Déconfinement à Jouarre

Dix jours déjà d'écoulés depuis la première étape de déconfinement, et je m'autorise enfin une sortie en dehors de notre périmètre restreint, pour aller prendre l'air à la campagne, en un mercredi estival du mois de mai. A une soixantaine de kilomètres de chez nous, c'est la petite ville de La Ferté-sous-Jouarre qui sera l'objectif de cette excursion, bien modeste alors que nous devrions être en ce moment quelque part entre Bethléem et Ramallah, en Palestine, si nos projets de vacances n'avaient pas été bouleversés.
Le premier objectif en arrivant en fin de matinée est de trouver un endroit où déjeuner : pas de restaurant ouvert bien entendu, mais le "prêt-à-manger" se décline maintenant de plus en plus. C'est donc vers un resto japonais de la ville que je jette mon dévolu : la propriétaire affable est bien protégée, un masque sur le nez, une visière en plexiglas par-dessus, et un guichet en polyéthylène posé au niveau de la porte d'entrée, on ne risque guère de contaminer, ou de l'être. Je choisis mon menu, pour revenir 20 minutes plus tard récupérer ma commande : makis et sushis, brochettes, soupe miso, riz, salade de chou, nougat chinois. Ce n'est certes pas du niveau de ce que j'ingurgitais il y a 3 mois au Japon, mais cela reste correct. Reste à trouver un endroit pour déjeuner. Le jardin public sur la Marne, et ses tables de pique-nique est fermé, condamné à l'aide de barrières, il va falloir trouver autre chose. Heureusement, un peu plus loin, un parking ombragé le long de la Marne offre quelques gros cailloux pour se poser et se sustenter en regardant l'onde filer.
  

Me voici paré pour aller me dégourdir enfin les jambes, au programme une douzaine de kilomètres entre La Ferté, Jouarre et Courcelles, à travers petits bourgs, chemins entre champs et sentes forestières. Le fond de l'air est chaud, il y a quelques pentes ici et là pour entretenir son souffle, et pas grand monde à croiser sur le chemin. Un premier arrêt est pour Jouarre. Je ne connais pas l'Abbaye Bénédictine Notre-Dame de Jouarre qui date du VIIème siècle, voilà qui ne nous rajeunit pas. Après de nombreuses péripéties, des périodes fastes, d'autres moins, elle se relèvera au XIXème siècle pour constituer une abbaye moderne aujourd'hui très dynamique, gérée par une vingtaine de sœurs. Elle est ouverte, en partie, au public, lequel peut visiter les salles de la Tour Carrée, ainsi que la nef de l'église voisine, et accueille chaleureusement les visiteurs, qui peuvent même revêtir un masque gracieusement proposé à l'entrée. Après la visite, une boutique, plutôt bien fournie, propose divers objets chrétiens, et des produits alimentaires, parfois même préparés par les sœurs de l'Abbaye : pour en avoir fait emplette, je peux voir garantir que les confitures et pâtes de fruit sont fameuses. Parmi leurs spécialités figurent aussi des statuettes en céramiques ou émail, pour constituer des crèches, de très jolies figurines aux couleurs chaudes et au design épuré. C'est à regret que je quitte ce bel endroit pour continuer ma balade.
 
Après quelques tours et détours, je finis par regagner La Ferté sous Jouarre, vers mon point de départ. Capitale mondiale de la pierre meulière, cette bourgade de 10.000 habitants coule des jours paisibles le long de la Marne, ressassant sans hâte son passé glorieux, les princes de Condé, les ducs de La Force, la maison de La Rochefoucauld. Je ne fais que passer rapidement dans le vieux centre, jetant quand même un œil à l'imposant Hôtel de Ville néo-gothique de fin XIXème. Et aussi un peu plus tard au Mémorial britannique, dont 4000 soldats tombèrent aux côtés de leurs alliés français fin 1914, afin de protéger Paris de la percée allemande. Pour le reste, parcs et musées fermés pour cause de coronavirus, il faudra revenir pour mieux découvrir la ville.
 


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