur une éminence dominant la Sarthe et la cathédrale, bien séparé du reste de la ville. Et qui a un cachet fou : des façades de tous types et couleurs, avec une centaine de maisons à pans de bois, des hôtels particuliers en veux tu en voilà, des ruelles pavées comme d'antan, on se retrouve transporté plusieurs siècles en arrière. Des cinéastes ne s'y sont pas trompés puisque films et séries historiques (comme Cyrano, Le Bossu, L'homme au masque de fer) y trouvèrent un lieu idéal pour leur cadre. Des escaliers se faufilent le long des pentes pour descendre vers la rivière, des statuettes ornent le fronton des maisons, comme celle d'Adam et Eve dans la Grande Rue. Il est rare de trouver une telle homogénéité préservée dans un quartier historique. Pour parachever la visite, un arrêt au musée de la Reine Bérengère permet, à travers objets, peintures, maquettes, de mieux se rendre compte de l'aspect du quartier au fil des siècles. Cette reine, épouse éphémère de Richard Cœur de Lion, fut douairière au Mans, où elle fonda l'abbaye royale d'Epau, sur laquelle je reviendrai.
Au bas de la cité, l'enceinte gallo-romaine est fort bien conservée le long de la Sarthe. Elle présente des couleurs et motifs étonnamment conservés pour son âge de deux millénaires, des chainages de brique rouge et de mortier rose, du grès rouge alternant avec du calcaire crayeux, lui conférant une dimension artistique rare pour un tel ouvrage défensif. Onze tours et trois poternes rajoutent un relief qui rehausse encore l'éclat de l'ouvrage polychrome.
A côté, l'imposante Cathédrale Saint-Julien est avec sa tour le point culminant de la ville, combinant art roman avec sa nef et art gothique avec cœur et transept. Adossé sur son flanc ouest, un menhir en grès de près de 5 mètres de haut ajoute un touche mégalithique incongrue à l'ensemble. A côté se trouve l'élégant Musée Tessé dans le parc du même nom. Gratuit, avec un accueil sympathique, celui-ci est notamment connu pour son sous-sol égyptien qui reproduit à l'échelle deux tombeaux, et notamment celui de Nefertari, épouse de Ramses II. S'enfonçant dans le sol par une volée d'escaliers, et une fois acceptée l'artificialité inévitable des photos-copies des murs originaux, on est pris par l'ambiance et se sent transporté du côté de Louxor.
Le lendemain, tandis que le soleil semble vouloir percer les nuages, je m'en vais longer la Sarthe vers le sud. Même si quelques efforts commencent à être faits pour en aménager les berges, il y a sans doute plus à en tirer. L'Ile aux Planches en est un bon début, une friche industrielle transformée en parc. Un peu plus, l'ancienne Manufacture de Tabac, ornée de peintures murales qui l'égayent, semble encore hésiter sur son avenir. La promenade continue le long de modestes pavillons, bordée d'un mur érigé pour prévenir les inondations, jusqu'au parc du Gué de Maulny, un grand espace vert où ça jogge dur, que j'ai choisi comme destination pour son festival de Street Art, un de mes péchés mignons. Les murs de béton portant les œuvres, érigés un peu à la hâte dirait-on, ne sont guère attrayants et apparaissent artificiels, dommage. Mais quelques graffs, œuvres d'artistes de la France entière, attirent néanmoins l'œil dans un ensemble fourre-tout.
Il faut ensuite prendre le tram depuis la gare voisine pour rejoindre, en bout de ligne, l'abbaye cistercienne de l'Epau, justement fondée par la reine Bérengère en 1230, sise juste à côté de mornes grands ensembles de la ville du Mans. Cette abbaye, en déshérence, fut sauvée par le Conseil Général de la Sarthe dans les années soixante, et est devenu un haut lieu culturel du département. En cette saison, elle est bien entendu très calme, même si un son et lumière anime les lieux le soir venu. On fait tranquillement le tour des classiques d'une abbaye, la salle capitulaire, le cloître, le dortoir, le jardin de simples, pour finir par l'abbatiale, qui contient un beau gisant de Bérengère de Navarre, qui fut dit-on inhumée là. Mais ce qui me frappe le plus dans ce lieu solennel, c'est bien l'exposition Anima (Ex) Musica. Le thème, "Une expérience à la frontière des Arts Plastiques, de l'Entomologie et de la Composition Musicale", me semblait bien rébarbatif, pseudo-branché, voire attrape-gogos, et pourtant ... Une dizaine de sculptures, appelons-les ainsi, d'insectes tels sauterelle, doryphore ou araignée, reposent sur le sol. Mais ces objets sont volumineux (mesurant tous 1 à 3 mètres de long ou de haut), lourds (entre 100 et 200 kilos), mobiles (ils se mettent en branle quand on les approche, couinant en secouant leurs abattis) et musicaux (émettant des mélodies). Car ces insectes sont composés de parties d'instruments de musique en fin de vie, qu'on a dépouillé de leurs composants pour fabriquer ces bizarres objets vrombissants. Et le résultat est époustouflant ! Quelle ingéniosité, créativité, imagination, pour construire ce bestiaire utopique et mécanique incroyablement original.
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