Dijon confiné et désert


J'avais une formation prévue de longue date dans une entreprise pharmaceutique près de Dijon, et voilà que le second confinement de cette étrange année 2020 intervient. Je m'attendais à ce qu'elle soit reportée, que nenni, elle est bien maintenue, alors que ce sont les tout premiers jours de ce reconfinement. Me voilà donc dans un TGV - quasiment désert - en direction de la capitale bourguignonne, qui m'amène directement au pied d'un hôtel, fantomatique lui aussi, aux couloirs vides avec un unique réceptionniste-serveur qui s'ennuie (on se croirait presque dans l'hôtel de l'Année Dernière à Marienbad). Ce qui ne m'empêche pas de sortir prendre l'air le premier soir venu pour aller explorer Dijon by night. Etrange impression… En plein centre de la ville, quasiment pas âme qui vive. Il est 20h30 et, même s'il n'y a plus de couvre-feu officiel, tout le monde semble se barricader chez soi, alors même qu'il fait doux et que la météo est très acceptable. Enfin personne, pas tout à fait : je m'aperçois vite que des 2-roues circulent, vélos et mobylettes, tous chevauchés par des pilotes habillés de sombre et portant sur le dos un paquetage cubique qui leur donne des formes étranges. Un peu plus loin, sur une placette du centre-ville, je tombe sur un nid : une flopée de ces étranges insectes sur leurs drôles de machines s'est réunie et discute, s'interpelle, pianote sur son téléphone, s'ennuie, c'est selon. Ce sont des coursiers qui approvisionnent, quand du travail veut bien se présenter, les confinés pour le compte d'Uber Eats (souvent) ou d'autres enseignes locales. Au bout de quelque temps, je ne suis plus surpris de voir me dépasser en trombe une silhouette humaine affublée de 2 cercles et d'un cube, apportant l'unique touche de mobilité nocturne. En effet, quelques échoppes sont restées ouvertes, proposant leur pitance modèle fast food, et déclenchant un ballet discret de deux-roues noirs.

 

Je me promène dans les rues piétonnes exsangues de piétons, devant bars et restaurants désespérément vides, admirant de belles demeures en pierre de taille ou à parements de bois. Tiens, l'ours blanc de Pompon me lance un signe de tête derrière les grilles du parc Darcy, le vigneron aux "bas rosés" continue de fouler le raisin place François Rude, tandis qu'une silhouette de mosaïque rue Musette m'indique la voie à suivre. Sans doute celle de la place de la Libération, autrefois place Royale.

  

Cette place en hémicycle s'ouvre sur le massif Palais des Ducs de Bourgogne. Elle fut modernisée en 2006 par l'architecte Wilmotte. Si l'ensemble peut paraître minéral au premier abord (sa végétalisation fut interdite pour des motifs archéologiques), la place brille de mille feux la nuit, lorsque sur la pierre blanche de Comblanchien se reflètent les lumières des façades alentour, tandis que trois fontaines, failles lumineuses aux couleurs changeantes, vibrent de toutes leurs eaux et transfigurent la froide pierre du jour de leurs feux follets dansant dans la nuit noire et déserte.

 




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