Dans le port de Rotterdam, y'a des marins etc...

Dans le port d'Amsterdam, y'a des marins qui chantent les rêves qui les hantent, déclamait il y a quelques décennies déjà (1964 !), Jacques Brel. Il voulait peut-être dire Rotterdam, car celui d'Amsterdam a vite perdu de son importance, sortant de plus du centre de la métropole batave. Au contraire, celui de Rotterdam, inséré dans la ville, est depuis longtemps devenu le port principal des Pays-Bas. Et l'île de Katendrecht est le lieu où se retrouvaient ces fameux marins en attente ou en partance, avec son cortège de bars et de bordels. Ce lieu autrefois peu recommandable est devenu depuis un endroit branché alternatif, avec son marché bio (Fenix), ses petits cafés, ses habitations bon marché à la population mélangée. Mais une nouvelle transition est déjà en train de s'opérer, la fameuse gentrification (ou "boboïsation") de la zone. La grande halle du Fenix est en travaux, et les chantiers se multiplient sur l'île, des rues s’embourgeoisent, comme en témoigne le type de voitures qu'on y trouve garées. Nul doute que dans quelques années à peine, Katendrecht sera devenu un lieu résidentiel cher et à la mode.
 

Comme à chaque fois que nous visitons un port (avant cela, Hambourg, Le Havre ou Liverpool), nous tentons d'en faire un tour en bateau. Ici, c'est une balade d'une bonne heure sur un gros bateau qui est proposée. A l'aller on longe la rive nord, principalement composée de zones d'habitation (Delfshaven, j'y reviendrai, et Schiedam), au milieu desquelles on voit ici ou là un moulin qui pointe fièrement ses pales. On revient ensuite par la rive sud où se concentre l'essentiel du port, plusieurs bassins qui s'enfoncent dans les terres et où quelques navires débarquent leur cargaison, qui sont ensuite rechargées sur des barges qui remonteront la Meuse jusqu'en Allemagne. Mais l'activité semble tourner au ralenti : peut-être parce que nous sommes samedi, ou bien parce que le ralentissement économique (effet coronavirus) a déjà commencé à faire sentir ses effets, notamment du fait de la raréfaction des expéditions depuis la Chine.

 



Parlant de port, celui de Delfshaven n'a rien de commun avec celui du grand Rotterdam. Celui-ci fut le port de la ville voisine de Delft dès le XIVème siècle, dans lequel accostaient les pêcheurs de hareng, mais aussi où était distillé le genièvre pour faire du gin. Delfshaven fut ensuite intégré à Rotterdam, tout en gardant ses particularismes. Sa distance du centre de la ville fait que ce fut un des rares endroits épargnés par les bombardements de la Grande Guerre. Résultat, il a conservé un cachet que l'on ne retrouve pas ailleurs à Rotterdam, maisons anciennes, quais pavés, canal bordé de vieux bateaux, moulin à vent. 


Et puis c'est depuis l’église des Pères Pèlerins à Delfshaven que partirent les puritains Pilgrim Fathers pour le Nouveau Monde via le navire Speedwell, transitant ensuite par Plymouth en Angleterre (et y changer de bateau, pour rallier le fameux Mayflower, plus adapté à la haute mer). L’Église se visite, avec une reproduction du Speedwell, et une salle intéressante consacrée à l'épopée de ces fameux Pilgrim Fathers, dont on se rend compte qu'ils devaient être un peu cinglés, tant pour tenter une telle aventure que pour adopter des règles et des convictions aussi rigides.


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