Dernière île, ancien port (Madame Brouage)
Dans notre tour des îles de Charente-Maritime, nous en connaissons bien trois, Ré, Oléron, Aix, les plus connues, les plus étendues aussi, ne manque à notre programme que la plus petite, la moins ilienne aussi puisqu'elle est reliée au continent par un cordon de terre à marée basse, j'ai nommé l'Ile Madame. Pour y accéder, il faut dépasser l'estuaire de la Charente par le grand viaduc de Martrou, puis rejoindre la localité au joli nom de Port-des-Barques, juste en face de l'île. Ne pas se tromper dans les horaires des marées, au risque de se retrouver coincé sur l'île pour une dizaine d'heures, comme cela vient d'arriver à un groupe, il est vrai abusé par une erreur dans l'affichage desdites marées au point de départ. La marée haute est prévue pour le milieu d'après-midi, nous avons tout le temps en cette fin de matinée de traverser à pied sec, et de revenir itou. Le tombolo, puisque c'est le terme officiel, se nomme la Passe aux Bœufs, sans que l'on sache s'il fut utilisé réellement pour faire paître des bœufs sur l'île un jour. On arrive sur la pointe de Surgères, avant d'être confronté à la sinistre histoire de l'île, rappelée par plusieurs mémoriaux. Pendant la Révolution, plus de 800 prêtres réfractaires avaient refusé de prêter serment à la nouvelle Constitution, et furent déportés dans des pontons à Rochefort, d'anciens bateaux négriers transformés en prisons flottantes, puis une partie fut transférée à l'Ile Madame. Sur les 547 qui moururent de leurs conditions dramatiques de détention, 254 sont enterrés sur l'lle Madame. La Croix de Galets et d'autre mémoriaux rappellent ce souvenir. A l'autre extrémité du spectre de la répression, ce furent ensuite des Communards qui y furent envoyés. Pour se procurer de l'eau douce, ils creusèrent un puits, appelé puits des Fédérés ou des Insurgés, encore visible entre quelques carrelets au nord de l'île. Dans un cadre militaire cette fois, l'île abrite une redoute carrée et des casemates, qui faisaient partie du système de défense de la baie de Rochefort au début du XVIIIème. Quelques habitations parsèment l'île, une ferme aquacole, avec une auberge, et à destination des touristes, un camping et des gîtes ruraux. La pointe au nord-ouest permet d'avancer à marée basse vers la mer, pour pratiquer pêche à pied, activité populaire vu le nombre de personnes déambulant entre les rochers à farfouiller dans la vase. Et bien entendu sur toute la côte les incontournables carrelets de Charente.
Après un pique-nique expédié sur l'île, la seconde partie de la journée est consacrée à Brouage. Là aussi, les lieux nous font un rappel historique. Brouage, alors Jacopolis, est fondé en 1555 pour être l'avant-port de Hiers, et servir de centre de négoce du sel. Il devint ensuite port de guerre, fortifié par l'inévitable Vauban. Et puis Samuel de Champlain, fondateur de Québec, natif de Brouage et fit maint aller-retour entre le Nouveau Monde et sa ville, qui garde des traces nombreuses de ce voisinage avec le Québec. La rue centrale s'appelle rue du Québec, un monument à la mémoire de Champlain trône devant l'église, et le Québec s'est investi dans le renouveau de la ville, qui avait périclité à partir du XVIIIème, s'abimant dans les marais, servant de prison aux réfractaires (cf. ci-dessus) et vivotant jusqu'à son retour en grâce vers 1980. En ce jour de semaine début mars, l'endroit est très calme et bien agréable sous un soleil d'hiver. Sous les remparts, quelques boutiques d'artisans sont cependant ouvertes et nous achetons des objets en ferraille qui viendront décorer les murs de notre appart de La Rochelle. Plus loin, un fromager est aussi ouvert, l'occasion d'acheter une délicieuse tomme de chèvre du coin. Nous faisons bien sûr le tour du village en altitude sur ses remparts, vue panoramique sur les marais alentour, et sur la ville en-dessous, dans un espace finalement très partiellement utilisé, laissant de nombreux espaces libres qui abritent des jardins ou des friches.
De là, un chemin nous amène à travers marais et champs jusqu'au village voisin de Hiers ; celui-ci était l'arrière-cours industrieuse de Brouage où étaient installés les métiers du bâtiment ou de l'armurerie, et où des enseignes sculptées sur des maisons rappellent cette époque révolue. C'est un bourg délicieusement endormi, qui attend peut-être son prince charmant pour la réveiller.
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